octobre 20th, 2016 by admin

Un Comité contre l’installation des compteurs « intelligents » Linky est né sur la métropole lilloise, et dont Hors-sol est partie prenante. Une première réunion publique devrait avoir lieu d’ici la fin de l’année 2016. Mais si d’ores et déjà vous êtes confrontés à ENEDIS (ex-ERDF) pour l’installation d’un tel compteur chez vous, n’hésitez pas à les contacter à cette adresse : comite . anti . linky . lille [chez] laposte . net.

D’autres collectifs et associations existent dans les Hauts de France (Dunkerque, Boulogne-sur-mer, Hesdin, Arras, Saint-Omer). Vous pouvez écrire aux Lillois si vous ne trouvez pas leur contact par ailleurs.

Voici les raisons principales pour lesquelles ce collectif lillois s’oppose aux compteurs Linky

Et n’oubliez pas : fermez votre porte aux installateurs, barricadez votre compteur.

Le tract est ici : tract-anti-linky-lille

novembre 11th, 2015 by admin

Voici un reportage exclusif de notre envoyé spécial à Smart City, Tom 2.0.

Ce reportage présente une double nouveauté. C’est le premier jamais réalisé par un avatar et le premier également sur la mythique Smart City, actuellement en construction entre Doha et Songdo. Nous ne doutons pas de voir cette double nouveauté suivie de multiples répliques, à plus ou moins bref délai, suivant les lois de l’imitation médiatique.

L’automatisation générale des emplois et métiers s’étend désormais aux journalistes, après avoir éliminé soudeurs, poinçonneurs, caissières et guichetiers. Normal. Tant qu’on nous réduira à l’état de robots, les robots nous réduiront à néant. Le journalisme était devenu depuis trop longtemps une fonction machinale, facile à décomposer en tâches successives à la portée de n’importe quel logiciel ou « smart rédacteur », pour échapper davantage à cette modernisation des modes de production des contenus.

Inutile de s’ affliger ou de verser dans les jérémiades nostalgiques et réactionnaires, la plupart des lecteurs ayant eux-même embrassé avec enthousiasme l’idéal numérique et n’aspirant à rien d’autre qu’à la perfection mécanique.

Ils se régalaient ainsi, depuis des décennies, des mêmes articles sur les mêmes sujets, rédigés suivant les mêmes angles et les mêmes formulations ; et ils auraient été si perturbés qu’on y change quoi que ce soit, qu’ils auraient cessé d’acheter leurs supports habituels. Il est d’ailleurs question de remplacer les lecteurs par des liseuses électroniques qui raconteront le contenu du journal à leurs propriétaires.

Ce psittacisme rassurant affectait particulièrement le reportage. Chaque reporter avant de s’envoler pour Shanghaï, Dubaï ou la Silicon Valley, prenait soin de copier les lieux communs déjà accumulés par ses confrères sur le même sujet, et de valider avec son rédacteur en chef ce qu’il était censé rapporter de son bref aller-retour sur place. Le reportage ne servait en fait qu’à illustrer le pré-script, à lui donner la caution du « vécu » et du « réel ». L’imprévu et l’improbable étant proscrits au nom de la « crédibilité ». Et tant pis pour la théorie qui mesure l’intérêt d’une information à son éruptive nouveauté. Au mieux, le talent du reporter était de savoir répéter ses prédécesseurs, en ajoutant ses tics personnels et en montant des détails en épingle à l’usage de ses successeurs. Il s’agissait en somme de se distinguer dans la redondance.

Nous avons donc décidé de raccourcir les circuits de production journalistique et d’éliminer l’inutile et coûteux pseudo-reportage sur place. Tout est sur le réseau. Il suffit d’y rôder pour trouver les images, les témoignages, les personnages, les rencontrer, les interroger et en rapporter bien plus d’informations que d’un séjour en hôtel, entre deux avions.

D’ailleurs la vie est un songe. La présence réelle (In Real Life), une simple image virtuelle générée par le Grand Ordinateur et nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves. Rien qu’une combinaison d’algorithmes, de l’information qui circule.

Pièces et main d’œuvre.

Le reportage est à lire ici : J’ai visité SmartCity

 

juillet 14th, 2014 by admin

Sur les cendres de la ville industrielle, « Lille’s Digital »1 permet tous les espoirs de relance économique. Dans le quartier des Bois Blancs, aux abords d’Euratechnologies, IBM s’installe. 200 ingénieurs auront débarqué à la fin de l’année, ils seront mille dans trois ans.(2) Pour quoi faire ? Offrir des services informatiques à des groupes aéronautiques et militaires comme Safran ou Airbus, des banques, des assurances ; mais aussi œuvrer à la ville intelligente. Nous vous en parlions dans la brochure « Smart City, l’espace de la domestication interactive ».

