mars 6th, 2017 by admin

adressé à Damien Castelain, président la Métropole Européenne de Lille (MEL)

Comme son nom l’indique, votre Grand Barouf Numérique ne sert qu’à faire du bruit, pas à débattre. C’est avant qu’il aurait fallu nous consulter, si toutefois les débats participatifs servaient à quoi que ce soit en matière de développement numérique et de Smart City. Entre vous et nous, il n’y a pas de « dialogue de sourds », comme vous le prétendez. Non seulement nous ne souhaitons pas dialoguer avec vous. Mais en plus, nous vous avons très bien entendu, malgré le tapage que vous organisez aujourd’hui – au fait, doit-on appeler la police ?

Le fichage continue. Hier, l’ancienne mandature équipait les clients de Transpole d’une carte Pass-Pass RFID (28M €) pour ficher leurs déplacements, savoir qui se trouve où et quand sur le réseau. Sans débat bien sûr. Aujourd’hui, vous l’étendez aux services publics de la Ville. De cela, il ne sera pas question pendant ces deux jours de Barouf.

Chaque année, les subBétail_Grand Barouf numériqueventions pleuvent sur Euratechnologies (1M € par an de la MEL), les projets de Smart Home et de Smart City du CITC-EuraRFID, ceux de La Plaine Images ou de Blanchemaille pour le e-commerce. A-t-on eu à se prononcer ? Vos opérations d’OpenData n’y feront rien en matière de « démocratie participative » : quand il s’agit de développement économique, et on le sait depuis maintenant trois révolutions industrielles, la décision ne tient qu’à vous et vos « partenaires » de la Chambre de Commerce, ici co-organisateurs de l’événement.

Au fait, votre Centre opérationnel de commandement ouvert au bénéfice de l’Euro de foutbol se porte-t-il bien ? Les 37 écrans bunkérisés dans les sous-sols de la MEL et les 1 800 caméras de surveillance reliées, grâce à la fibre optique installée récemment, à la police et la Gendarmerie, ça va ? Pas de bugs ni de piratages ? Pas besoin des services de cybersécurité ouverts notamment par vos soins à Euratek ?

Et les 200 000 personnes concernées par le projet « You & Grid » que vous portez, là encore, avec la Chambre de Commerce pour installer des compteurs Linky, ont-elles participé à l’écriture de cet appel à projets ? Il prévoit pourtant de « connaître leurs habitudes », comme l’admet le directeur d’ENEDIS, ce serait la moindre des choses. (VDN, 24/03/2016) Ils doivent savoir qu’en avril 2017, vous taperez au portefeuille de l’Europe dans le cadre des « Smart Cities and Communities » car il en va de leur liberté. D’ici 2020 le million d’habitants de la MEL devra installer un compteur électrique Linky qui espionnera les recoins de sa vie privée : a-t-il eu à donner son avis ? Non, et il n’aura pas même le droit de refuser le mouchard électronique.

Votre stratégie pour une MEL « Résolument digitale » (juin 2016), vous l’avez écrite tout seul. Et aujourd’hui, vous organisez ce Barouf pour nous présenter avec fracas votre projet « La MEL – territoire des numériques ». Les métropolitains que vous gouvernez savent-ils que vous allez financer l’installation d’une carte d’identité électronique unique (à partir de la carte Pass-Pass) pour leurs démarches quotidiennes : déchetteries, salles de sports et culturelles, transports, cantines et garderies ?

C’est ça votre « territoire numérique », votre Smart City : le contrôle de nos activité publiques par une carte d’identité électronique, et celui de notre vie privée par Linky. Le tout sans notre assentiment.

