mars 6th, 2017 by admin

adressé à Damien Castelain, président la Métropole Européenne de Lille (MEL)

Comme son nom l’indique, votre Grand Barouf Numérique ne sert qu’à faire du bruit, pas à débattre. C’est avant qu’il aurait fallu nous consulter, si toutefois les débats participatifs servaient à quoi que ce soit en matière de développement numérique et de Smart City. Entre vous et nous, il n’y a pas de « dialogue de sourds », comme vous le prétendez. Non seulement nous ne souhaitons pas dialoguer avec vous. Mais en plus, nous vous avons très bien entendu, malgré le tapage que vous organisez aujourd’hui – au fait, doit-on appeler la police ?

Le fichage continue. Hier, l’ancienne mandature équipait les clients de Transpole d’une carte Pass-Pass RFID (28M €) pour ficher leurs déplacements, savoir qui se trouve où et quand sur le réseau. Sans débat bien sûr. Aujourd’hui, vous l’étendez aux services publics de la Ville. De cela, il ne sera pas question pendant ces deux jours de Barouf.

Chaque année, les subBétail_Grand Barouf numériqueventions pleuvent sur Euratechnologies (1M € par an de la MEL), les projets de Smart Home et de Smart City du CITC-EuraRFID, ceux de La Plaine Images ou de Blanchemaille pour le e-commerce. A-t-on eu à se prononcer ? Vos opérations d’OpenData n’y feront rien en matière de « démocratie participative » : quand il s’agit de développement économique, et on le sait depuis maintenant trois révolutions industrielles, la décision ne tient qu’à vous et vos « partenaires » de la Chambre de Commerce, ici co-organisateurs de l’événement.

Au fait, votre Centre opérationnel de commandement ouvert au bénéfice de l’Euro de foutbol se porte-t-il bien ? Les 37 écrans bunkérisés dans les sous-sols de la MEL et les 1 800 caméras de surveillance reliées, grâce à la fibre optique installée récemment, à la police et la Gendarmerie, ça va ? Pas de bugs ni de piratages ? Pas besoin des services de cybersécurité ouverts notamment par vos soins à Euratek ?

Et les 200 000 personnes concernées par le projet « You & Grid » que vous portez, là encore, avec la Chambre de Commerce pour installer des compteurs Linky, ont-elles participé à l’écriture de cet appel à projets ? Il prévoit pourtant de « connaître leurs habitudes », comme l’admet le directeur d’ENEDIS, ce serait la moindre des choses. (VDN, 24/03/2016) Ils doivent savoir qu’en avril 2017, vous taperez au portefeuille de l’Europe dans le cadre des « Smart Cities and Communities » car il en va de leur liberté. D’ici 2020 le million d’habitants de la MEL devra installer un compteur électrique Linky qui espionnera les recoins de sa vie privée : a-t-il eu à donner son avis ? Non, et il n’aura pas même le droit de refuser le mouchard électronique.

Votre stratégie pour une MEL « Résolument digitale » (juin 2016), vous l’avez écrite tout seul. Et aujourd’hui, vous organisez ce Barouf pour nous présenter avec fracas votre projet « La MEL – territoire des numériques ». Les métropolitains que vous gouvernez savent-ils que vous allez financer l’installation d’une carte d’identité électronique unique (à partir de la carte Pass-Pass) pour leurs démarches quotidiennes : déchetteries, salles de sports et culturelles, transports, cantines et garderies ?

C’est ça votre « territoire numérique », votre Smart City : le contrôle de nos activité publiques par une carte d’identité électronique, et celui de notre vie privée par Linky. Le tout sans notre assentiment.

