juin 23rd, 2017 by admin

Nous profitons de deux événements désagréables pour vous transmettre notre contribution quant aux crimes de la densification urbaine : la pseudo concertation autour du projet « ZAC Saint-Sauveur », et les deux jours de pollution de l’air à l’ozone que nous venons d’affronter. Depuis le début de l’année, nous avons déjà passé 22 jours au dessus des seuils d’alerte et d’information aux microparticules et à l’ozone. Pourtant en 2008, « la crise économique avait fait sensiblement baisser les émissions industrielles et les émissions du trafic routier. » (Ministère de l’écologie, 2011) Parmi les indicateurs qui montrent que la crise est derrière nous, c’est le nombre de grues aujourd’hui dans Lille, et le record de jours d’alerte que l’année 2017 est en train de connaître.

Bonne lecture, ci-dessous ou ici : Crimes de la densification

***

Les crimes de la densification urbaine

Pourquoi nous ne participerons pas à la concertation de la friche Saint Sauveur

Alors qu’au mois de décembre la région connaît plusieurs « épisodes » de pollution aux particules fines, Damien Castelain s’inquiète de « la thrombose routière autour de Lille [qui] coûte près de 1,4 Mds € aux entreprises. »1 Des 1 700 morts causées par a pollution de l’air sur la métropole chaque année, Castelain s’en fout. D’ailleurs tout le monde s’en fout, des écologistes aux administrateurs d’Euralille, qui parfois sont les mêmes.

Euralille, 3ème quartier d’affaires français dans la 2ème ville la plus polluée aux particules fines. La pollution de l’air fait déjà 1 700 morts prématurées par an et des enfants interdits de jouer dehors les jours d’alerte. Avis aux antifascistes : l’urbanisme contemporain, ses voitures et leurs particules sont un projet totalitaire.

Euralille et la MEL accélèrent, maintenant que la crise est derrière eux. Tours pompières transformées en « gestes architecturaux », cages à lapins pour tout « logements », et carrés de pelouses comptabilisés en «_espaces verts_». Lille mène actuellement les plus grosses opérations militaro-immobilières de son histoire. L’appétit des bétonneurs, promoteurs et mangeurs d’enfants est insatiable. Au moins les élus de la MEL pourront contempler le désastre du haut de leur futur gratte-ciel de 130m de haut, soit 20 de plus que la Tour Crédit Lyonnais. Que rugissent les pelleteuses, que tournent les bétonnières, que crachent les cohortes de voitures_:

_Euralille 3000 : 1 000 logements, 100 000 m² de bureaux et 89 000 m² de commerces pour une « profonde relecture de l’espace public ».

_Porte de Valenciennes : 1 000 logements dans des « îlots-jardins » parsemés de « promenades paysagères ».

_Îlot Pépinière : bétonnisation des deux derniers hectares de verdure de ce « tissu faubourien ».

_Friche Saint Sauveur : 2 500 logements et 8 600 bagnoles pour un « morceau de ville intense » de 23 hectares.

_Fives Cail : 1 200 logements et 4 000 voitures dans une ancienne usine « dont la beauté et le potentiel ont la force d’une évidence ».

_Rives de la Haute Deûle : 25 ha de béton pour ensevelir « l’armature paysagère et environnementale du lieu ».

Pôles logistiques, bureaux et Cités radieuses pour cadres de la tech, de la banque et des assurances, le maître-mot contemporain de ce totalitarisme immobilier est « Densification ». C’est lui qui met autour d’une même table promoteurs, élus et écolos, satisfaits d’entasser le plus de monde possible sur l’espace le plus exigu qui soit. Chez eux, des films comme Metropolis, Blade Runner ou Brazil sont des modèles d’urbanité.

La Ville dense s’écrit dans les bouchons, les masques à oxygène et le contrôle social – qu’il soit policier ou technologique. La ville dense n’est pas juste criminelle du fait des pollutions : la surpopulation, le bruit et le manque d’espace provoquent troubles mentaux, stress et psychoses. Une ville aussi dense que Lille étouffe déjà, sa température est de 3 à 4,5° supérieure aux zones rurales, intensifiant les périodes caniculaires et le réchauffement climatique. La ville dense pressurise les écosystèmes et nappes phréatiques. La ville dense concentre les risques technologiques et industriels, les antennes-relais et les déchets. Mais pire que tout : la ville dense, c’est moche.

Le capitalisme est urbain. Londres produit la moitié du PIB anglais pendant que les deux mégapoles de Los Angeles et New York produisent un tiers du PIB américain. La ville ne s’étale que sur 2% du globe mais rejette 80% du CO2. Avec la concentration de population et d’activités s’accompagne nécessairement celle des pollutions, alors que par ailleurs des régions entières et villes moyennes se dépeuplent.

