janvier 7th, 2016 by admin

« Army Green Is Army Strong »

- US ARMY -

Quel était, jusqu’à aujourd’hui, le point commun entre un écologiste et un militaire ? La ration de topinambour. Depuis que la sénatrice verte Leïla Aïchi a élaboré la doctrine de « Green Defense », ils sont devenus inséparables. Pour cause : ils sont les meilleurs prétendants à l’administration du désastre.

Il y a dix ans, l’ouragan Katrina dévastait La Nouvelle-Orléans. État d’urgence, loi martiale et couvre-feu. Les 8 000 gardes nationaux sont submergés, l’armée enrôle les mercenaires de la BlackWater Security et 300 militaires. Tous reviennent d’Irak. « Ils ont des M-16 chargés. Ils savent comment tirer et tuer, et sont plus que volontaires pour le faire si nécessaire », rassure le Gouverneur [1]. 108 milliards de dollars de dégâts, les Américains prennent alors la mesure du dérèglement climatique. Si en 2003, un rapport du Pentagone alerte les armées US des risques qu’entraîne la crise climatique sur la sécurité des intérêts américains, avec l’ouragan Katrina les doctrines se succèdent et se répandent à travers les armées du monde. Toutes nous tiennent à peu près ce langage : « Le dérèglement climatique aggravera les problèmes comme la pauvreté, les tensions sociales, la dégradation de l’environnement et l’instabilité des États [2]. » Ajouté aux autres problèmes sociaux, le changement climatique fait figure de « multiplicateur de menaces ».

Entre 2006 et 2011 en Syrie, une sécheresse inédite jette dans le dénuement 300 000 paysans qui vont grossir les faubourgs des agglomérations. 17% de la population est alors considérée en «  insécurité alimentaire ». Cet épisode climatique apporte un élément supplémentaire à la bonne compréhension des désordres géopolitiques actuels. Idem autour du lac Tchad asséché sur lequel poussent la révolte et les groupes islamistes. « Quand le ventre est vide, la tête ne réfléchit pas », témoignait une femme peule invitée le 9 septembre dernier à Paris [3].

Mauvaises récoltes et famines, incendies et tempêtes, épidémies et déplacements de populations déstabilisent des régions entières. Des émeutes contrarient l’accaparement de terres arables, des pêcheurs sans poissons optent pour la piraterie, la fonte de l’Arctique nourrit des tensions autour des nouvelles voies navigables et des ressources pétrolières. Les raisons de sortir les blindés ne manqueront pas. Au point que certains observateurs, après les récentes tueries parisiennes, proposent que la COP21 ne soit pas considérée « comme un sommet sur le climat, mais comme une conférence sur la paix [4]. »

Le territoire français ne sera pas indemne de déstabilisations. En plus d’épisodes critiques comme les tempêtes ou les canicules, le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations de l’armée (CICDE) établissait en juin 2014 la liste des « risques » à surveiller [5]. Le plus préoccupant d’entre eux concerne nos 58 réacteurs nucléaires. En cas de sécheresse, de hausse de la température des cours d’eau, d’inondations, de tornades ou de froids extrêmes, ils viendraient à surchauffer. On garde en tête l’image pathétique des réacteurs arrosés à la lance à incendie pendant l’été 2003. Dans un autre registre, le CICDE observe aussi que « l’aire d’extension en France de certaines espèces remonte déjà du rivage de la Méditerranée vers la région lyonnaise » et nous promet de belles épidémies de paludisme, dengue ou chikungunya.

Pour tous ces désagréments, l’armée est appelée à la rescousse. À Fukushima, n’a-t-on pas mobilisé 100 000 soldats des forces japonaises ? Si l’armée française est encore à la traîne dans l’élaboration de doctrines vertes, d’éminents écologistes (Bové, Lalonde, Paul Watson) la rappellent à ses missions de secours et de maintien de l’ordre. En préparation de la COP21, le 13 octobre 2015, écologistes d’EELV et militaires se rencontraient au Sénat, avant une autre rencontre le lendemain, entre les ministres de la Défense de plusieurs États.