Votre Barouf n’est pas une invitation à débattre,

c’est une opération d’auto-promotion

Étant donnés les marchés et les « opportunités » financières que le numérique ouvre à l’industrie régionale, on voit mal comment on pourrait discuter quoi que ce soit, pas même à la marge. Comme vous le dites, l’enjeu de votre métropole « résolument digitale » doit créer un « différentiel d’attractivité ». Ce qu’elle ne fera pas, tant les métropoles du monde entier, de Doha à San Francisco, courent le même lièvre dans un mimétisme confondant. L’humain que vous prétendez convoquer au centre du développement numérique n’est bon qu’à se traîner une fois l’an dans des « débats mouvants » sans conséquences, comme ceux du Grand Barouf. Vous nous demandez d’imaginer notre emploi de demain, mais on le connaît déjà : c’est chômeur, éventuellement avec un revenu universel pour croupir devant un écran. Même les patrons réunis à Davos l’avouent – et s’en félicitent : le numérique leur fera économiser sept millions d’emplois d’ici 2020 dans les pays industrialisés.

Sur la métropole lilloise, ainsi qu’on vient de le voir, comme ailleurs dans les pays riches, l’humain est déjà dépassé, évincé du travail et des décisions qui le concernent au quotidien, il est obsolète. Et cette obsolescence est programmée par des gens comme vous sans qu’on n’ait eu à dire quoi que ce soit.

Participer à ce barouf reviendrait, pour nous, à valider notre obsolescence. Comme on n’est pas masos, on vous laisse à vos mondanités et vos auto-congratulations. Nous avons déjà notre avis : votre « territoire numérique », c’est non. Il n’est, et ne sera, que contrôle, surveillance, déshumanisation et chômage. Alors amusez-vous bien. On espère que le DJ sera à la hauteur des verrines et de vos ambitions.

Hors-sol, le 6 mars 2017

Le texte au format PDF : Avis de non-participation au Grand Barouf numérique

octobre 20th, 2016 by admin

Voici quelques uns de nos textes mis en page et en brochure. Dans la plupart des cas il vous suffit de les imprimer au format « Livret » depuis votre ordinateur. Vous pouvez aussi les commander en papier en nous contactant ici.

Au nord de l’économie : Au nord de l’économie_brochure

Écologisme et transhumanisme, des connexions contre nature : ecologie-et-transhumanisme_brochure

Et c’est ainsi qu’Allah est grand (Islam & Technologie) : allah-est-grand_brochure

J’ai visité SmartCity : J’ai visité SmartCity

Dialogue entre un journaliste-robot et un robot-journaliste : robots-journalistes-brochure

NSA, DGSE, Big Data et l’espionnage électronique : le-fascisme-de-notre-temps

Smart City, l’espace de la domestication interactive : Smart city Brochure

Respirer tue, rationnons l’air pur : Microparticules_Brochure

L’art de nous acclimater à la technopole : brochure-natures-artificielles

Pourquoi il faut fermer Euratechnologies : Fermer Euratechnologies_Brochure

Défense et illustration du cancer picard : Cancer picard_brochure

 

 

 

septembre 26th, 2015 by admin

Pour ceux qui n’auraient pas écouté France Inter toute la journée d’hier, lu La Voix du Nord depuis trois mois, vu les premières œuvres d’art et autres « Smart Pots de fleurs » investir l’espace public, sachez que ce soir Lille3000 inaugure ses quatre mois de « Renaissance » par une parade brésilienne. Vous êtes invités, c’est gratuit. Mais nous n’y serons pas pour les raisons évoquées ci-dessous et en pièce jointe.

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Il y a deuxpaon ans nous écrivions1 : « En 2004, Lille devait vernir son image pour attirer les investisseurs. Aujourd’hui, Lille3000 accompagne esthétiquement les stratégies des entreprises nouvellement débarquées. » Voyez le catalogue des expositions : « Paranoïa » présentait dans une expo-délire la reconnaissance biométrique (comme à Auchan et grâce à Euratechnologies), la vidéo-surveillance (comme dans le métro) ou la bio-ingénierie (comme à Eurasanté) . « Futurotextiles » exposait l’état de l’art industriel des fibres confectionnées par le Centre Européen des Textiles Innovants. « Dancing Machine » nous faisait vivre l’expérience froufroutante de l’intelligence artificielle « en croisant recherche scientifique et création artistique contemporaine. » C’est ça Lille 3000 : l’art et le business se nourrissent mutuellement.