Contre tout bon sens, dirigeants locaux et promoteurs de la ville durable, comme ici la SPL Euralille, trouvent toutes les contorsions rhétoriques et techniques pour, soit-disant, « prévenir » et « compenser » les nuisances de la densification en cours. Il faut savoir que la métropole lilloise est déjà saturée. Sa pollution atmosphérique annuelle dépasse déjà les seuils préconisés par l’Organisation Mondiale de la Santé.

Il n’y a pas de solution technique à l’entassement métropolitain, à moins d’étouffer sous les mesures de rétorsion les jours d’alerte. L’arrêt des projets urbains en cours ne serait même pas un minimum vital. Pour le moins, il faudrait détruire quelque tour de bureaux, à commencer par la plus nuisible d’entre elles, la Tour Euralille. Quant à la friche Saint-Sauveur, nous préférerons un parc, une ferme, du maraîchage_; tout, mais pas le projet du cabinet Gehl.

Nos socialistes séculaires ont tout perdu dans la région. Malgré leur débâcle électorale, les derniers survivants à la mairie de Lille conservent leurs pratiques de cow-boys. Ils complotent contre la vie puis nous proposent de nous concerter sur la couleur des bancs et l’inclinaison des panneaux solaires. Votre concertation autour de « Saint So », vous pouvez la mettre où ça vous fera le plus grand bien, dans un rapport moral de fin d’année ou un support de com’, mais ce sera sans nous.

***

Les palmes du béton bio et des particules durables

Catégorie « Premier de la classe » : Stéphane Baly, élu vert à la mairie et membre du conseil d’administration de la SPL Euralille, ce technocrate vert est responsable de la mise sous béton de l’îlot Pépinière et de la friche Saint Sauveur.

Catégorie « suicide professionnel » : Lise Daleux, élue verte aux espaces verts, cette plante verte ne veut pas d’un « Central park lillois » sur la friche Saint Sauveur. Vous y croyez, une écolo responsable des jardins qui détruit la possibilité de son job ?

Un Vert, ça ne s’achète pas cher : deux toitures végétales et trois panneaux solaires.

***

1. MEL, le revue de la métropole européenne de Lille, décembre 2016.

octobre 23rd, 2015 by admin

LILLE, 23 oct. 2015 – Le torchon brûle-t-il entre l’Agence d’urbanisme de Lille métropole et la SPL Euralille ? Contrairement à la seconde, la première juge qu’on ne peut assimiler des espaces verts comme l’îlot Pépinière à du « vide » à bétonner. Même que « c’est vraiment n’importe quoi ».

La discorde s’est faite jour le week-end dernier lors d’une interview sur France Culture.1 Nous avions malencontreusement attribué à l’Agence d’urbanisme la volonté d’« investir de vi(ll)e les vides », tels ces deux hectares de bois et de maisons de l’« Îlot Pépinière ». Ce à quoi Oriol Clos, directeur de l’Agence d’Urbanisme, nous opposa qu’il considère, lui, « le vert comme du plein » à préserver. Dont acte.

En fait, c’est à la SPL Euralille, propriétaire de ces deux hectares jamais urbanisés, que revient le slogan « Investir de vi(ll)e les vides », considérant par là même les habitants et les arbres du faubourg de Roubaix comme des quantités tout à fait négligeables au regard de la stratégie métropolitaine. Joint par téléphone, M. Clos nous a confirmé que les « espaces verts ne sont pas du vide à remplir. » Le message est passé. Nous l’adressons à Euralille. Ainsi qu’à Pierre Mathiot.

Également présent au micro de France Culture, l’ex-directeur de Science Po, par ailleurs « homme de bonne volonté »2, affirmait lui aussi qu’avant Euralille, « il n’y avait rien ». Une manière de justifier les expropriations actuelles ? ; la bétonnisation du dernier « confetti » de nature proche de la gare TGV ? M. Clos doit-il rappeler au politologue que le Parc des Dondaines, réduit à peau de chagrin sous les coups de pelleteuse d’Euralille, n’était pas du « vide » à remplir de bureaux ?3

Un accordage de violons apparaît nécessaire pour comprendre ce que la Métropole européenne de Lille entend faire des derniers espaces non bétonnés de l’hypercentre. Si elle devait suivre les conseils de son Agence d’urbanisme, elle laisserait l’îlot Pépinière, ou les 23 ha de la future ZAC Saint Sauveur, à la verdure.

