décembre 20th, 2011 by admin

Le projet d’instaurer une nouvelle carte d’identité est débattue ce 13 décembre à l’Assemblée nationale. Elle sera biométrique et équipée de puces électroniques, qui pourraient permettre de tracer le comportement de chaque citoyen. La création d’un fichier centralisé, croisant toutes les données et ouvrant la possibilité à la reconnaissance faciale, est également défendue par le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant. Une atteinte sans précédent aux libertés publiques, et un lucratif marché offert aux entreprises du secteur.

« Une carte d’identité, ce n’est pas un moyen de paiement ! Cette confusion des genres est intolérable ». Jean-Claude Vitran, de la Ligue des droits de l’homme (LDH), est très remonté contre le projet de nouvelle carte d’identité biométrique. « Nous nous battrons jusqu’au bout, avec un recours auprès du Conseil d’État, et auprès de la Cour européenne des droits de l’homme », prévient-il. Le 13 décembre, l’Assemblée nationale examine en deuxième lecture la proposition de loi concernant la création de la nouvelle carte d’identité biométrique, qui sera délivrée en France à partir de 2012. Pourquoi tant d’inquiétudes ? Cette carte contiendra une puce « régalienne », avec les données d’identité et les données biométriques (état civil, adresse, taille et couleur des yeux, empreintes digitales, photographie). Et une puce optionnelle, « commerciale », permettant de réaliser des signatures électroniques sur Internet, grâce à un petit boîtier relié à un ordinateur.

Suivre les citoyens à la trace ?

Une option qui présente de nombreux risques, souligne la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) [1]. De telles fonctions électroniques appellent « des garanties particulières » car, mal utilisées, elles pourraient permettre de suivre le comportement des citoyens, ce qu’ils achètent, là où ils voyagent. Avec la possibilité d’exploiter des informations sur les transactions privées effectuées.

Un risque mis en avant par le socialiste Serge Blisko, lors du passage de la loi devant l’Assemblée nationale en juillet dernier : « Mettre les deux puces – régalienne et commerciale – sur la carte d’identité comporte un danger plus grave : celui de rendre possible un traçage des individus, dont nous avons un aperçu avec le passe Navigo. La RATP peut suivre tous les déplacements d’un voyageur muni d’un tel titre de transport, et elle peut communiquer ces informations à la police ou à un juge d’instruction sur réquisition judiciaire. » Le député craint un tel traçage sur Internet, cette deuxième puce étant gérée par le ministère de l’Intérieur… « Avez-vous besoin, en qualité de ministre de l’Intérieur, de connaître les habitudes d’achat et de consommation ou les allées et venues de millions de citoyens ? Nous sommes là dans un monde tel que décrit par Orwell dans 1984 », dénonce Serge Blisko. Réponse de Christian Vanneste, député UMP : « Cela n’a rien à voir avec Orwell ! L’informatique n’existait pas à l’époque ! »

Un fichage généralisé « disproportionné »

Justement, l’informatique ouvre de nouvelles perspectives ! Celle d’un fichage biométrique généralisé et centralisé de 45 millions de Français de plus de 15 ans. Objectif affiché de la nouvelle carte d’identité biométrique : lutter contre l’usurpation d’identité. Le problème concernerait chaque année 13 900 personnes, selon l’Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale. On est bien loin du chiffre de 200 000 cas, contre lesquels l’État entend lutter par ce dispositif, comme le rappelle le rapport présenté au Sénat. La nouvelle carte biométrique permettra donc d’alimenter un « fichier des gens honnêtes », selon l’expression de François Pillet, sénateur UMP et rapporteur de la proposition de loi. Les données seront fusionnées dans une base centralisée commune avec celles des passeports biométriques – TES, pour Titres électroniques sécurisés. « La proportionnalité de la conservation sous forme centralisée des données biométriques, au regard de l’objectif légitime de lutte contre la fraude documentaire, n’est pas à ce jour démontrée », écrit la Cnil.

Lors de la première lecture de la proposition de loi, en 2010, le Sénat avait défendu l’option d’un « lien faible » entre données biométriques et ficher centralisé. Ce « lien faible » permettrait de vérifier, à partir de données biométriques, qu’une personne est bien recensée dans le fichier, que la photo ou les empreintes digitales correspondent mais sans donner l’identité de cette personne, avec toutes les informations qui l’accompagnent [2]. Ce qui permet d’identifier 99,9 % des cas d’usurpation d’identité, sans trop attenter à la vie privée des citoyens. Au contraire, un « lien fort » rend possible l’identification d’une personne, à partir de ses seules empreintes digitales, par la consultation du fichier. Une possibilité qui ouvre la porte à bien des dérives.

Aucune leçon tirée de l’histoire

« Le lien faible ne permet pas d’identifier des amnésiques, les victimes d’attentat, des enfants », rétorque Claude Guéant, qui a défendu avec succès devant l’Assemblée nationale le nécessité d’un « lien fort ». Une option critiquée par la Cnil : les fichiers ne doivent avoir qu’une seule finalité, pour éviter tout abus. Une base de données de cartes d’identités ne peut servir à un usage policier. L’argument de Claude Guéant est loin de faire l’unanimité, y compris au sein de l’UMP. Pour le sénateur du Cher François Pillet (UMP), un tel fichier central « est susceptible de constituer, s’il n’est pas entouré des garanties requises, une bombe à retardement pour les libertés publiques ».

« Démocrates soucieux des droits protégeant les libertés publiques, nous ne pouvons pas laisser derrière nous un fichier que, dans l’avenir, d’autres, dans la configuration d’une histoire dont nous ne serons pas les écrivains, pourront transformer en outil dangereux et liberticide, avertit l’élu. Que pourraient alors dire les victimes en nous visant ? (…) Monsieur le Ministre, je ne veux pas qu’à ce fichier ils puissent alors donner un nom, le vôtre, le mien ou le nôtre. »

Vers un système de reconnaissance faciale ?