Vous trouvez qu’on y va un peu fort ? Que c’est caricatural ? Écoutez l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault pendant l’inauguration de « Fantastic » en 20122 : « « Lille 3000″ est exemplaire de toute cette mobilisation. Je le disais [aux] acteurs économiques : 1 euro investi d’argent public, c’est 4 à 8 euros de retombées économiques. » On appelle ça une culture d’entreprise. Alors si les artistes collaborant avec Lille3000 font autant les profits des boîtes High Tech, qu’ils sont les sous-traitants du service com’ de la Métropole, qu’en sera-t-il de nous, les gueux, appelés à parader « à poils, à plumes et à paillettes » ? Nous serons, comme depuis 2004, les dindons de la farce.

C’est la Ville qui parade, pas nous

Un constat en forme de lapalissade : Lille 3000 est une entreprise de marketing territorial. C’est à dire que la culture ne sert pas à comprendre le monde, mais à promouvoir les objectifs des commerciaux. Vous trouvez encore qu’Hors-sol, « ils y vont un peu fort quand même » ?

Martine Aubry en 2005 dans Un nouvel art de ville : « Ma conviction est que c’est la qualité de vie dans une ville qui fait l’attractivité économique, et non l’inverse. C’est cet art de vivre ensemble qui attire aujourd’hui les investisseurs financiers et économiques et crée le développement. » Plus nous serons joyeux et rassemblés, mieux les investisseurs pourront nous toiser du haut de leurs beffrois, évaluant le bas peuple prêt à danser pour eux au rythme des sambas.

Aubry ne sera pas contredite par Pierre de Saintignon, candidat en perdition pour le Parti socialiste, défendant ainsi sa vision devant le petit monde du Théâtre régional réuni à Avignon cet été : « La Culture est l’élément central du jeu économique de notre région, pour le développement de l’emploi, de l’économie. » Une déclaration d’amour pour la « Culture » qui devrait aller droit au cœur de ses électeurs, utilisés ainsi comme simples mannequins de vitrine.

Si nous ne paradons pas ce soir, nous nous attristons de voir ces associations de quartier, ces écoles, ces centres sociaux et tout le petit peuple de Lille mis au pas d’une stratégie qui lui marche dessus.

Renaissance pour qui ?

La « Renaissance lilloise », c’est celle de la ville intelligente, des technologies intrusives, des applis publicitaires, du fichage des déplacements, des goûts et des activités des métropolitains. Inaugurée avec la carte PassPass dont chaque transporté se demande encore ce qu’elle lui apporte à part des amendes pour non-validation et un prix du ticket exorbitant, la prochaine « C’Art » sera inaugurée demain pour ficher les consommateurs de musées. C’est le deuxième effet Kiss Kool de la RFID métropolitaine. Qui aurait cru que parader ou aller au musée alimenterait un vaste fichier ?

Euratek, Eurasanté, Haute Borne, Zone de l’Union, Auchan-Decathlon-Kipsta, Cap Gemini, Microsoft, IBM : voilà la gueule des emplois d’ingénieurs, de bac+8 et de CSP+, qui font la Renaissance lilloise et pour laquelle nous devons parader. « Ce n’est pas n’importe quelle recherche qui s’implante dans la région… » se réjouit Sandrine Rousseau, candidate verte aux Régionales, quand il s’agit d’accueillir cette année le Commissariat à l’énergie atomique (CEA).3 « Le CEA tech a pour vocation première d’assurer une passerelle entre la recherche fondamentale et les applications industrielles. » Cette soi-disant écologiste antinucléaire n’a pas même la décence de déplorer que le fleuron de l’informatique française, dont le plus gros ordinateur européen (le TERA-100) sert à la simulation d’explosions atomiques, vienne « irradier » de son savoir-faire militaro-technologique la Renaissance régionale. Et que dire des 40 millions d’euros d’argent public claqués pour 50 emplois directs ? Soit 1 million par personne ? Qu’elle est bien comme ça, la Renaissance lilloise : minable dans sa grandiloquence.