Votre Barouf n’est pas une invitation à débattre,

c’est une opération d’auto-promotion

Étant donnés les marchés et les « opportunités » financières que le numérique ouvre à l’industrie régionale, on voit mal comment on pourrait discuter quoi que ce soit, pas même à la marge. Comme vous le dites, l’enjeu de votre métropole « résolument digitale » doit créer un « différentiel d’attractivité ». Ce qu’elle ne fera pas, tant les métropoles du monde entier, de Doha à San Francisco, courent le même lièvre dans un mimétisme confondant. L’humain que vous prétendez convoquer au centre du développement numérique n’est bon qu’à se traîner une fois l’an dans des « débats mouvants » sans conséquences, comme ceux du Grand Barouf. Vous nous demandez d’imaginer notre emploi de demain, mais on le connaît déjà : c’est chômeur, éventuellement avec un revenu universel pour croupir devant un écran. Même les patrons réunis à Davos l’avouent – et s’en félicitent : le numérique leur fera économiser sept millions d’emplois d’ici 2020 dans les pays industrialisés.

Sur la métropole lilloise, ainsi qu’on vient de le voir, comme ailleurs dans les pays riches, l’humain est déjà dépassé, évincé du travail et des décisions qui le concernent au quotidien, il est obsolète. Et cette obsolescence est programmée par des gens comme vous sans qu’on n’ait eu à dire quoi que ce soit.

Participer à ce barouf reviendrait, pour nous, à valider notre obsolescence. Comme on n’est pas masos, on vous laisse à vos mondanités et vos auto-congratulations. Nous avons déjà notre avis : votre « territoire numérique », c’est non. Il n’est, et ne sera, que contrôle, surveillance, déshumanisation et chômage. Alors amusez-vous bien. On espère que le DJ sera à la hauteur des verrines et de vos ambitions.

Hors-sol, le 6 mars 2017

Le texte au format PDF : Avis de non-participation au Grand Barouf numérique

octobre 20th, 2016 by admin

Un Comité contre l’installation des compteurs « intelligents » Linky est né sur la métropole lilloise, et dont Hors-sol est partie prenante. Une première réunion publique devrait avoir lieu d’ici la fin de l’année 2016. Mais si d’ores et déjà vous êtes confrontés à ENEDIS (ex-ERDF) pour l’installation d’un tel compteur chez vous, n’hésitez pas à les contacter à cette adresse : comite . anti . linky . lille [chez] laposte . net.

D’autres collectifs et associations existent dans les Hauts de France (Dunkerque, Boulogne-sur-mer, Hesdin, Arras, Saint-Omer). Vous pouvez écrire aux Lillois si vous ne trouvez pas leur contact par ailleurs.

Voici les raisons principales pour lesquelles ce collectif lillois s’oppose aux compteurs Linky

Et n’oubliez pas : fermez votre porte aux installateurs, barricadez votre compteur.

Le tract est ici : tract-anti-linky-lille

octobre 20th, 2016 by admin

Voici quelques uns de nos textes mis en page et en brochure. Dans la plupart des cas il vous suffit de les imprimer au format « Livret » depuis votre ordinateur. Vous pouvez aussi les commander en papier en nous contactant ici.

Au nord de l’économie : Au nord de l’économie_brochure

Écologisme et transhumanisme, des connexions contre nature : ecologie-et-transhumanisme_brochure

Et c’est ainsi qu’Allah est grand (Islam & Technologie) : allah-est-grand_brochure

J’ai visité SmartCity : J’ai visité SmartCity

Dialogue entre un journaliste-robot et un robot-journaliste : robots-journalistes-brochure

NSA, DGSE, Big Data et l’espionnage électronique : le-fascisme-de-notre-temps

Smart City, l’espace de la domestication interactive : Smart city Brochure

Respirer tue, rationnons l’air pur : Microparticules_Brochure

L’art de nous acclimater à la technopole : brochure-natures-artificielles

Pourquoi il faut fermer Euratechnologies : Fermer Euratechnologies_Brochure

Défense et illustration du cancer picard : Cancer picard_brochure

 

 