Hors-sol

1. Émission « Sur la route », France Culture, 17 octobre 2015 : franceculture.fr/emission-sur-la-route-sur-la-route-des-nouvelles-metropoles-a-lille-2015-10-1

2. appelauxfemmesetauxhommesdebonnevolonte.fr

3. « Lille : la « zone » des Dondaines », La Brique, décembre 2013 : labrique.net/index.php/thematiques/histoires-du-bocal/93-lille-la-zone-des-dondaines

février 17th, 2015 by admin

Bâties en bois hors des remparts de Lille afin d’être incendiées en cas de siège, les maisons de la rue du Faubourg de Roubaix sont sur le point d’accomplir – deux siècles après leur construction – leur destinée historique : la destructions par la guerre. Sous les bombes des aménageurs d’Euralille, elle est économique et urbaine. Si le discours des vendeurs d’« urbanisme innovant » adopte les effets masturbatoires propres à la prise de cocaïne, la liturgie urbanistique demeure la même : « Investir de vi(ll)e les vides », commande le service Slogan d’Euralille, adoptant la maxime de Le Corbusier selon laquelle « urbaniser c’est faire de l’argent ». (1) Quant aux habitants, leur présence est en sursis entre les bulldozers et la fonction [Effacer] d’un logiciel de Dessin Assisté par Ordinateur.

JPEG - 970.1 ko

L’« îlot pépinière » a longtemps abrité le dernier bail rural de Lille, consenti à un fleuriste établi dans les lieux depuis plusieurs générations. Vaste bosquet longeant le cimetière de l’Est et bordé de petites maisons urbaines, c’est un des rares vestiges du temps où Saint-Maurice-des-champs était séparé des remparts de Lille par une large zone non aedificandi : sorte d’Atlantide champêtre, autrement connue sous le nom de « Parc des Dondaines », qui accueilli pendant longtemps les cabanes construites de bric et de broc des démerdards, marchands ambulants, bohémiens et autres chiffonniers qui firent de cette « zone » un lieu prisé pour ses guinguettes et ses fêtes interminables. Rendu constructible à la fin des années 1980 par un Pierre Mauroy déterminé à propulser Lille dans la compétition métropolitaine, le parc est englouti en quelques années sous la gare TGV, le périphérique, les bureaux d’affaires, les centres administratifs et les barres de logements normalisés.

Faubourg d’une dizaine de milliers d’habitants, Saint-Maurice s’est dès lors trouvé « au cœur d’une dynamique de développement teritorial » impliquant des ensembles économiques de plus en plus vastes. De Lille Métropole à l’Aire Métropolitaine (presque 4 millions d’habitants), une décennie aura suffi pour que l’îlot pépinière – n’ayant connu jusque-là que la délicate économie de la pousse artisanale des fleurs – prenne figure d’« aberration foncière » et que la « requalification » s’impose. Restait à statuer sur le sort d’« occupants » dont « la proximité réductive (sic) et la non spécialisation technocratique [se trouva dès lors] confrontée à des visions complexes de plus vaste échelle. » (2)

Préemption et paupérisation programmée du bâti, adaptation de la réglementation aux exigences d’« optimisation économique » du terrain, pseudo-consultation des Habitants, expropriations à bas prix, harcèlement et intimidation des récalcitrants, les pouvoirs publics ne se targuent pas ici d’innovation et privilégient des techniques éprouvées. Imperturbablement, les façades des demeures en sursis – vidées de leurs habitants et livrées au pourrissement – se parent de panneaux bigarrés annonçant, comme une rassurance, que « la ville continue »… Sur les autres, témoignant des dernières résistances, des affiches donnent à lire la propagande municipale en langage courant : « Habitant dégage : la mairie aménage ».

Techno-Cité radieuse

Initialement voué à organiser l’espace selon les besoins standardisés de l’« homme nouveau » au sein de la société industrielle, l’urbanisme dessine désormais le décor d’une post-humanité mobile et connectée, renvoyant à leur obsolescence les quelques bouseux en­core attachés à la glaise de leur pépinière. A l’image de sa population – néo-prolétariat hors-sol, mutable au gré des fluctuations du mar­ché mondial – la techno-cité se veut intense, innovante, évanescente, mutable et permanente, continue et fragmentée, durable et éphémère, dense et diffuse, poreuse, intelligente, créative, ubiquitaire, multicultu­relle, globale, etc.