Une Renaissance faite – et payée – par les Lillois, mais contre eux. Depuis 2004, Lille détient le record de France d’augmentation du prix de l’immobilier : + 83 % entre 2004 et 2012, contre 82 % à Paris !4 Sachant cela, il n’est pas besoin d’attendre les résultats du Front National ou de l’abstention aux prochaines régionales pour constater le divorce entre la classe politique et ses sujets.

Méfions-nous des mystifications

Une fois que tout est fait, que les entreprises sont installées, les budgets débloqués, la RFID, la vidéo-surveillance, la biométrie, les bornes tactiles installées dans les bibliothèques, les musées, les écoles, les centres commerciaux et les transports, Martine Aubry demande si l’on veut bien « retrouver l’esprit de la Renaissance, lorsque l’Europe est sortie du Moyen-Age en plaçant l’homme au cœur de la société, avec une ouverture au monde, en favorisant le progrès et en magnifiant la nature. »5 Cette époque – certes contradictoire d’explorations maritimes, de reproduction des idées par l’imprimerie, de révolution copernicienne, de développement des arts, des humanités et de la raison se trouve aujourd’hui retournée par l’élite locale pour bâtir sur les ruines du vieux modèle industriel un technocapitalisme assurément déshumanisé dans lequel nous ne trouverons notre « place » qu’en nous adaptant, et non en le transformant. Car si la Renaissance redécouvre, aussi, la démocratie grecque, c’est avant le fait accompli qu’il fallait nous poser la question du modèle de développement que nous voulons. Et ce ne sont pas de grotesques simulacres de participation citoyenne tel le Parlement du Savoir Régional qui changeront quoi que ce soit à la Renaissance virtuelle, technologique, et par là même déshumanisante, de la Métropole et de la Région.

Vous vouliez nous faire marcher ? Eh bien, dansez maintenant !

Hors-sol, 26 septembre 2015

Notre tract au format pdf : Paradez

1. Natures artificielles : l’art de nous acclimater à la technopole, tomjo, 2013.

2. 6 octobre 2012, gouvernement.fr

3. La Voix du Nord, 21 novembre 2014

4. La Voix du Nord, 2 juin 2012.

5. Le Monde, 21 mai 2015.

novembre 27th, 2014 by admin

Hasard du calendrier ou réponse directe à notre reportage publié en novembre ? Dans son numéro de janvier (110 000 exemplaires distribués gratuitement) Lille Mag sort l’artillerie lourde : « Bienvenue dans votre Silicon Valley ». Rédigé dans la mauvaise conscience, l’enjeu est d’humaniser le développement technologique des Bois-Blancs : « L’important, ce sont les sciences et les relations humaines. Pas la technique pour la technique. » Le dossier croit ainsi répondre à nos critiques. Pseudo questions éthiques, conséquences environnementales, « dimension sociale », argent public, emplois, la mairie PS déploie sa rhétorique Benetton : des jeunes, des vieux, des issus de la diversité, des non-diplômés, des femmes, des Alzheimer sont utilisés comme paravents contre la critique.

Si le cœur des habitants de Bois-Blancs reste à gagner, celui des multinationales du numérique et des ministères est conquis. « Lille is French Tech » et Euratechnologies prend son envol. 2 500 salariés aujourd’hui, 7 500 d’ici 2018. Promoteurs et collectivités construisent de nouveau pour doubler la surface productive. L’ambiance y sera « studieuse et décontractée » déclare-t-on : café jazz, restaurants, salle de sport. Grâce à sa labellisation « French Tech » par l’État, Euratechnologies compte devenir l’incubateur de référence français sinon européen.

Plutôt que de longues tirades sur la dialectique, quelques photos suffisent parfois. Voici un photo-reportage de trois minutes monté par notre photographe Julien o2e. Sur les ruines d’une classe ouvrière déchue, une nouvelle utopie se dresse : http://vimeo.com/117043304

Retrouvez aussi notre reportage publié en novembre dans version papier : Les extraterrestres débarquent à Bois-Blancs

Bonne lecture.