La scène est rocambolesque. Le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers et l’ancien militant antimilitariste José Bové se susurrent des urbanités. «  Sans le prérequis de la sécurité, il n’y a pas de développement durable », soutient le premier. « L’important, c’est la prévention des conflits », estime le second, qui propose la création d’une « école internationale de décontamination des terrains de guerre » sur le site militaire du Larzac.

Aux manettes de ces deux événements, on trouve la sénatrice verte [6] de Paris Leïla Aïchi, initiatrice avec son groupe parlementaire d’un Livre vert de la Défense. Ce parti fondé sur le mouvement des objecteurs de conscience s’« interdit tout dogmatisme » pour embrasser une « analyse pragmatique ». Allons voir.

Le Livre vert plaide « pour la capacité accrue d’hommes et de moyens maritimes et aériens » face à la baisse d’effectifs promise par le resserrement des budgets et le « paradigme techniciste ». Bientôt le retour de la conscription ? Les 38 000 militaires de la Marine surveilleraient les trafics illicites et le pillage des ressources halieutiques. Les 135 000 de l’armée de terre, disposant de « moyens logistiques et de transport lourd [organiseraient] des flux complexes en environnement dégradé. » Leur « capacité NRBC [7] [mettrait] en œuvre une chaîne de décontamination avant l’arrivée d’unités de la sécurité civile. » Quant à l’armée de l’air, ses 47 000 bidasses seraient les seuls capables d’intervenir rapidement en cas de catastrophes naturelles. L’idée que se fait le Livre vert de notre sécurité n’appelle donc pas à la fermeture des sites désastreux, mais à organiser leur militarisation.

Mais sous les coups d’EELV, cette militarisation sera, elle aussi, écocitoyenne. Les opérations extérieures de l’armée privilégieront le « dialogue interculturel » pour « un comportement accepté par la population », donc plus sympas que des accusations de viols sur mineurs. (Après des témoignages recueillis par l’ONU dans un camp de réfugiés en Centrafique, une enquête a été ouverte…) De plus, la « Green Defense » réclame une meilleure écoconception des systèmes d’armes, depuis leur fabrication jusqu’à leur démantèlement, et une moindre dépendance de l’armée envers les énergies fossiles et uranifères. Est-ce à l’aide de tanks à pédale et de pistolets à eau que l’Armée française défendra ces intérêts industriels africains qui font la menace climatique ?

Selon le programme d’EELV des présidentielles, «  la fermeture et le démantèlement des bases militaires françaises à l’extérieur » (notamment en Afrique) étaient censés « créer un mouvement vertueux de démilitarisation à l’échelon international [8] ». Forte de son savoir-faire dans la gestion des populations, et face aux futures menaces écologiques, nos armées ne doivent-elles pas rester « prépositionnées » ? « L’intervention des pompiers des Forces françaises de Djibouti (FFDj) en renfort aux pompiers djiboutiens le 6 janvier 2013 illustre ce que pourrait être leurs participations à des interventions tournées cette fois vers la sécurité environnementale. » Voilà les armées d’occupation relégitimées ? Comment comprendre autrement que « le déploiement de 300 soldats français sur l’aéroport de Bangui » en 2013 fasse partie de ces « excellents exemples » qui feront la « Green Defense » ?

Notre mode de vie n’est pas négociable. Tout juste est-il gérable, en dernier recours, par la force armée. Ainsi se résume la « Green Defense » : mettre le feu à la planète pour se proposer d’éteindre l’incendie. L’air est connu.

Tomjo pour CQFD, déc. 2015.

Notes

[1Autour de la « catastrophe » Katrina à La Nouvelle-Orléans. De sa gestion par l’État, et de l’organisation collective et autonome pour la survie… Hobolo, 2007 : https://infokiosques.net/spip.php?article444

[2] Département de la Défense américaine, 29 juillet 2015.

[3] Voir « Le dérèglement climatique est une question vitale pour la paix du monde », defense.blogs.lavoixdunord.fr.