Le mois dernier, nous étions à Lyon pour CapUrba, le salon de l’urbanisme innovant. Et vous savez quoi ? Les fonctionnaires et ingénieurs présents nous ont confirmé les raisons réelles pour lesquelles ils développent leurs technologies de contrôle urbain. A savoir :

1° La ville intelligente est un atout marketing : « C’est un projet économique d’attractivité dans une compétition désormais mondiale » entre les métropoles, lâchait un ingénieur d’IBM. Autrement dit : la ville ne se développe pas par et pour ses habitants – trop pouilleux, consanguins, chômeurs et alcooliques peut-être ? –, mais pour des classes aisées, connectées, friquées et consommatrices.

2° La ville intelligente est un moyen d’accélérer le désastre écologique du capitalisme urbain : congestion routière, raréfaction des matières premières (eau, électricité), entassement de populations. « En quatre ans, on a urbanisé autant que nos anciens en 2000 ans, s’est satisfait un technicien montpelliérain, c’est un atout pour l’économie, mais qui pose un souci en terme d’accueil. » Sans rationalisation, pas de développement.

3° La ville intelligente est le pilotage total de l’environnement et de ses habitants. C’est l’enfer vert. Ce que le chef de projet à l’Aménagement numérique de Lille Métropole, Raphaël Dirix, reconnaît aisément au sujet de la carte de transports « PassPass » : « Certes, on peut parler de Big Brother, mais une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage… », on se fait arracher la main. Merci pour l’aveu.

C’est pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, que nous crions :        IBM dégage !

 Vous retrouverez le reportage au salon CapUrba dans le journal CQFD, encore en kiosques jusque mercredi. Ou ici en pdf : Smart illusions au salon CapUrba

Ainsi que la brochure « IBM et la société de contrainte » éditée par Pièces et main d’œuvre.

Notes :

1. Surnom donné par Lille Métropole et Lille’s Agency : http://www.lillemetropole.fr/files/live/sites/lmcu/files/docs/ECONOMIE/LILLE-S-DIGITAL_PLAQUETTE%20_aout2013.pdf

2. http://www.usine-digitale.fr/article/ibm-va-creer-300-emplois-supplementaires-a-lille.N272762

mai 18th, 2014 by admin

Le nouveau président de la communauté urbaine de Lille Damien Castelain est maire « centre droit » d’une commune de 900 habitants. Il va gérer la quatrième métropole française, un million d’habitants et 1,6 milliards d’euros, avec des communistes, des socialistes, des écologistes, des centristes et des UMP. Étonnant ? Non. Depuis Mauroy, le « consensus communautaire » a réconcilié les beffrois de la mairie socialiste et de la Chambre de commerce. Plus d’idéologie, paraît-il, mais du pragmatisme. Comme tous les candidats, Castelain souhaite « préparer l’avenir » grâce au « développement économique » : en père de famille pour les finances, en ingénieur pour les infrastructures, en chargé de com’ pour le « rayonnement ». La veille du premier tour, il reconnaissait qu’un conseil communautaire fait moins de politique que de la gestion de ressources humaines et techniques : « quand on pose un tuyau, peu importe que l’on soit de droite ou de gauche. »1 Ancien ingénieur d’études en aménagement, Castelain « se lance » en politique par amour « du développement des cités, de l’urbanisme », et devient en 2008 le premier vice-président à l’écologie urbaine auprès d’Aubry. Ses co-listiers lui reconnaissent « une compétence technique au dessus de la moyenne. Ce sera un président pragmatique. » Compétence, technicité et pragmatisme, voilà les qualités requises pour être élu communautaire. Nul doute que les élus communistes ou UMP sont tout aussi compétents. Dès lors, pourquoi ne piloteraient-ils pas ensemble la « mégamachine » lilloise ?