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Ils sont cools, jeunes et insouciants. Débarqués du cyberespace en 2009, ils ont installé leur première colonie dans le vieux quartier industriel des Bois-Blancs, à Euratechnologies. Grâce à leurs soutiens auprès de riches représentants de la communauté terrienne, leur entreprise d’expansion se concrétise, empruntant des noms étranges : living lab, écoquartier, Euratechnopolys. Aidés des populations autochtones, nous avons saisi les aspects les plus immédiats de leur mode de vie exoplanétaire. Mais leur base avancée n’est que le début d’un impérialisme technologique qui dépassera, et dépasse déjà, les frontières physiques du quartier. Pour les bouter définitivement hors de nos vies, il faudra plus qu’une « lutte contre la gentrification ». Reportage.

La Guerre des MondesIls sont de plus en plus nombreux, attirés par un « parc d’activités » gigantesque installé dans l’ancienne filature Le Blan. Sur la carte du chômage régional, Lille est la seule ville à connaître un regain d’emplois. En cause : l’informatique.1 Rien qu’à « Euratech », 2 500 geeks regroupés dans 150 entreprises ont emménagé en cinq ans. Si la reconversion du quartier est souvent présentée comme l’une des « réussites » économiques et urbaines les plus significatives des trois mandats d’Aubry, elle est surtout l’aboutissement d’une dynamique lancée par Pierre Mauroy dans les années 1980. La réconciliation de la mairie socialiste avec la chambre de commerce, l’arrivée du TGV et Lille2004 ont créé un « ecosystème » propice aux nouvelles classes créatives et connectées. C’est d’ailleurs Pierre Mauroy qui, après une visite en 1999 de Sophia Antipolis, la plus importante technopole française près de Nice, lança le projet « Euratechnologies ».

Malgré le déclin de ces filatures qui faisaient la renommée du quartier, le « renouveau » de Bois-Blancs n’est pas une aubaine pour ses habitants, mais bien plutôt pour la Ville et ses investisseurs. « On a installé des gens pour faire du blé, du blé, du blé, et on oublie les autres avec le RSA », constate un habitant des Aviateurs, ces grands ensembles construits à la fin des années 1950. De chaque bord de la Deûle, frontière géographique et sociale du quartier, on se regarde en chien de faïence. Le pouvoir lillois n’a d’yeux que pour les grands noms de l’économie numérique, l’université Stanford en Californie ou les entreprises du programme « Euratech in China », alors que les habitants historiques sont réduits à l’état de classe surnuméraire et obsolète.

1La Voix du Nord, 23 septembre 2014. L’Observatoire des TIC n°19, 2013.

juillet 14th, 2014 by admin

Sur les cendres de la ville industrielle, « Lille’s Digital »1 permet tous les espoirs de relance économique. Dans le quartier des Bois Blancs, aux abords d’Euratechnologies, IBM s’installe. 200 ingénieurs auront débarqué à la fin de l’année, ils seront mille dans trois ans.(2) Pour quoi faire ? Offrir des services informatiques à des groupes aéronautiques et militaires comme Safran ou Airbus, des banques, des assurances ; mais aussi œuvrer à la ville intelligente. Nous vous en parlions dans la brochure « Smart City, l’espace de la domestication interactive ».

Le mois dernier, nous étions à Lyon pour CapUrba, le salon de l’urbanisme innovant. Et vous savez quoi ? Les fonctionnaires et ingénieurs présents nous ont confirmé les raisons réelles pour lesquelles ils développent leurs technologies de contrôle urbain. A savoir :

1° La ville intelligente est un atout marketing : « C’est un projet économique d’attractivité dans une compétition désormais mondiale » entre les métropoles, lâchait un ingénieur d’IBM. Autrement dit : la ville ne se développe pas par et pour ses habitants – trop pouilleux, consanguins, chômeurs et alcooliques peut-être ? –, mais pour des classes aisées, connectées, friquées et consommatrices.

2° La ville intelligente est un moyen d’accélérer le désastre écologique du capitalisme urbain : congestion routière, raréfaction des matières premières (eau, électricité), entassement de populations. « En quatre ans, on a urbanisé autant que nos anciens en 2000 ans, s’est satisfait un technicien montpelliérain, c’est un atout pour l’économie, mais qui pose un souci en terme d’accueil. » Sans rationalisation, pas de développement.