 

juillet 21st, 2016 by admin

La récente Conférence internationale sur le climat nous a rappelé combien la ville concentre un mode de développement prédateur. Elle ne s’étale que sur 2 % de la surface du globe et pourtant elle consomme les trois quarts de l’énergie produite, rejette 80% du CO2, et abrite la moitié de la population. Dans trente ans, la Chine aura construit entre 20 000 et 50 000 gratte-ciels, et le nombre de citadins aura doublé sur la planète. C’est pourquoi l’ONU vient de lancer sa World Urban Campaign : pour définir « L’avenir urbain que nous voulons ».1 Il ne s’agit pas de ralentir le phénomène urbain, qui mange pourtant en France l’équivalent d’un département tous les dix ans, mais de rationaliser technologiquement son expansion. « Longtemps considérées comme le  »problème », [les villes] commencent à imaginer des  »solutions » », espèrent Le Monde, la BNP, Bouygues et Michelin, accompagnant à leur manière la Conférence Climat. Ensemble, ils décerneront chaque année le prix de l’innovation « Smart cities » aux meilleures entreprises en « urban tech », « mobilité » ou « énergie ».2 En France, Nice fait figure de pilote.

La Smart city ou le parlement des choses est à lire ici : Parlement des choses

1Manifeste pour la ville, unhabitat.org. 2« Climat : les villes sont-elles la solution ? », Le Monde, 20 novembre 2015.

Vous pouvez retrouver cette contribution dans la revue Nature & Progrèsde cet été 2016 consacré à la critique « Du monde machine aux transhumains » avec :

- De la smart city à la smart planet – le parlement des choses (Tomjo)
- Vers une agriculture déshumanisée ? La robotisation destructrice de la culture paysanne (Jean-Louis Meurot)
- Du greenwashing chez les cyborgs – une post-humanité artificielle, au service d’une nature détruite (Antoine Costa)
- Co-évoluer avec la nature ou la reprogrammer ? (Guy Kastler)
- EGM : enfants génétiquement modifiés – reproduction artificielle et humanité à deux vitesses (Alexis Escudero)
- Réflexions autour du progrès – Nature et technologie : une cohabitation mouvementée (Clément Doedens)
- Transhumanisme et cannibalisme (Pièces et main d’œuvre)

On peut trouver la revue dans les magasins bio ou la commander (6 € 50) à :
Nature & Progrès, 13, bd Louis Blanc – 30100 Alès (Tél : 04 66 91 21 94).

Vous retrouverez aussi un texte de Pièces et main d’œuvre intitulé « Transhumanisme et cannibalisme » et dont voici l’introduction :

Un bon roman vaut mieux que de mauvais essais : pour saisir l’essence du transhumanisme sans vous perdre dans ses amphigouris, lisez Jack Barron et l’éternité, de Norman Spinrad, paru en 1969. Banalisé par les médias, les idéologues et les scientifiques, le transhumanisme n’est plus une abomination à combattre mais – au mieux- un phénomène à « réguler », comme la nucléarisation du monde ou la destruction de la nature. Ce projet d’anthropocide contamine les esprits parce qu’il dévale la plus grande pente où convergent les lignes de fond de l’ère techno-marchande : individualisme, consommation, anomie post-moderne, volonté de puissance, etc. On ne peut s’y opposer qu’en étant radicalement humain et à contre-courant des pesanteurs sociologiques (libérales-libertaires), qui nous tirent au plus bas niveau de l’espèce.

Bonnes lectures. Hors-sol.

mai 31st, 2016 by admin

Islam et Technologie

Voici une revue des rapports entre islam et technologie par TomJo (à ouvrir ci-dessous).

Avant-propos par Pièces et main d’œuvre

Le transhumanisme islamique se développe en France, sur la toile. Le Pakistan possède la « bombe atomique islamique ». La technocratie chiite iranienne l’aura bientôt. L’Arabie et les Emirats développent les « technologies convergentes » (NBIC) et les smart cities. L’Etat islamique (Daech) appelle les ingénieurs et les spécialistes à le rejoindre de tout l’islam pour construire son califat. Quoi de neuf ? A-t-on oublié que le premier soin de l’Algérie indépendante avait été le développement conjoint de l’islam et de l’industrie ? Que « l’âge d’or de l’islam » avait coincidé avec une floraison des sciences et techniques, dont le fameux al-jabr (825) ?