[4] « L’écologie contre la terreur planétaire », Naomi Klein et Jason Box, Le Monde, 24 nov. 2015.

[5] « Conséquences du dérèglement climatique pour le ministère de la Défense », IRIS, juin 2014.

[6] En instance de quitter son parti, ayant appelé à voter pour Valérie Pécresse (LR) contre Claude Bartolone (PS) lors des dernières élections régionales.

[7] Nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique.

[8] « Vivre mieux », Programme d’actions pour les temps qui viennent, EELV, 2012.

juillet 14th, 2013 by admin

Éric Quiquet, élu vert aux transports, Philippe Vasseur, président de la Chambre de commerce, et Jean-François Caron, élu vert régional, conversaient ensemble de la « transition écologique » promise par le gouvernement Ayrault. Écologistes, patrons et citoyens associatifs étaient plus de 300 ce mercredi 10 juillet 2013 dans les locaux de LMCU pour communier dans cette fuite en avant productive mais verte : la « troisième révolution industrielle » de Jeremy Rifkin, qui n’attend plus que sa béatification. Ce « catalyseur », selon les mots de l’élue verte à la recherche Sandrine Rousseau[1], rendra son « Master plan » pour la Région Nord-Pas de Calais le 25 octobre prochain lors du « World forum » – le raout annuel du patronat local. Nous vous en avons déjà dévoilé la teneur dans L’Enfer Vert : l’optimisation sous contrainte technologique grâce aux cartes à puce RFID, aux réseaux d’eau et d’électricité « intelligents », et aux énergies supposées renouvelables. « Nous devons travailler sur l’innovation : réseaux, production et stockage d’énergie, efficacité énergétique mais aussi sur les changements de comportement… » clame Jean-François Caron, la tête de gondole Europe-Écologie du Conseil régional. La question n’est pas celle de notre modèle de développement, mais comment le faire perdurer malgré ses « externalités négatives », tout en solidifiant les marges de profits des entrepreneurs présents. Nos « comportements » s’y soumettront.

Notre région ne se remettra déjà pas des deux premières révolutions industrielles qui ont saccagé les paysages, contaminé l’eau, la terre et la santé des ouvriers dans l’absurdité du travail à l’usine. Alors ils y vont de plus belle. Les nécessités de la « Crise » rejoignant celles de notre survie, tous les espoirs se portent sur ces nouvelles technologies qui créent de l’emploi et contraignent nos comportements vers la baisse des rejets de gaz à effet de serre – paraît-il. Avec la RFID (déjà présente dans la carte de transports Pass Pass), les compteurs Linky et les smartphones, nos faits et gestes seront enregistrés et optimisés comme dans une vulgaire chaîne logistique. Ce qu’il nous en coûtera ? La liberté de vivre et de se déplacer sans l’œil d’un mouchard écologique. Chekib Gharbi, le directeur d’EuraRFID, était d’ailleurs présent à cette sauterie sur la « transition énergétique » pour vendre sa ville « intelligente » : Sunrise[2] ou la smarthome, cette maison automatisée qui saura tout de notre mode de vie[3].

« La transition énergétique a déjà commencé », se gratifie Jean-Claude Baudens, le directeur régional d’ERDF (La Voix du Nord, 10 juillet 2013). Et le convoyeur d’énergie nucléaire d’évoquer le développement de l’éolien pour justifier ses nouvelles lignes à très haute tension et ses compteurs électriques Linky – Jean-Marc Ayrault vient d’annoncer leur généralisation grâce à ses « Investissements d’avenir »[4]. Pour ERDF comme pour les autres, ce qu’ils appellent « transition énergétique » est l’installation de nuisances supplémentaires sans toucher aux bases de l’économie actuelle. EDF se défend corps et biens pour prolonger la durée de vie de ses centrales – dont celle de Gravelines, la plus puissante d’Europe – pour trente années encore. Les technologies numériques sont la principale source d’augmentation de production électrique : les data centers consomment 7% de l’électricité en France, soit sept fois plus qu’en 2005 ; en 2020 aux États-Unis, ils rejetteront autant de CO2 que les avions, prédit Le Figaro du 22 avril 2010. Que dire des poubelles à ciel ouvert de matériel informatique ? Que dire du métro automatique qu’Éric Quiquet s’apprête à rallonger ? ; du data center propre à ingérer les quantités de bits informatiques envoyés par les cartes Pass Pass ? Ils sont tous de gourmands consommateurs d’énergie nucléaire. Quant aux éoliennes ou aux panneaux photovoltaïques, si le vent et le soleil sont renouvelables, la silice, les terres rares et métaux précieux qui entrent dans leur fabrication sont, quant à eux, tout-à-fait épuisables et nuisibles. Voir les mines d’extraction chinoises pour nourrir votre dégoût des énergies « renouvelables ».