3° La ville intelligente est le pilotage total de l’environnement et de ses habitants. C’est l’enfer vert. Ce que le chef de projet à l’Aménagement numérique de Lille Métropole, Raphaël Dirix, reconnaît aisément au sujet de la carte de transports « PassPass » : « Certes, on peut parler de Big Brother, mais une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage… », on se fait arracher la main. Merci pour l’aveu.

C’est pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, que nous crions :        IBM dégage !

 Vous retrouverez le reportage au salon CapUrba dans le journal CQFD, encore en kiosques jusque mercredi. Ou ici en pdf : Smart illusions au salon CapUrba

Ainsi que la brochure « IBM et la société de contrainte » éditée par Pièces et main d’œuvre.

Notes :

1. Surnom donné par Lille Métropole et Lille’s Agency : http://www.lillemetropole.fr/files/live/sites/lmcu/files/docs/ECONOMIE/LILLE-S-DIGITAL_PLAQUETTE%20_aout2013.pdf

2. http://www.usine-digitale.fr/article/ibm-va-creer-300-emplois-supplementaires-a-lille.N272762

janvier 12th, 2014 by admin

Hors-sol s’associe à l’initiative lancée par un regroupement ad hoc, NoFic2014, contre la tenue du Forum International de la Cybersécurité à Lille les 21 et 22 janvier prochains. Un rassemblement est ainsi prévu le mardi 21 à 18h sur la Grand’Place de Lille. Ci-dessous, l’appel à ce rassemblement suivi d’une présentation des organisateurs et des partenaires de ce salon de l’armement électronique.

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Contre la société de contrôle, refusons le forum de la cybersécurité


Edward Snowden nous a rappelé la surveillance planétaire de nos communications électroniques et téléphoniques. Le gouvernement français n’a pas de raison de s’émouvoir des pratiques des services de renseignement américains, la NSA, puisqu’il a recours aux mêmes procédés. Avec la loi de programmation militaire votée en décembre 2013, les possibilités de nous géolocaliser, de nous écouter, de nous espionner, ont été élargies et renforcées : les ministères de la Défense, de l’Intérieur, de l’Économie et des finances peuvent désormais utiliser quasiment sans restriction et en temps réel les données fournies par nos mails, cartes bancaires, connexions Internet, téléphones. Les dispositifs de contrôle jusqu’ici limités aux enquêtes qualifiées d’anti-terroristes ont été ainsi étendus à l’ensemble de la population pour tous les besoins de l’administration. Tout comme l’État a imposé l’extension progressive du fichage ADN, prétextant d’abord la lutte contre la délinquance sexuelle puis l’anti-terrorisme, il utilise aujourd’hui la cybercriminalité, la pédophilie sur Internet ou la menace terroriste comme prétextes pour nous mettre toutes et tous sous contrôle.

Il n’y a rien à attendre d’un encadrement technico-légal des données personnelles qui ne servirait qu’à nourrir des illusions consolantes. Quand la tyrannie informatique, l’interconnexion des fichiers et leur sauvegarde numérique, s’étendent toujours plus dans nos vies (dans les écoles, hôpitaux, administrations, maisons de retraite, prisons, transports, etc.), on veut faire de nous des suspects à perpétuité, des robots au travail, des consommateurs dociles, des éléments quantifiables et traçables. Leurs services sont secrets mais nos vies devraient être transparentes.

La Stasi elle-même n’aurait pas imaginé un rassemblement de milliers d’agents pour se féliciter de ses dernières trouvailles en matière de contrôle de la population. Pourtant, les 21 et 22 janvier 2014, le Conseil régional Nord-Pas de Calais, la Gendarmerie nationale, Euratechnologies et la Compagnie européenne d’intelligence stratégique, accueilleront policiers, militaires et industriels de l’armement à Lille Grand palais pour un Forum international de la cybersécurité – l’équivalent électronique des salons militaires du Bourget ou d’Eurosatory. Six mois après la publication des capacités d’espionnage de la NSA et de la DGSE, c’est un doigt d’honneur qu’ils nous font. Leur cynisme est celui des gestionnaires d’un ordre économique qu’ils défendent par tous les moyens.