Imaginons la Sainte Inquisition catholique, échappée de son Moyen-Age, régnant sur un Etat pontifical d’un milliard et demi d’habitants et de millions de kilomètres carrés, forte des plus riches gisements pétroliers de la planète, employant son trésor et sa puissance à répandre sa version terroriste, tyrannique et totalitaire du christianisme. (cf. Histoire de l’Inquisition au Moyen-Age. H. C. Lea. Editions Jerome Millon) Il y aurait des différences cependant. Il n’y a pas « d’affaire Galilée » en Islam. Ni le Califat, ni les plus obtuses instances islamiques n’ont persécuté les scientifiques. Les poètes et les penseurs suffisaient à leur vindicte.

Et inversement, malgré les bûchers de sorcières, l’Inquisition n’a pas réduit les femmes de la chrétienté à la terrible condition des femmes d’islam. Mais peut-être s’agit-il là d’une variation ethnique de la domination masculine. Les Européennes n’ont jamais perdu cette liberté des Gauloises, des Germaines, des Vikings, attestée par les chroniqueurs contemporains, les historiens latins et les sagas scandinaves, que les Arabes, les Perses et les Turques n’ont jamais connue.

Nous, mécréants, laïcards, franchouillards, etc., peinons à comprendre le phénomène qualifié de « djihadisme », « islamisme », « intégrisme musulman », qui ravage depuis des décennies, pays après pays, l’immense zone de culture islamique, assassinant, massacrant, terrifiant ceux qui lui résistent ; exterminant toute différence de conscience, d’opinion, de morale, de comportement.

Ce fanatisme de la servitude (Islam, soumission) et de l’oppression, procède d’une vérité révélée, c’est-à-dire irrationnelle, d’un pur arbitraire imposé par la violence. Les Occidentaux sidérés par cette peste qui s’étend à leurs pays se cherchent les torts et les crimes méritant pareil châtiment. Une telle furie doit avoir de bonnes raisons, des explications, des excuses. Etant à la fois rationalistes et chrétiens de culture ( péché, examen de conscience, confession, contrition, etc.), ils trouvent évidemment ces raisons, ces explications, ces excuses, humblement offertes à leurs ennemis. Nous payons, selon nos directeurs de conscience, pour nos ancêtres (les croisades, les colonies), pour nos classes dirigeantes ( guerres impérialistes, pillages économiques), pour nos discriminations (racisme, « islamophobie »), d’où les trombes de reproches et de repentance dont ils nous couvrent.

« Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. » (Matthieu 5, 38)

La soumission au méchant peut mener loin. Révoltés par la violence industrielle de la Grande Guerre, les pacifistes des années trente (chrétiens, communistes, anti-militaristes, anti-capitalistes), ne cessent de trouver des raisons, des explications, des excuses à « la bête immonde ». C’était la faute du Traité de Versailles ; de l’humiliation allemande ; des réparations de guerre ; de l’occupation de la Ruhr ; des impérialistes français et anglais – et des juifs, naturellement (mais vous pouvez dire Israël). Tout, plutôt que de reconnaître que le nazisme allemand les avait choisis pour ennemis en dépit de leurs protestations d’amitié, de leurs actes de contrition et de leurs plus abjectes concessions ; et qu’il n’aurait de cesse que de les avoir anéantis.

On se fait de l’islamisme aujourd’hui, la même idée fausse et mystifiée que du nazisme autrefois : on les réduit à des mythomanies archaïques. On confond la propagande idéologique avec l’actualité matérielle. Au-delà de ses Wahalla nébuleux, de son primitivisme forestier et germanique, de ses défilés aux flambeaux et en culottes de peaux, le nazisme allemand mobilisait une machine de guerre scientifico-industrielle de premier ordre. De même le fascisme italien avec son salut « à la romaine » et ses mises en scène « impériales », dignes des péplums de Cinecitta. Les Etats et mouvements réactionnaires au plan social et humain, sont aussi progressistes que les communistes et les démocrates au plan scientifique et technologique. C’est normal, leur triomphe en dépend.