L’amendement de Claude Guéant a été massivement rejeté par le Sénat (340 voix contre 4), une claque pour le ministre de l’Intérieur. Si ce profond désaccord entre députés (qui ont voté pour le « lien fort ») et sénateurs persiste, le choix sera définitivement tranché dans les prochaines semaines au sein de la commission mixte paritaire. « Quelle que soit l’option choisie, un tel fichier centralisé est intolérable et dangereux, rappelle Jean-Claude Vitran. Même en cas de “lien faible”, il faut être bien naïf pour croire qu’avec une telle base de données au ministère de l’Intérieur, on ne va pas s’autoriser de temps en temps à aller y jeter un coup d’œil. »

Le Sénat s’est également opposé à l’utilisation d’images numérisées du visage, dans le cadre d’un dispositif de reconnaissance faciale. Ce qui ouvrirait la possibilité d’identifier des personnes dans la rue, dans une manifestation, dans les transports en commun, à partir de caméras de surveillance et en comparant avec les données du fichier. Face aux députés qui s’en inquiétaient, Claude Guéant enfonce le clou : « La reconnaissance faciale, qui n’apporte pas, à l’heure actuelle, toutes les garanties de fiabilité nécessaires, est une technologie qui évolue très rapidement : on peut donc penser que, très bientôt, elle sera aussi fiable que la reconnaissance digitale. »

Piratages possibles

Autre sujet de controverse : la carte d’identité sera équipée de puces RFID [3], actuellement utilisées pour les passeports biométriques. Ce sont des puces pouvant être lues par des lecteurs « sans contact », comme le passe Navigo de la RATP. Problème, relève Jean-Claude Vitran, de la LDH : « N’importe qui possédant un lecteur de puces RFID pourra capter les données de la carte, sans contact. » Le passe Navigo, par exemple, peut être lu à 40 centimètres.

« Avec les nouvelles générations de puces RFID, on peut lire les données à plusieurs dizaines de mètres. Il est possible ensuite de fabriquer une fausse carte avec les données collectées. » La nouvelle carte d’identité n’empêchera donc pas les usurpations d’identité. « Avec 90 euros, on peut fabriquer un lecteur, explique le militant de la LDH. Aux États-Unis, des gens ont cloné des puces, dans les aéroports, pour montrer à l’administration les failles du système RFID. »

Le fichage, un sport industriel national

À toutes ces critiques s’ajoute un soupçon sur la finalité de cette démarche. Pour Jean-Claude Vitran, pas de doute : « Il n’est pas tant question ici de lutte contre l’usurpation d’identité que de créer une vitrine pour l’industrie française. » Les leaders mondiaux des technologies de la carte à puce et des titres d’identité biométriques sont français : Morpho, ex-Sagem Sécurité, filiale du groupe Safran, qui fabrique le passeport biométrique français, revendique « 130 références mondiales de solutions d’identités biométriques, couvrant 70 pays ».

Parmi ces entreprises, on trouve également Gemalto, Oberthur, ou encore Thales, qui a délivré 250 millions de documents sécurisés dans 25 pays, notamment le Maroc, l’Ouzbékistan, l’Éthiopie, le Royaume-Uni. Morpho s’est lancé en 2010 dans un projet d’envergure : recueillir les données biométriques de 1,2 milliard d’Indiens, pour un fichier croisant empreintes digitales et empreinte de l’iris.

« Comment ignorer (…) que le passage au biométrique est une formidable opportunité de créer un marché lucratif pour les quelques entreprises spécialisées dans ce domaine ? », questionne la sénatrice communiste Éliane Assassi, lors d’une session du Sénat. « Il y a derrière cette loi une énorme campagne de lobbying de la part du groupement professionnel des industries de composants et de systèmes électroniques (Gixel), et en particulier de Morpho », explique de son côté Jean-Marc Manach, journaliste d’Owni.fr.

La France à contre-courant

Car les temps sont durs : le Royaume-Uni, qui avait signé avec Thalès en 2008 un contrat pour la création des cartes d’identité biométriques, pour un montant de 23 millions d’euros, a changé d’avis. En 2010, le nouveau gouvernement britannique a abandonné le projet de carte d’identité biométrique et de fichage systématique. Le gouvernement néerlandais a également annoncé qu’il renonçait au stockage d’empreintes digitales et allait détruire les fichiers existants.

En Israël, un registre national comportant les données personnelles de 9 millions d’habitants a circulé pendant deux ans sur Internet, après avoir été volé par un employé du gouvernement. En Algérie, la réalisation du passeport biométrique suscite de nombreuses questions, notamment sur la pertinence de confier la réalisation d’un fichier biométrique – et donc hautement sensible – à une entreprise étrangère, Oberthur. En Inde, certaines entreprises qui collectent les données vendraient ces renseignements à des fins de ciblage marketing. Autant de revers et dérives qui pourraient pénaliser le secteur.

La paranoïa du contrôle social

Dans ce contexte, le marché français de la carte biométrique représenterait une manne bienvenue. La France « a aujourd’hui pris un retard considérable. Les entreprises françaises sont en pointe mais elles ne vendent rien en France, ce qui les pénalise à l’exportation par rapport aux concurrents américains », déplore Jean-René Lecerf, sénateur UMP du Nord, qui a déposé la proposition de loi au Sénat.

Face à ces revers, Claude Guéant veut sans doute faire un geste pour les entreprises du secteur. Et engager la France dans un processus de fichage biométrique généralisé. Un fichage de plus, alors que le nombre de fichiers policiers a doublé depuis cinq ans en France. Un Livre blanc sur la sécurité publique [4] vient d’ailleurs d’être remis à Claude Guéant. Il préconise la création « d’un troisième grand fichier reposant sur l’image du visage », avec le développement du recours aux logiciels de reconnaissance automatisée, pour accélérer la résolution des « enquêtes judiciaires disposant d’indices tirés de la vidéoprotection ». Un nouveau fichier à croiser sans doute avec le fichier d’identité biométrique… « On nous accuse de paranoïa, conclut Jean-Claude Vitran. Mais nous ne sommes pas dans une démocratie apaisée. Un tel outil permettrait un contrôle total de la population. C’est vouloir ficher tout le monde qui relève de la paranoïa. »

Agnès Rousseaaux, bastamag.net, 12 décembre 2011

Notes

[1] Lire la note d’observations du 25 octobre 2011.