Le modèle de développement des Verts est le même que celui des transporteurs, d’EDF et des militants des nouvelles technologies. Leur Troisième révolution industrielle comme leur « transition énergétique » sont aussi nocifs pour l’environnement et notre santé que pour notre liberté de choisir une vie digne d’être vécue. Nous les rejetons en bloc.

Tomjo

1. http://elus-npdc.eelv.fr/2013/07/11/la-troisieme-revolution-industrielle-est-en-marche/

2. « Pourquoi il faut fermer Euratechnologies »,  hors-sol, mars 2013.

3. « Planète  »intelligente », planète décervelée », hors-sol, juillet 2013.

4. « Humanité 2.0 : Linky, l’Enfer Vert et le techno-totalitarisme », Pièces et main d’œuvre, juillet 2013.

décembre 9th, 2011 by admin

L’Enfer Vert

Projet pavé de bonnes intentions

Ce que nous réservent les écolo-technocrates à partir du cas de Lille Métropole

A Lille comme ailleurs, les écolo-technocrates sont au pouvoir. Ils sont élus et techniciens des collectivités locales ou ingénieurs de la Recherche & Développement. Sous couvert de sauver “la planète” et les “générations futures”, les Verts enrobent de tout leur savoir-faire écologiste l’édification de la “technopole”, de la “ville ubiquitaire”, de la “France augmentée”. à partir de leur projet de traçabilité des clients des transports en commun par des cartes à puce RFID, ce livre déroule l’histoire de la plus-value écologiste dans la réquisition du territoire et la mobilisation des populations par l’économie.

L’Enfer Vert est une enquête locale sur les meilleurs ennemis de celles et ceux qui refusent la continuelle fuite en avant techno-industrielle.

Tomjo est rédacteur au sein du journal La Brique.
Il s’intéresse à ceux qui s’obstinent à nous aménager la vie.

Introduction : L’Enfer Vert_Introduction

Librairies où vous trouverez L’Enfer Vert :

L’Harmattan, 35 rue Basse, Lille

La Bateau Livre, 154 rue Gambetta, Lille

Meura, 25 rue de Valmy, Lille

Centre Culturel Libertaire, rue de Colmar, Lille

Italiques, 49 rue Faidherbe, Hellemmes

Les Lisières, 32 Grand Place, Roubaix

Chez Rita, 49 rue Daubenton, Roubaix

 

La Belle, 7 rue Paul Doumer, Arras

Le Labyrinthe, 37 rue du Hocquet, Amiens

Le Grenier librairie, 14 bis rue du Marché Lanselles, Amiens

Quilombo, 23 rue Voltaire, Paris 11ème

La Conjuration des fourneaux, 149 rue Saint Hilaire, Rouen

Les Bas côtés, 59 rue Nicolas Chorier, Grenoble

 

Réseau Diff-Lille à partir de janvier :

L’APU du Vieux-Lille, 14 rue des Tours

Le Cagibi, 8 rue de Wazemmes

La Contrebasse, 6 rue Brûle-Maison

Le Ici, 10 rue Inkermann

Cinéma L’Univers, 16 rue Danton

Café Citoyen, place du Vieux Marché aux chevaux

Sur commande en écrivant à badaboum[tiret bas]editions[AT]yahoo[point]fr