On ne peut guère imaginer plus archaïque que la restauration d’un état disparu depuis deux millénaires, dans le décor, la langue et les rites de l’Ancien Testament. Les sonneries du shofar et les prières des rabbins n’y auraient pas suffit. C’est grâce à la symbiose entre Tsahal et le Technion Institute, au perpétuel va et vient d’ingénieurs et d’officiers entre l’une et l’autre qu’Israël, la « start-up nation », produit les équipements high tech qui lui permettent de contrôler Gaza et de résister à la douzaine de pays arabes et/ou musulmans qui veulent sa peau. Dieu n’est plus avec les gros bataillons, mais avec les bataillons technologiques.

Les flammes, les sabres, les sourates, les cavaliers, les turbans, les barbes, les voiles et les noirs étendards qui saturent la propagande islamique ne sont que des signes de reconnaissance et des miroirs identitaires . Ce n’est pas de retour au désert, sous la tente, avec leurs chameaux et leurs dattes que rêvent les islamistes, mais de smart life dans une smart (islamic) city.

Les sociologues relèvent une sur-représentation d’ingénieurs et de techniciens parmi les djihadistes, plutôt que de philosophes, d’historiens, de représentants des belles lettres et des sciences humaines et sociales. Cette disproportion se retrouve dans les mouvements d’extrême-droite européens. Ce nouvel aspect de la querelle entre Les deux cultures (C. P. Snow) trouve son explication dans l’étude de Theodor Adorno sur La Personnalité autoritaire (1950). Contrairement aux intellectuels, les bigots de la science et les techniciens du sacré ont les réponses. Il suffit de se reporter au dogme établi. Ce sont des hommes machines, incapables de pensée autonome – et donc horrifiés par la pensée, saisis de vertige à l’idée de se pencher sur leur propre vide. Des hommes d’action, avides de fonctionner, de remplir les rites et les procédures pour combler leur gouffre intérieur et calmer leur panique. Dans le camp de concentration comme dans la centrale nucléaire, il n’y a pas de pourquoi ? Il n’y a que du comment ? « Hier ist kein Warum », jette un gardien à Primo Levi qui lui demande pourquoi il n’a pas le droit de regarder par la fenêtre de sa baraque. (Si c’est un homme) C’est comme ça et ça ne peut être autrement.

L’homme, selon Jacques Ellul, ne peut s’empêcher de sacraliser la puissance qui lui est extérieure. La technique ayant détruit la nature, c’est la technique qu’il sacralise. (cf. Le Système technicien) L’islam technolâtre et le transhumanisme sacralisateur incarnent aujourd’hui les deux pôles de ce monde sans pourquoi, mais saturé de comment où nous sommes condamnés à résister.

Vous pouvez lire le texte entier ici : allah_est_grand

A imprimer au format « Livret » ici : allah-est-grand_brochure

Bonne lecture.

A lire aussi : Peste islamiste, anthrax transhumaniste : le temps des inhumains

novembre 11th, 2015 by admin

Voici un reportage exclusif de notre envoyé spécial à Smart City, Tom 2.0.

Ce reportage présente une double nouveauté. C’est le premier jamais réalisé par un avatar et le premier également sur la mythique Smart City, actuellement en construction entre Doha et Songdo. Nous ne doutons pas de voir cette double nouveauté suivie de multiples répliques, à plus ou moins bref délai, suivant les lois de l’imitation médiatique.

L’automatisation générale des emplois et métiers s’étend désormais aux journalistes, après avoir éliminé soudeurs, poinçonneurs, caissières et guichetiers. Normal. Tant qu’on nous réduira à l’état de robots, les robots nous réduiront à néant. Le journalisme était devenu depuis trop longtemps une fonction machinale, facile à décomposer en tâches successives à la portée de n’importe quel logiciel ou « smart rédacteur », pour échapper davantage à cette modernisation des modes de production des contenus.