[2] « Les empreintes du titulaire de la carte d’identité sont stockées dans un grand dossier informatique et distinguées par un numéro spécifique, évitant tout lien direct entre l’identité et les empreintes. Lors d’une vérification d’identité, la base indique seulement si cette identité correspond à une empreinte du dossier sans la désigner », indique le Sénat

[3] Radio Frequency IDentification : technologie qui permet de mémoriser et récupérer des données à distance, sans contact, en utilisant des « radio-étiquettes » collées ou incorporés dans des objets ou produits.

[4] Écrit par un comité de pilotage présidé par le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, et le président de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), Alain Bauer.

Le Livre blanc sur la sécurité publique : Livre-blanc_securite_octobre_2011

juillet 13th, 2011 by admin

Du format d’une carte bleue, elle sera composée de deux puces électroniques : une  »régalienne » et une  »vie quotidienne ». Un marché de 12 millions d’euros annuels qui fera le bonheur des fabricants.

Adoptée en première lecture par le Sénat et l’Assemblée nationale, la proposition de loi « relative à la protection de l’identité » instaurera une nouvelle carte d’identité biométrique permettant de lutter contre l’usurpation d’identité.

Deux puces électroniques

Du format d’une carte bleue, la nouvelle carte nationale d’identité biométrique intègrera deux puces électroniques :

♦ La première puce, dite « puce régalienne », contiendra les données d’état civil (nom, prénoms, sexe, date et lieu de naissance), adresse, et données biométriques (taille, couleur des yeux, empreintes digitales, photo).
Cette puce répondra à la technologie RFID, c’est-à-dire pouvant être lue par des lecteurs « sans contact » comme pour le pass Navigo dans les transports d’Ile-de-France.

♦ La seconde puce, dite « puce vie quotidienne« , sera destinée à s’identifier sur des services commerciaux et administratifs sur Internet grâce à une « signature électronique ». Elle vise à permettre de s’identifier facilement et de « manière sécurisée » sans « avoir à multiplier les codes de connexion ou les mots de passe », en évitant toute fraude « du titre de paiement d’un tiers ». Elle sera facultative.
Cette puce pourra être lue par « des dispositifs diffusés dans le commerce et raccordés à un ordinateur ». Elle s’activera au moyen d’un code PIN. Ce lecteur sera-t-il offert par l’Etat aux Français avec leur carte d’identité électronique, comme c’est le cas en Allemagne, ou faudra-t-il que les gens l’achètent, comme en Belgique ? « La question n’est pas encore tranchée », estime un spécialiste du secteur.

Des cartes à 12 millions d’euros

La fabrication de la carte d’identité numérique devrait représenter pour l’Etat un surcoût de 12 millions d’euros par an, par rapport à la somme dépensée pour les cartes actuelles. Alors que les cartes plastifiées qui se trouvent dans nos portefeuilles coûtent 4 à 5 euros pièce, les cartes biométriques reviendraient de 7 à 8 euros, selon le ministère de l’Intérieur, tandis que 6,2 millions de cartes d’identité nouvelles sont éditées chaque année.

L’Imprimerie nationale est la seule habilitée à fabriquer les pièces d’identité en France et assure « être prête, avoir tout anticipé ». L’Imprimerie nationale se fournit en composants (puces électroniques, logiciels) auprès des grands leaders du secteurs, les Français Gemalto, Oberthur Technologies ou Morpho (Safran), mais aussi de la petite société Smart Packaging Solutions (SPS).

Des Français dans les starting-blocks pour un important marché, laissant suspecter une activité de lobbying. « Il y a derrière cette loi une énorme campagne de lobbying de la part du groupement professionnel des industries de composants et de systèmes électroniques (Gixel), et en particulier de Morpho », estime le journaliste d’Owni.fr Jean-Marc Manach. « Il s’agit de défendre une industrie française… C’est qu’une histoire de gros sous », lance-t-il.

Lors de l’élaboration de la loi, huit entreprises ont été auditionnées au Sénat via le Gixel : Morpho, Gemalto, l’Imprimerie nationale, Inside Secure, Oberthur, SPS Technologies, ST Microelectronics et Thales.

Co-auteur de la proposition de loi, le sénateur Jean-René Lecerf avoue même « un petit problème éthique » à propos du fichier central biométrique qui accompagne la modernisation de la carte d’identité. Pour la création du fichier, tel qu’il est décrit dans la version de la loi adoptée au Sénat, « seule l’entreprise Morpho est capable de le créer », pointe le sénateur.

Les mairies réclament « une compensation »

Reste que les mairies réclament « une juste compensation » pour la mise en place de cette nouvelle carte nationale d’identité. « Les missions des services état-civil des mairies ne sont pas extensibles à l’infini », souligne l’association des Maires de grandes villes de France (AMGVF).

Le texte, « assorti d’aucune étude d’impact, ne prévoit aucune compensation financière notamment pour les grandes villes qui seront chargées d’instruire les nouveaux titres pour le compte des communes limitrophes », ajoute l’association.

Les versions de la proposition de loi adoptées par le Sénat et par l’Assemblée n’étant pas analogues, il faudra que soit désignée une commission mixte paritaire (CMP) pour établir un texte de compromis. Celle-ci ne sera probablement désignée qu’au cours de la prochaine session parlementaire, à la rentrée.

La Ligue des droits de l’Homme a déjà annoncé au Nouvel Observateur sa volonté de « déposer un recours devant le Conseil d’Etat et de saisir la Cnil » dès que la loi sera votée.