L’étiquette politique n’a aucune importance, Paris, Grenoble ou Bordeaux concoctent les mêmes recettes pour un même développement, assurant à la fois « dynamisme » et « qualité de vie » : écoquartiers, transports doux, centre-villes piétons, baroufs culturels et pôles de compétitivité font « l’attractivité » de leur « territoire ». Les villes se tirent la bourre, s’arrachant les entreprises innovantes et leur petite bourgeoisie connectée – ingénieurs, techniciens, cadres du tertiaire. À l’approche des élections municipales, « Lyon se veut une  »smart city » en pointe sur les innovations numériques » pendant que Lille chante « l’avènement de la brique 2.0 ».2 Ces deux villes de gauche sont-elles moins innovantes que la droitière ville de Nice qui vient d’inaugurer le premier « boulevard connecté » ? « 200 capteurs ont été installés en haut des lampadaires, dans la chaussée, sur des containers, permettant ainsi d’exploiter et de croiser en temps réel des données sur la circulation, l’éclairage public, la propreté ou encore la qualité de l’air. »3 La technologie est ce nouveau grigri des collectivités qui transformera le béton en or et les microparticules en oxygène.

Prétendument durable, assurément connectée, quelle métropole n’a pas son programme pour une ville plus « intelligente », « ubiquitaire », « smart » ? Tautologie du développement métropolitain, la ville du futur offre des services innovants pour amadouer les investisseurs innovants : « Nous voulons créer à Lyon un mode de vie particulier et unique qui puisse [...] attirer de nouveaux habitants », annonce l’élue lyonnaise aux nouvelles technologies.4

Le pirate virtuel de la cité virtuelle sait-il qu’il est la cible réelle de l’État et des industries technologiques ? Caisse des dépôts et consignations, Ministère de l’écologie ou plans de rénovation de l’habitat allongent les budgets pour amorcer la pompe des nouvelles filières industrielles. L’univers ludique de la « smart city » lui fait-il oublier qu’il est fiché à chaque instant par les opérateurs de la « ville intelligente », affrété dans un espace fluide mais domestiqué, ludique mais sécurisé, pour assurer la marche de l’économie locale ?

Certes, la vision utilitaire du territoire n’est pas récente. L’avènement du capitalisme a organisé la ville pour les besoins de la marchandise. Au 18ème siècle, les places de marché et les axes de communication sont le lieu de travail des premières bourgeoisies commerçantes. Au 19ème, les logements s’entassent aux abords des usines, des ports et des gares. Tout au long du 20ème siècle, la ville est le réceptacle des bureaucraties commerciales et publiques en expansion, tours de béton, de verre et d’acier abritant sièges sociaux, banques, administrations. Si les technologies de la smart city accentuent ce processus de mise au pas des territoires, elles doivent aussi répondre à des enjeux inédits.

Écologiques, d’abord : surpopulation et embouteillages, raréfaction et hausse des prix des matières premières, aléas climatiques et pollutions. Autant d’externalités contre-productives, d’effets négatifs induits par le développement industriel, que les pouvoirs locaux surveilleront par l’interconnexion de capteurs, puces RFID, GPS et caméras de surveillance. Le prix à payer pour polluer mieux et plus longtemps sera celui d’une ville sous contrôle, substituant la vieille supervision des infrastructures urbaines par leur « hypervision » technologique.

Démocratiques, ensuite. Les nouveaux moyens de communication et l’ouverture des données publiques (« open data ») permettraient aux pouvoirs locaux de réparer leur démocratie en panne. Plaçant le « citoyen/usager […] au cœur des dispositifs » urbains, un ciblage individuel personnalise tarifs et services municipaux selon les « besoins » des participants. Le client/usager « devient lui-même producteur d’informations [...] en opérant un retour d’expérience sur l’état de fonctionnement des services. L’utilisation des systèmes d’information et des moyens de communication internautiques permettent à l’habitant de signaler à la collectivité un dysfonctionnement, créant une boucle de rétroaction allant des utilisateurs aux fournisseurs de services. »8 Par définition, une boucle de rétroaction fonctionne avec des rouages. Renouvelant les discours de participation des habitants et de transparence des collectivités, les technologies de communication permettraient au citadin d’élaborer la ville à sa guise. Cette « personnalisation de masse » de la ville rappelle les « Silent disco », discothèques dans lesquelles les nouveaux urbains dansent ensemble mais seuls, casque vissé sur la tête, écoutant la musique de leur choix. Dans une smart city, la domestication des citadins est désormais « interactive ». Ne dites plus « ville sous contrôle » mais « plate-forme collaborative ».

Hors-sol, mai 2014.

Le texte en entier, au format brochure : Smart city Brochure

1 La Voix du Nord, 19 mars 2014.

2 Le Monde, 20 février et 18 mars 2014.

3 « A Nice, Cisco inaugure un premier  »boulevard connecté » », urbanews.fr, 2 juillet 2013.

4 Karine Dognin-Sauze citée par Courrier International, 5 décembre 2013.

5 Le point sur les villes intelligentes, Commissariat général au développement, septembre 2012.