Inutile de s’ affliger ou de verser dans les jérémiades nostalgiques et réactionnaires, la plupart des lecteurs ayant eux-même embrassé avec enthousiasme l’idéal numérique et n’aspirant à rien d’autre qu’à la perfection mécanique.

Ils se régalaient ainsi, depuis des décennies, des mêmes articles sur les mêmes sujets, rédigés suivant les mêmes angles et les mêmes formulations ; et ils auraient été si perturbés qu’on y change quoi que ce soit, qu’ils auraient cessé d’acheter leurs supports habituels. Il est d’ailleurs question de remplacer les lecteurs par des liseuses électroniques qui raconteront le contenu du journal à leurs propriétaires.

Ce psittacisme rassurant affectait particulièrement le reportage. Chaque reporter avant de s’envoler pour Shanghaï, Dubaï ou la Silicon Valley, prenait soin de copier les lieux communs déjà accumulés par ses confrères sur le même sujet, et de valider avec son rédacteur en chef ce qu’il était censé rapporter de son bref aller-retour sur place. Le reportage ne servait en fait qu’à illustrer le pré-script, à lui donner la caution du « vécu » et du « réel ». L’imprévu et l’improbable étant proscrits au nom de la « crédibilité ». Et tant pis pour la théorie qui mesure l’intérêt d’une information à son éruptive nouveauté. Au mieux, le talent du reporter était de savoir répéter ses prédécesseurs, en ajoutant ses tics personnels et en montant des détails en épingle à l’usage de ses successeurs. Il s’agissait en somme de se distinguer dans la redondance.

Nous avons donc décidé de raccourcir les circuits de production journalistique et d’éliminer l’inutile et coûteux pseudo-reportage sur place. Tout est sur le réseau. Il suffit d’y rôder pour trouver les images, les témoignages, les personnages, les rencontrer, les interroger et en rapporter bien plus d’informations que d’un séjour en hôtel, entre deux avions.

D’ailleurs la vie est un songe. La présence réelle (In Real Life), une simple image virtuelle générée par le Grand Ordinateur et nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves. Rien qu’une combinaison d’algorithmes, de l’information qui circule.

Pièces et main d’œuvre.

Le reportage est à lire ici : J’ai visité SmartCity

 

juillet 14th, 2014 by admin

Sur les cendres de la ville industrielle, « Lille’s Digital »1 permet tous les espoirs de relance économique. Dans le quartier des Bois Blancs, aux abords d’Euratechnologies, IBM s’installe. 200 ingénieurs auront débarqué à la fin de l’année, ils seront mille dans trois ans.(2) Pour quoi faire ? Offrir des services informatiques à des groupes aéronautiques et militaires comme Safran ou Airbus, des banques, des assurances ; mais aussi œuvrer à la ville intelligente. Nous vous en parlions dans la brochure « Smart City, l’espace de la domestication interactive ».

Le mois dernier, nous étions à Lyon pour CapUrba, le salon de l’urbanisme innovant. Et vous savez quoi ? Les fonctionnaires et ingénieurs présents nous ont confirmé les raisons réelles pour lesquelles ils développent leurs technologies de contrôle urbain. A savoir :

1° La ville intelligente est un atout marketing : « C’est un projet économique d’attractivité dans une compétition désormais mondiale » entre les métropoles, lâchait un ingénieur d’IBM. Autrement dit : la ville ne se développe pas par et pour ses habitants – trop pouilleux, consanguins, chômeurs et alcooliques peut-être ? –, mais pour des classes aisées, connectées, friquées et consommatrices.

2° La ville intelligente est un moyen d’accélérer le désastre écologique du capitalisme urbain : congestion routière, raréfaction des matières premières (eau, électricité), entassement de populations. « En quatre ans, on a urbanisé autant que nos anciens en 2000 ans, s’est satisfait un technicien montpelliérain, c’est un atout pour l’économie, mais qui pose un souci en terme d’accueil. » Sans rationalisation, pas de développement.