Boris Manenti pour Le Nouvel Observateur, 7 juillet 2011

juillet 1st, 2011 by admin

Le communiqué du 29 juin 2011 des Alternatifs de Bretagne, à l’instar des mouvements lillois, nous explique pourquoi il nous faut refuser le puçage des voyageurs des transports en commun : traçabilité, discriminations, fichage, commercialisation…

Le communiqué en pdf : alternatifs_cp28062011

juin 24th, 2011 by admin

Refusons d’être pucés comme du bétail

Non à la carte à puce « Korrigo »

Le Collectif brestois anti-sécuritaire (ex collectif 29 contre la loi Loppsi 2) souhaite alerter la population et interpeller les élus sur les risques liberticides et discriminatoires concernant le projet de BMO et de Kéolis de mettre en place un système de billettique utilisant des cartes à puces RFID dans le réseau des transports de la communauté urbaine de Brest.

Les puces RFID sont de minuscules étiquettes électroniques lisibles à distance. Elles sont de plus en plus utilisées pour tracer les produits de consommation et les animaux. Utilisées par les opérateurs de transport public, les puces RFID peuvent contenir des données personnelles rattachées au nom de l’abonné (nom, prénom, adresse, mail, numéro de téléphone, photo….). Avec l’utilisation de cartes nominatives, la date, l’heure et le lieu des trois dernières validations (qui, quand, où) des usagers seront enregistrées en temps réel par Kéolis.

L’utilisation de la carte à puce nominative porte atteinte au principe d’aller et venir anonymement. Même à jour d’abonnement, l’usager aura désormais l’obligation de « valider » son titre de transport devant les bornes de contact lors de chaque trajet sous peine d’amende. Porter atteinte à sa propre vie privée devrait t-il être demain la règle à Brest pour les usagers des transports publics ?

Pratiques douteuses

Si aujourd’hui les opérateurs de transport public proposent aux usagers des cartes anonymes, le Collectif brestois anti-sécuritaire note que dans la pratique tout est fait pour inciter les usagers à  souscrire à un abonnement nominatif permettant le traçage des voyageurs. A plusieurs reprises la CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés) a mis en avant les pratiques douteuses des opérateurs de transport en commun en ce qui concerne la vente de cartes de transport munies de puce RFID : manque d’information sur les passes anonymes, absence de véritable choix pour l’usager entre des déplacements anonymes ou nominatifs, instauration d’un coût supplémentaire pour obtenir un titre de transport anonyme.

Dans son avertissement adressé à Kéolis Rennes (STAR) en janvier 2009, la CNIL a constaté que de 2006 à 2008, « 53 passes anonymes ont été vendus pour 186 650 passes nominatifs »  et que « pour un utilisateur régulier, le passe anonyme revient donc, selon son âge, entre 2,5 et 4 fois le prix d’un abonnement nominatif » !

Discriminations tarifaires

Le Collectif brestois anti-sécuritaire trouve inadmissible que les usagers bénéficiant de tarifs réduits et sociaux (étudiants, retraités, chômeurs…) soient demain contraints d’acheter un passe nominatif pour conserver leur avantage tarifaire. Par ailleurs, les salariés bénéficiant d’un remboursement intégral ou partiel de leur titre de transport par leur employeur seront contraints à l’acquisition d’un passe nominatif. Pour conserver leur droit à se déplacer anonymement, ces catégories d’usagers n’auront pas d’autre choix que de renoncer à leur avantage tarifaire et devront payer leur titre de transport plein pot ! L’impossibilité pour l’usager de souscrire un abonnement anonyme avec un titre hebdomadaire, mensuel ou annuel apparait contradictoire avec la liberté de choix.

Un traçage régional en perspective

En Bretagne, les cartes à puces RFID devraient être mises en place à Quimper fin 2011, à Lorient et à Brest courant 2012. Les villes de Saint-Malo, Vannes et Saint-Brieuc réfléchissent à la mise en place de ce système debillettique. L’objectif à terme pour les collectivités territoriales et Kéolis est de pucer les cartes de transport pour toute la région : bus, tram, métro, TER. La Bretagne, désormais le laboratoire de l’acceptation de la société de surveillance généralisée ?

Le Collectif brestois antisécuritaire

Contact : antisecuritaire[point]brest[Arobaz]gmail[point]com

mai 18th, 2011 by admin

Cette année, l’entreprise Roland-Garros va transformer tous ses clients en hommes-machines communicantes pour leur faire profiter au mieux du spectacle offert par d’autres hommes-machines. Tous les spectateurs seront équipés de badges RFID nominatifs vendus par IBM. Fruit d’un partenariat technologique de longue date avec la société évènementielle, lBM nous donne un avant-goût de sa planète intelligente, de son meilleur des mondes.

Pour la grosse machine à spectacle qu’est Roland-Garros, la technologie RFID est présentée comme un moyen de lutter contre les « parasites » du « marché noir », réduire « le temps d’attente aux portes du stade », « contrôler et maîtriser la destination finale de ses billets »1(sic), et offrir « des informations ciblées personnalisées et à la demande »2 . Roland Garros : « une vitrine technologique live pour IBM », partenaire de tous les mauvais coups.

Avec IBM, le monde de demain nous est servi sur un graphique

Depuis 1987, International Business Machines propose des « solutions technologiques » à Roland-Garros : « les statistiques, les scores, la vitesse de la balle, la production graphique télévisuelle, etc. »

Entre autres services, en 2009 IBM offre aux internautes le Visual Match. Reproduits statistiquement, ils peuvent désormais revivre « les balles de break, les fautes directes, le gagnant, les double fautes, les aces, et bien sûr le vainqueur de chaque jeu » sur un graphique. Palpitant !

Clairvoyant, IBM rappelle que « l’amélioration de la performance est un défi constant pour les sportifs ». L’entreprise met donc son savoir-faire technologique à disposition des champions. Leur DVD IBM Match Analysis s’appuie sur « les statistiques, les résultats et la vidéo des matchs pour devenir un véritable outil de pilotage [sic] et d’aide à la performance. À l’aide de capteurs installés tout autour du court, des données sont collectées qui sont transmises, archivées et analysées grâce à la technologie IBM. » Trop puissant !