Face à l’œil inquisiteur de l’État et de ses cyber-polices, ne nous rendons pas. Nous refusons que les professionnels de la contention sociale viennent se pavaner en toute quiétude. Nous refusons leurs guerres économiques et militaires, intérieures et extérieures.

Rendez-vous le mardi 21 janvier à 18h00 sur la Grand’Place.

nofic2014 XcG riseup.net

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Présentation succincte des organisateurs du FIC et de leur intérêt pour la cyberdéfense

Depuis l’édition 2013, le Conseil régional du Nord-Pas de Calais est à l’initiative de l’organisation du Forum International de la Cybersécurité 1 Et pour cause : entre Pékin et le quartier Bois Blancs où se trouve Euratechnologies, son vice-président au développement économique de Saintignon se démène sur les technologies numériques pour relancer l’économie de la région. En elle-même, la « cybersécurité » est un marché en plein boom (10 % de croissance annuelle mondiale selon le cabinet PWC). Mais surtout, afin d’obtenir la « confiance numérique » des investisseurs du monde entier, des conseils et mesures de sécurité informatique sont nécessaires. Ainsi, la Région s’adjoint les services de la Gendarmerie nationale et de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique. pour faire de Lille la « Capitale européenne et mondiale » de la cybersécurité : un pôle spécialisé est en préparation et ce forum annuel est une vitrine internationale. Société numérique, société policière.

Après les organisateurs, voici quelques « partenaires » : ce sont des industriels qui travaillent à la fois pour le « civil » et le militaire.

Le premier d’entre eux est l’entreprise SOGETI. Co-pilote d’une armée de réservistes « civils » spécialisée en cyberdéfense, elle travaille avec Thalès à l’école militaire Saint-Cyr. L’entreprise vient de débaucher le directeur technique de la DGSE (services de renseignements extérieurs), son « Monsieur Grandes Oreilles » qui écoute aux portes numériques des Français.

Cassidian cybersecurity est une filiale du constructeur aéronautique civil et militaire EADS spécialisée dans la sécurité informatique. Cassidian vend des logiciels pour sécuriser les réseaux du Ministère de la Défense, ceux de l’armée allemande, ou les informations classées « secret-défense » du gouvernement et de l’armée britannique.

Thalès, mastodonte militaire spécialisé dans l’aéronautique, les missiles et les technologies de l’information, protège les systèmes de défense de 50 pays dont 25 de l’OTAN, ainsi que des banques ou des compagnies pétrolières. Dans le « civil », Thalès répand ses logiciels d’hypervision et d’analyse de données (vidéo-surveillance, capteurs, etc).

Mobilisé contre la fraude documentaire et l’usurpation d’identité, le FIC est aussi une vitrine pour l’Imprimerie nationale et ses pièces d’identité sécurisées (passeports et titres de séjours biométriques et RFID).

Alcatel-Lucent, un autre géant des Télécoms et des réseaux, sécurise aussi bien les télécommunications des plates-formes pétrolières que des bases françaises de l’armée de l’air.

Orange cyberdéfense est chargée de la sécurité informatique de sites miniers.

Pour finir : Bull. Sa filiale Amesys ayant vendu des armes d’interception à la Libye, elle est aujourd’hui en procès pour « complicité d’actes de torture ». Ce qui ne la gênera pas pour animer une table ronde sur le thème « Comment faire face au cyber-espionnage ? ».

Voilà à quoi sert le Forum International de la Cybersécurité : soutien de la domination économique et militaire française à l’extérieur, sécurisation de connaissances scientifiques et de sites industriels nuisibles, espionnage et surveillance généralisée – bref, la cyberguerre sert au maintien d’un ordre social qui profite à quelques uns par la contention des autres.

1L’organisation de ce forum coûte à la Région 350 000 € sur un budget de 600 000. Ils sont donnés à Euratechnologies, la « cheville ouvrière » de l’événement.