3° La ville intelligente est le pilotage total de l’environnement et de ses habitants. C’est l’enfer vert. Ce que le chef de projet à l’Aménagement numérique de Lille Métropole, Raphaël Dirix, reconnaît aisément au sujet de la carte de transports « PassPass » : « Certes, on peut parler de Big Brother, mais une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage… », on se fait arracher la main. Merci pour l’aveu.

C’est pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, que nous crions :        IBM dégage !

 Vous retrouverez le reportage au salon CapUrba dans le journal CQFD, encore en kiosques jusque mercredi. Ou ici en pdf : Smart illusions au salon CapUrba

Ainsi que la brochure « IBM et la société de contrainte » éditée par Pièces et main d’œuvre.

Notes :

1. Surnom donné par Lille Métropole et Lille’s Agency : http://www.lillemetropole.fr/files/live/sites/lmcu/files/docs/ECONOMIE/LILLE-S-DIGITAL_PLAQUETTE%20_aout2013.pdf

2. http://www.usine-digitale.fr/article/ibm-va-creer-300-emplois-supplementaires-a-lille.N272762

mai 18th, 2014 by admin

Le nouveau président de la communauté urbaine de Lille Damien Castelain est maire « centre droit » d’une commune de 900 habitants. Il va gérer la quatrième métropole française, un million d’habitants et 1,6 milliards d’euros, avec des communistes, des socialistes, des écologistes, des centristes et des UMP. Étonnant ? Non. Depuis Mauroy, le « consensus communautaire » a réconcilié les beffrois de la mairie socialiste et de la Chambre de commerce. Plus d’idéologie, paraît-il, mais du pragmatisme. Comme tous les candidats, Castelain souhaite « préparer l’avenir » grâce au « développement économique » : en père de famille pour les finances, en ingénieur pour les infrastructures, en chargé de com’ pour le « rayonnement ». La veille du premier tour, il reconnaissait qu’un conseil communautaire fait moins de politique que de la gestion de ressources humaines et techniques : « quand on pose un tuyau, peu importe que l’on soit de droite ou de gauche. »1 Ancien ingénieur d’études en aménagement, Castelain « se lance » en politique par amour « du développement des cités, de l’urbanisme », et devient en 2008 le premier vice-président à l’écologie urbaine auprès d’Aubry. Ses co-listiers lui reconnaissent « une compétence technique au dessus de la moyenne. Ce sera un président pragmatique. » Compétence, technicité et pragmatisme, voilà les qualités requises pour être élu communautaire. Nul doute que les élus communistes ou UMP sont tout aussi compétents. Dès lors, pourquoi ne piloteraient-ils pas ensemble la « mégamachine » lilloise ?

L’étiquette politique n’a aucune importance, Paris, Grenoble ou Bordeaux concoctent les mêmes recettes pour un même développement, assurant à la fois « dynamisme » et « qualité de vie » : écoquartiers, transports doux, centre-villes piétons, baroufs culturels et pôles de compétitivité font « l’attractivité » de leur « territoire ». Les villes se tirent la bourre, s’arrachant les entreprises innovantes et leur petite bourgeoisie connectée – ingénieurs, techniciens, cadres du tertiaire. À l’approche des élections municipales, « Lyon se veut une  »smart city » en pointe sur les innovations numériques » pendant que Lille chante « l’avènement de la brique 2.0 ».2 Ces deux villes de gauche sont-elles moins innovantes que la droitière ville de Nice qui vient d’inaugurer le premier « boulevard connecté » ? « 200 capteurs ont été installés en haut des lampadaires, dans la chaussée, sur des containers, permettant ainsi d’exploiter et de croiser en temps réel des données sur la circulation, l’éclairage public, la propreté ou encore la qualité de l’air. »3 La technologie est ce nouveau grigri des collectivités qui transformera le béton en or et les microparticules en oxygène.