Et puis, l’immanquable : « Depuis trois ans, les constantes évolutions technologiques utilisées pour Roland-Garros représentent ainsi une réduction de 40% de la consommation énergétique liée à l’exploitation du système d’information et de 48% de la charge de refroidissement. »3 On est sauvés !

Tous dans leurs filets

En 2005, IBM apporte les RFID dans les boutiques Roland-Garros : « gestion automatique d’inventaire, [...] intégration avec le point de vente pour accélérer le passage en caisse. » La même année, la RFID et le Wifi permettent de maximiser le taux d’utilisation des places en loges et de localiser les invités pour mieux les téléguider : « Le nombre de places s’affichera de manière dynamique sur les smart phones utilisés par les hôtesses. »

En 2009, IBM puce tous ses invités pour un Technology Tour : « ce badge permet de les identifier en quelques secondes à chaque point d’accès. » En disposant partout dans le stade des bornes communicantes, les badges « délivrent aux invités d’IBM des informations immédiatement disponibles quel que soit l’endroit où ils se trouvent. »

Et cette année donc, IBM et Roland-Garros généralisent le puçage à tous les spectateurs pour les identifier en temps réel (ne serait-ce que par un numéro), contrôler les accès, gérer les flux et l’occupation des places, ou « faire du marketing plus intelligent ». Un univers concentrationnaire pour vous offrir le plus grand des divertissements.

Sport et nouvelles technologies, même combat

A ce stade ( !), vous nous demanderez sûrement : « Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de Roland-Garros ? » Et vous aurez raison. Sauf qu’avec les militaires, les sportifs sont souvent les premiers cobayes des nouvelles technologies. Et ce n’est pas sans raisons.

Drogues, textiles innovants, psychotechniques de coaching, appareils de mesure divers font du sportif une « sorte de machine », selon Jacques Ellul, faite « pour obéir aux règles strictes, à l’efficacité, aux temps records, et l’entrainement fait de cet homme un appareil efficace, ignorant désormais autre chose que le joie dure de vaincre et d’exploiter son corps. »

Mais selon l’auteur de La Technique, « le plus important n’est pas la formation de quelques spécialistes, c’est le fait que cette mentalité s’étend à de grandes masses. » D’après lui, si les pays les plus avancés techniquement et les gouvernements dictatoriaux ont glorifié le sport, c’est qu’il est « un facteur de massification, en même temps que de discipline. » Il poursuit : « Le sport prend ainsi l’exacte suite du travail mécanisé. [...] Lorsque l’homme quitte son travail, [il] retrouve dans le sport le même esprit, les mêmes critères, la même morale, les mêmes gestes, les mêmes objectifs […] qu’il avait à peine quittées en sortant de l’usine ou du bureau. »4 . Chef, nos corps et nos esprits sont à votre service, même le week-end !

Avec un événement comme Roland-Garros, IBM fait la démonstration de sa prétention – si ce n’est de sa capacité – à transformer les humains et les marchandises en bits informatiques que l’on peut identifier et traçabiliser à distance ; à gérer et contrôler les foules jusqu’aux individus noyés dans la masse ; à augmenter les capacités physiques et psychologiques de l’homme pour l’élever au stade de l’esclave robotisé par un univers-machine. Autant d’arrogances toutes prêtes à s’appliquer dans les transports en commun et les services collectifs, les grandes entreprises et administrations, l’espace « public » des technopoles, et jusqu’à notre salon.

Que les nouvelles technologies s’associent au sport n’est donc pas anodin. Mais cette alliance ne nous fait pas peur, elle nous permet d’identifier nos chaînes, ses mécanismes et ses auteurs.

Hors-sol, le 18 mai 2011

hors-sol.herbesfolles.org

1 : Roland-Garros lance une billetterie nominative pour lutter contre le marché noir sur lemonde.fr le 17 mai 2011.

2 : Séminaire du 1er juillet 2005 à l’École de Paris du Management par Alain Bernard, directeur Marketing d’IBM France, et Alex Loth de la Fédération Française de Tennis. Le pdf ici : Les coulisses technologiques de Roland-Garros

3 : Dossier de presse de 2009. Le pdf ici : Roland-Garros et IBM : du jeu à l’enjeu

4 : Jacques Ellul, La Technique ou l’enjeu du siècle, édition revue et complétée de 1960, rééditée en 1990 par Economica.

Le texte en format pdf : Roland-Garros et IBM : le spectacle des homme-machines

mars 28th, 2011 by admin

Un « porteur de parole » est un jeu d’éducation populaire qui consiste à porter la parole de personnes croisées dans la rue. Une question est posée sur un carton. Ainsi que les différentes réponses déjà apportées par des passants. Ce montage fait de cartons et de marqueurs est un prétexte à la discussion. Le dimanche 6 mars 2011, un groupe de quelques personnes a mis en place ce petit dispositif aux abords du marché de Wazemmes.

La question était la suivante : « Demain, on va vous faciliter la vie quotidienne avec une carte à puces « passe partout » pour gérer nos déplacements et cibler nos besoins. Y ‘a t-il un danger ? »

Les réponses sont multiples et variées. Elles peuvent aller dans tous les sens, parfois farfelues. Et c’est tant mieux. Les voici, signées à chaque fois de l’âge et du prénom de la personne :

« Il y a peut être moyen que ça rende service, mais il y a surtout 100 fois plus de dérives possibles. » Maxime 22 ans

« Il y a danger, mon fils est sur facebook, quand on achète sur internet, ils peuvent repérer les noms et le numéro de carte bancaire. » Marie Brigitte 56 ans

« Les grandes entreprises font de l’argent grâçe à la surveillance. Temps perdu dans les transports = égale économies pour les riches. » Samuel 57 ans

« C’est un danger pour le libre arbitre. Ca peut aussi développer l’intelligence. C’est le problème du totalitarisme. On est dessaisi de notre participation, de notre voix dans la cité. » Jeanne 58 ans

« Restriction des libertés : qui aura accès aux informations collectées par ce système ? » Ouassima 33 ans