Ces adjectifs ne doivent cependant pas nous faire oublier que les urbanistes n’ont jamais désavoué le bon vieux planisme issu du mouvement moderne : l’organisation industrialiste de l’espace et du temps, et l’accaparement par une caste d’experts du droit à faire la ville d’en haut, comme à l’aplomb d’une carte d’État Major. Après tout, des Siedlungen et autres Cités Radieuses de l’après-guerre aux éco-quartiers de la « ville durable », les modèles architecturaux qui ont sous-tendu l’urbanisation de la vie n’ont jamais été que les variantes, diffuses ou concentrées, du même mode de production (rationaliste, économiste, industriel). Et aussi bien les discours sur la Haute Qualité Environnementale que le façadisme pop des « opérations de logement » les plus récentes dissimulent mal les atavismes fonctionnalistes de leurs concepteurs. A mesure que la société indus­trielle achève de « transformer l’espace comme son propre décor » (3), la doctrine des C.I.A.M, travailler/se récréer/circuler (4)… est plus que jamais à l’ordre du jour. Ici comme ailleurs, les noms restent mais les lieux disparaissent à mesure que la réalité rejoint l’artificialité des images de synthèse des architectes – la joie de vivre en moins.

De Saint-Maurice-des-champs à Saint-Maurice-des-flux

Une habitante raconte : « Après avoir emprunté une frêle passerelle surplombant l’ancien périphérique, on était ‘’aux champs’’ : on allait même porter le pain rassis de la semaine aux poneys du club hippique, là où il n’y a plus maintenant qu’immeubles de bureaux et béton. Les plus anciens habitants nous parlaient avec nostalgie de la guinguette du Carrefour Labis, mais je ne l’ai pas connue ; je l’ai retrouvée sur une vieille carte postale. Je me souviens aussi de la fin de l’été, où nous allions, juste avant la reprise de l’école, cueillir les baies de sureau du parc des Dondaines, pour en faire la gelée des goûters de septembre. Jusqu’à la période plus troublée qui, avec le début des années 1980, vint perturber le calme de Saint Maurice-des-Champs. Saint-Maurice a pris un nouveau visage, il a bien fallu s’y habituer. Un peu de calme est revenu, mais pas pour très longtemps, car les chantiers de construction ont continué dans le quartier ou sur ses frontières […] C’est vrai que Saint-Maurice-des-Champs n’est plus tout à fait le même, mais quels atouts pour ‘’bouger’’ ! »

Quand l’accumulation du capital devient devoir systémique d’urbanisation, la ville devient entreprise urbaine, reconfigurant l’espace pour y « attirer les flux mobiles et flexibles de la production, de la finance et de la consommation » (5). On comprend mieux dès lors que la ville doive « s’appuyer sur une infrastructure de support […] où le flux prime sur le lieu » (6) ; et pourquoi du Saint-Maurice ancien il ne reste rien sinon en marge des infrastructures de la circulation marchande. Seules rescapées au sein de l’espace ainsi liquéfié, liquidé, quelques demeures en bois et ruelles d’avant la géo-localisation et les vapeurs d’essence préservent un succédané d’« ambiance de fau­bourg ». Et La Voix du Nord de s’émerveiller « des airs de village » de la rue du Faubourg de Roubaix quand Saint-Maurice n’est plus en réalité qu’une coordonnée GPS dans l’entrelacs géométrique des flux autoroutiers, ferroviaires et métropolitains.

« Laissez-vous transporter » pourrait être le mot de la fin si l’on croyait Transpole. Mais Antoine, habitant « expulsable » depuis le mois d’Août, a d’autres projets pour son quartier : « Sur ces deux hectares de terre, on pourrait créer une activité économique de maraîchage avec les personnes à la rue. On pourrait organiser un petit marché hebdomadaire, recréer une vie de quartier et se nour­rir de légumes cultivés ici. La mairie, responsable du délabrement des maisons, pourrait les réhabiliter et proposer du logement social. Une maison individuelle avec jardin est tout de même plus agréable que des barres de neuf étages. » La simplicité de ces quelques pistes tranche avec les vanités eurométropolitaines pour lesquelles les habitants sont une entrave. Elle ferait pourtant de Saint-Maurice un quartier accueillant qui renouerait avec son histoire. Mais la simplicité, pour un responsable de la quatrième ville française, n’a pas lieu d’être.

Hors-sol, fév. – mars 2015

1/ Urbanisme et colonisation : présence française en Algérie, Saïd Almi. 2/ Agence d’Urbanisme de Lille. 3/La société du Spectacle - Guy Debord. 4/ Congrès Internationaux d’Architecture Moderne sous le patronnage de « Corbu », La Chartes d’Athènes – 1933. 5/ David Harvey, Vers la ville entrepreneuriale. Mutation du capitalisme et transformations de la gouvernance urbaine. 6/ Agence d’Urbanisme de Lille.

***

Cet article est paru dans le journal Hors-sol #2 dont voici les points de vente (1,5 €) : http://hors-sol.herbesfolles.org/ca…

Au sommaire de ce numéro. Intelligence artificielle : Dialogue entre un journaliste-robot et un robot-journaliste. Logiciels libres et apprentissage du code informatique : le nouvel esprit du capitalisme. Marcuse : Sauver la recherche ou la subvertir ?