Prétendument durable, assurément connectée, quelle métropole n’a pas son programme pour une ville plus « intelligente », « ubiquitaire », « smart » ? Tautologie du développement métropolitain, la ville du futur offre des services innovants pour amadouer les investisseurs innovants : « Nous voulons créer à Lyon un mode de vie particulier et unique qui puisse [...] attirer de nouveaux habitants », annonce l’élue lyonnaise aux nouvelles technologies.4

Le pirate virtuel de la cité virtuelle sait-il qu’il est la cible réelle de l’État et des industries technologiques ? Caisse des dépôts et consignations, Ministère de l’écologie ou plans de rénovation de l’habitat allongent les budgets pour amorcer la pompe des nouvelles filières industrielles. L’univers ludique de la « smart city » lui fait-il oublier qu’il est fiché à chaque instant par les opérateurs de la « ville intelligente », affrété dans un espace fluide mais domestiqué, ludique mais sécurisé, pour assurer la marche de l’économie locale ?

Certes, la vision utilitaire du territoire n’est pas récente. L’avènement du capitalisme a organisé la ville pour les besoins de la marchandise. Au 18ème siècle, les places de marché et les axes de communication sont le lieu de travail des premières bourgeoisies commerçantes. Au 19ème, les logements s’entassent aux abords des usines, des ports et des gares. Tout au long du 20ème siècle, la ville est le réceptacle des bureaucraties commerciales et publiques en expansion, tours de béton, de verre et d’acier abritant sièges sociaux, banques, administrations. Si les technologies de la smart city accentuent ce processus de mise au pas des territoires, elles doivent aussi répondre à des enjeux inédits.

Écologiques, d’abord : surpopulation et embouteillages, raréfaction et hausse des prix des matières premières, aléas climatiques et pollutions. Autant d’externalités contre-productives, d’effets négatifs induits par le développement industriel, que les pouvoirs locaux surveilleront par l’interconnexion de capteurs, puces RFID, GPS et caméras de surveillance. Le prix à payer pour polluer mieux et plus longtemps sera celui d’une ville sous contrôle, substituant la vieille supervision des infrastructures urbaines par leur « hypervision » technologique.

Démocratiques, ensuite. Les nouveaux moyens de communication et l’ouverture des données publiques (« open data ») permettraient aux pouvoirs locaux de réparer leur démocratie en panne. Plaçant le « citoyen/usager […] au cœur des dispositifs » urbains, un ciblage individuel personnalise tarifs et services municipaux selon les « besoins » des participants. Le client/usager « devient lui-même producteur d’informations [...] en opérant un retour d’expérience sur l’état de fonctionnement des services. L’utilisation des systèmes d’information et des moyens de communication internautiques permettent à l’habitant de signaler à la collectivité un dysfonctionnement, créant une boucle de rétroaction allant des utilisateurs aux fournisseurs de services. »8 Par définition, une boucle de rétroaction fonctionne avec des rouages. Renouvelant les discours de participation des habitants et de transparence des collectivités, les technologies de communication permettraient au citadin d’élaborer la ville à sa guise. Cette « personnalisation de masse » de la ville rappelle les « Silent disco », discothèques dans lesquelles les nouveaux urbains dansent ensemble mais seuls, casque vissé sur la tête, écoutant la musique de leur choix. Dans une smart city, la domestication des citadins est désormais « interactive ». Ne dites plus « ville sous contrôle » mais « plate-forme collaborative ».

Hors-sol, mai 2014.

Le texte en entier, au format brochure : Smart city Brochure

1 La Voix du Nord, 19 mars 2014.

2 Le Monde, 20 février et 18 mars 2014.

3 « A Nice, Cisco inaugure un premier  »boulevard connecté » », urbanews.fr, 2 juillet 2013.

4 Karine Dognin-Sauze citée par Courrier International, 5 décembre 2013.

5 Le point sur les villes intelligentes, Commissariat général au développement, septembre 2012.