« Moi je suis vraiment dégouté que ce soit les verts qui aient appuyé cette saloperie de puce, sous prétexte qu’on prenne plus les transports en communs. » Benoit 36 ans

« Je ne suis pas d’accord pour mettre des puces partout. Je ne suis pas d’accord pour un espionnage autorisé. » Jacques 71 ans

« Si on n’a pas de chéquier ou de carte bleue visa, comment peut on faire son abonnement ? Par exemple pour le téléphone sfr. Le système à puce permettrait de recharger plus facilement son portable même quand les commerces sont fermés. » Thierry 47 ans

« Ils ne nous demandent plus notre avis. Nous ne sommes plus des êtres pensants ! Une forme d’éducation à nous désengager. C’est insidieux. » Jeanne 58 ans

« C’est horrible, des caméras partout…On va arriver dans un régime totalitaire. » Christelle 48 ans

« Avant, on fliquait les criminels, les délinquants, aujourd’hui le citoyen perd ses libertés, c’est un délinquant potentiel, il est culpabilisé. » Paul la cinquantaine

« Quand vous laissez partir une liberté, c’est dix libertés qui partent. » Paul la cinquantaine

« Moi je trouve juste que c’est con ! »  Laurence 31 ans

« Allons-nous tous devenir des salariés Philips avec une puce sous la peau pour passer les contrôles de sécurité ? » Pierre 38 ans

« Je suis suivi(e) donc je suis ! » Assma 27 ans

« Restez vigilant pour ne pas être naïf, parce que ça se met en place insidieusement. Cela me fait penser au livre « Brun Paisn » » Anne 50 ans

« Restez libre dans votre tête ;  Ce que garde un être humain emprisonné, quel qu’il soit :

-       un bâton de rouge à lèvre

-       une recette de cuisine de famille

-       un bon livre

Aline 53 ans »

« Avons-nous vraiment besoin qu’on gère nos déplacements ? …Et quand on me cible (dessin de la cible), j’ai peur. Devons nous devenir transparent pour les autorités et l’économie ? » Ange 40 ans

« L’individu est porteur d’informations, on pourrait tous collaborer comme des fourmis afin que la société de services contente mieux les citoyens. » Alexandre 41 ans.

« C’est le comble ! ! Pendant que les pays arabes font leur révolution pour chasser les dictateurs, la dictature s’installe insidieusement en France avec leurs puces rfid. » Christine 53 ans.

« C’est insidieux, une façon de laisser le pouvoir en place, de ne pas nous laisser parler. C’est de la délation, une atteinte grave à nos libertés. C’est du fascisme. » Cathy 58 ans

« Finalement, ça m’arrange, plus de personnes prendront leur vélo (mais pas le vélib !). » Aurélien 24 ans

« La vraie liberté se situe au delà, c’est la liberté de l’esprit ! Si le corps est entravé, l’esprit aussi ! Pour la plupart des personnes c’est une aliénation, pour les gens qui ne cherchent pas au delà ! » Philippe 43 ans

« Lisez le livre Interface. » Fatiha 49 ans

« Imigratie vin de la romania au fost bine pentru francia. » Patrick 60ans

« On n’a pas le droit à l’oubli, que fait on de ce qui est stocké ? Trop d’informations qu’on ne sait plus gérer. » Sabine 48 ans

« Those who give up essential liberties to purchase temporary safety deserve neither. » Ceux qui abandonnent les libertés essentielles pour le confort d’une sécurité temporaire ne méritent aucun des deux. Benjamin franklin. » Cory 25 ans.

« Plus j’avance dans le temps, moins je me sens libre, c’est le modernisme qui veut ça. Nous, c’est une dictature en silence. Ça m’étouffe… » Nelly 52 ans.

mars 18th, 2011 by admin

L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima, au cœur d’un des pays les plus denses et les plus industrialisés du monde, révèle à la face du monde le danger permanent que représente le nucléaire. Flics, militaires et technocrates ont beau conjuguer tous leurs efforts dans des exercices de simulation théâtraux, comme en janvier dernier autour de Gravelines, on se rend bien compte que le jour venu, toutes ces gesticulations s’avèrent bien dérisoires. Aujourd’hui, dans l’un des pays les plus avancés sur le plan technologique, les autorités en sont arrivées à recommander à la population de respirer devant des mouchoirs mouillés, de porter des vêtements longs et de se calfeutrer dans des maisons effondrées. Le bricolage est total.

Pendant ce temps là, autour de Fukushima c’est un désert de 20km de rayon qui est appelé à s’agrandir. Dans les plus hautes sphères de l’État les grands experts chipotent : Incident ? Catastrophe ? Niveau 5 ? Niveau 6 ? Three Miles Island ou Tchernobyl ?

Rappelons-nous cependant que derrière la crise, le nucléaire c’est la catastrophe permanente. De l’extraction dévastatrice dans les anciennes colonies, jusqu’à l’enfouissement hasardeux des déchets, en passant par les rejets quotidiens « légalement contrôlés » et la santé sacrifiée des sous-traitants, la filière electro-nucléaire c’est l’empoisonnement, l’opacité et le mensonge combinés.

Et pourtant, au Japon comme ailleurs, les partisans du tout nucléaire s’évertuent à nous faire croire que le nucléaire serait une énergie « sûre », « propre » et surtout indispensable pour perpétuer un monde de production effrénée. Celui qui nous impose de faux besoins et nous tue à la tâche. Les politiciens, de gauche comme de droite, nous réaffirment aujourd’hui d’un air grave que le nucléaire demeure un choix pertinent et qu’il est dérisoire, voire irresponsable d’imaginer s’en passer. Alors, pourquoi discuter ? Experts et contre-experts s’échinent à circonscrire les termes d’un débat qui aboutira immanquablement à la poursuite de l’énergie atomique en France comme ailleurs. Alors, on nous promet l’inspection du parc nucléaire français comme c’est déjà le cas Gravelines en ce moment. Vieille de 30 ans, la centrale sera de toute façon relancée dans les semaines qui arrivent.

Face à l’électro-fascisme, il est urgent d’imposer une sortie immédiate du nucléaire. Énergies alternatives ou pas, rien ne justifie de prolonger plus longtemps cette catastrophe permanente.

Stoppons le nucléaire et son monde !

Rassemblement samedi 19 mars 2011 à 15h, place de la République à Lille.

Jeudi 24 mars à 19h, projection-débat au cinéma l’Univers, rue Danton à Lille (métro porte de Valenciennes).

Projection du film La Bombe de Peter Watkins (50’).

Chiche ! Lille, GDALE-CGA, OLS Lille.

Le tract en format pdf : cataclysme atomique

février 8th, 2011 by admin

C’est dommage : voilà une date historique et pourtant elle va passer inaperçue. A partir du 1er février, plus de 4 millions d’usagers du métro parisien seront fliqués. Excepté quelques touristes persistant à s’acheter des tickets en carton, tous auront un passe « Navigo » personnalisé, grâce auquel leurs déplacements pourront être suivis en temps réel et enregistrés.

La Ratp a en effet décidé d’imposer ce passe électronique à la place de la carte Orange. Et tout ce qu’a réussi à faire la pauvre Cnil, censée veiller sur nos libertés, c’est arracher à la régie du métropolitain la création d’un autre passe, anonyme celui-là, baptisé « Découverte ». Et qui coûte 5 euros alors que l’autre est gratuit. Miracle de la démocratie moderne : pour garder le droit de se déplacer de manière anonyme, pourtant un des droits démocratiques élémentaires, il faut raquer. La Ratp met d’ailleurs tellement de mauvaise volonté à commercialiser ce passe que la cnil vient de pousser son petit cri indigné : dans un communiqué de presse, elle affirme qu’avec le passe Navigo « plusieurs incertitudes demeurent quant au respect du droit de tous les usagers à la protection de leur vie privée et de leurs données personnelles« .

Comme c’est joliment dit! On imagine les ricanements à la Ratp. Trop Tard. On s’en fout. Plus de 4 millions de gens ont déjà adopté le passe Navigo. Un, parce qu’ils y étaient obligés ; deux, parce qu’on les en a persuadés, « c’est tellement pratique ». En effet, dès qu’on approche du portillon d’accès ce passe équipé d’une puce Rfid possédant son propre identifiant, hop ! Le portillon lit la puce à distance et ouvre illico la voie. Du coup les usagers accèdent aux quais quatre fois plus vite qu’avant et se jettent ravis, dans les rames affreusement bondées. C’est l’progrès !

Cette histoire de passe Navigo n’est, on le sent bien, qu’un nouveau pas en avant dans un monde où des technologies de plus en plus invisibles et mouchardes s’enracinent dans nos vies quotidiennes. Déjà, chiens, chats, cheveaux, bovins, ovins sont pucés. Notre tour va venir : nombreux sont les chercheurs qui s’enthousiasment à propos des possibilités de la Rfid et des nanotechnologies ; si par exemple chacun pouvait avoir son carnet de santé logé sous la peau, ça serait pratique en cas d’urgence, non ? La Cnil poussera juste son petit cri indigné habituel, et hop! Mais alors que de tous côtés se multiplient les mouchards électroniques, nous restons curieusement apathiques, « c’est tellement pratique », « la Cnil veille au grain », « on a quand même réussi à bloquer Edwige » ou, mieux : « de toute façon, on est fichés partout, alors un peu plus ou un peu moins… »

Rares sont ceux qui, comme le groupe PMO, résistent. « Que pouvons-nous ? Refuser toutes les cartes, de transport, de fidélité, de paiement, d’identité, à Rfid. Fuir les magasins qui taguent leur marchandise. Soutenir les éleveurs qui refusent de pucer leurs animaux. Inventer des moyens de sabotage des puces et des lecteurs. Sommer les associations, syndicats, partis, médias, de se battre contre le mouchardage universel.  » Voilà des gens qui n’ont certainement pas de portable. Qui passent des coups de fil depuis des cabines publiques ; ça sent la « mouvance ». Ils sont fichés au moins ?

Jean-Luc Porquet, dans Le Canard Enchaîné du 14 janvier 2009.

Voir le livre « Rfid : la police totale »par Pièces et Main-d’Oeuvre, aux éditions l’Echappée, 80 p. 6 euros

novembre 11th, 2010 by admin

« Les ovins et caprins nés à partir du 1er juillet 2010 devront être identifiés électroniquement. L’arrêté du 27 novembre 2009, paru au Journal officiel du 4 décembre 2009, précise que le délai d’identification est de six mois pour les caprins et de sept jours pour les ovins, à partir de leur naissance et avant leur livraison. Par dérogation, le délai d’identification est porté à six mois pour les ovins nés en cours de transhumance et ceux appartenant à une race dont les particularités anatomiques ne permettent pas l’identification à sept jours. Par ailleurs, l’identification est facultative pour les caprins destinés à être abattus avant l’âge de douze mois. » [1]

Au royaume des nuisances et de l’insécurité alimentaire, les chercheurs en RFID [2] sont rois.

Les chercheurs en camelote électronique des industries de microélectronique et nanoélectronique à forte valeur dépossédante vont pouvoir se sortir un peu de la falote-attitude, de l’inconsistance de leur activité qui passe par bien des détours hasardeux avant de rencontrer et répondre à un semblant de besoin.

Ceux-ci mettent en place dans le dos des gens un double numérique du monde vivant et du monde inerte dans lequel ils seraient tout-puissants. Comment ? Simplement en puçant par RFID tout ce qui peut l’être et en vendant le matériel et les applications de contrôle informatique qui leur correspondent.

Le citoyen (aux abonnés absents) se passionne, se politise pour le ballon rond et les frasques qui vont avec, s’indigne des cigares de Christian Blanc, se demande quelle [c/s]onnerie télécharger sur son gadget mouchard d’aliénation et de socialisation électronique (téléphone portable) pour avoir l’air fun. Ou encore quelle application abêtissante installer sur son i-pad pour gagner des points-conso, quel .zip de bibliothèque nationale ou encyclopédie universelle avoir sur son e-book pour paraître intello, quel énième épisode de série glorifiant la police et les scientifiques serait disponible en VOD (video on demand).

Pendant ce temps, la mise au pas technique, l’artificialisation des espèces dont l’homme, la technicisation de pans entiers du peu de vie réellement vécue qui reste, se font dans son dos.

Pas de problème. On va pouvoir continuer à nourrir 80% du bétail avec des OGM importés, des compléments alimentaires transgéniques ou protéines de synthèse, des fourrages aux pesticides, faire regorger les bêtes des vaccins à forte valeur ajoutée de nos industries pharmaceutiques. Continuer les conditions d’élevage concentrationnaires des bêtes, l’utilisation d’ « appétants » chimiques pour les gaver plus et plus vite pour augmenter la productivité et la rentabilité nous rassurent nos scientifiques.

Surtout ne vous inquiétez pas mon bon m’sieur, ma p’tite dame, toute cette insécurité alimentaire sera hautement traçabilisée et vous pourrez même la suivre sur vos écrans et remonter la chaîne des délégations jusqu’à la naissance de votre prion.

Adapte-toi au diktat de l’innovation innovante ou coule !

Comment déposséder un peu plus le paysan ?

En créant l’insécurité alimentaire par l’agro-industrie qui altère et frelate les aliments en y incorporant des hydrocarbures de multiples façons, les rend toxiques.

Cela afin de rendre indispensable tout l’attirail micro-électronique des chercheurs en nécro-alimentaire et ceux de l’identification par mouchardage électronique. Puis en lui faisant appliquer les mêmes normes que les usines et avoir le même appareillage hi-tech, des prestations de scannage techno-vétérinaires.

Tout cela augmente l’automatisation et la fluidification des flux, la machinisation, l’industrialisation des fermes [3], l’obédience et la dépossession du paysan-rouage-économique, pour générer encore plus de plus-value, de valeur qui s’auto-valorise, de « croissance ».

Ce qui est aussi scandaleux, c’est que la puce RFID coûte 99 cts et que sur ces 99 cts, 80 cts sont financés par le contribuable ! Oui, à 80%. [4]

Le travail abstrait, notre être social et lien aux autres, qui se réalise dans la société fétichiste capitaliste régie par la dynamique de la valeur, pour lequel nous perdons notre vie à la gagner fait se former contre notre gré et à notre insu une puissance technique / économique / industrielle qui s’érige à l’extérieur de nous, se retourne contre nous, et nous détermine.

Vu la volonté politique à augmenter drastiquement la concentration et le nombre de cochons dans les fermes-installations agricoles bretonnes (tentative d’amendement Le Fur de cet été), il y a de fortes chances pour que notre ami le cochon soit l’un des prochains sur la liste à avoir l’honneur de rentrer grâce à sa puce dans le maillage RFID de la Frankenfood traçabilisée et la France candidate à générer sa propre grippe porcine.

Alors la technique est-elle seulement un outil ? Tout dépend de l’usage que l’on en fait ? Je peux aussi bien puçer un animal avec une puce RFID que m’en servir de sous-bock pour une bière ?

Bien-sûr que non. On voit bien que la technique, loin d’être neutre (mais bien ambivalente) ou juste un simple outil façonne un monde, des types de sociétés, et est éminemment politique.

Pour détourner Clausewitz (et paraphraser PMO) celle-ci est bien la continuation de la guerre par d’autres moyens. [5]

Opposition Valentinoise aux Nanotechnologies Iniques (ovnivalence@gmail.com)

Notes :

[1] http://www.veterinaire.fr/textes_officiels/news00010dcc.asp

[2] RFID : Radio Frequency Identification Devices, puces électroniques miniatures utilisées pour la traçabilitique.

[3] Par exemple, des poulets-machine réduits à vivre 38 jours pour transformer 1,6 kg de fourrage en 1 kg de poids vif (Hannes Lammler, ChickenFlu Opera, L’esprit Frappeur, 2007, p. 174).

[4] Renseignement pris à la chambre d’Agriculture (26), juillet 2010.

[5] http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=150

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/

juin 21st, 2010 by admin

LMCU et Transpole exploitent les voyageurs comme leurs salarié-es

Nous sommes des usagers des transports en commun payants – ou plutôt des « clients », on ne sait plus vraiment – solidaires des grévistes de Transpole.

Depuis quelques années, nous subissons le renforcement par Transpole du contrôle et de la surveillance par des caméras, la mise sous écoute des rames, l’automatisation de la billétique et les nombreuses opérations de contrôle, parfois spectaculaires, aidées par la police.

Cette mise sous liberté surveillée, nous la subissons tous, salariés comme usagers. Les salariés, quand ils ne sont pas remplacés par des machines automatiques, en deviennent des supplétifs. Quand Transpole investit dans des techniques de surveillance et de contrôle, c’est autant d’argent qui n’ira pas dans les salaires – qui valent de toutes façons moins que les poches des actionnaires de Kéolis – et se répercutera sur les prix des tickets.

Dernièrement, un contrat de 21 millions d’euros a été signé entre LMCU et la société Parkeon pour nous mettre des cartes à puces dans les poches et améliorer notre « traçabilité ». Ces délires de sécurité et d’automatisation, aujourd’hui développés dans les sous-sols du métro, sont appelés à se généraliser à tous les services de la ville.

Nous ne voulons pas de ces moyens de transport qui nous transforment en « objets » qu’on « expédie ». Ni de cet univers de néons, de flics, de caméras, de pubs et de musique d’ambiance qui fait de nous des suspects ou du bétail en transit.

Nous avons très certainement des intérêts communs à défendre face à la direction de Transpole et à Lille Métropole. Oeuvrons ensemble à les cerner et peut-être serons-nous plus forts pour leur résister.

Des « usagers » qui font la grève des tickets

Tract diffusé le 21 juin aux salariés grévistes du dépôt Transpole de Sequedin, le plus gros dépôt de bus de la métropole lilloise.