décembre 16th, 2016 by admin

ikeaCabu s’est fait buter, et avec lui l’une des dernières voix définitivement antimilitaristes de la presse. Au XX° siècle, chaque génération payait son dû à la nation en rejoignant le rang, alimentant une méfiance vis-à-vis de l’armée. Les chansons de Renaud, les bédés de Charlie ou de La Gueule ouverte, les manifs antinucléaires. Il y a quelques années encore, pendant et après la guerre d’Algérie, le sentiment anti-militaire créait un mouvement de déserteurs et d’objecteurs de conscience. Avec la fin de la conscription, ce mouvement s’est éteint. Pourtant, l’armée est aux commandes de l’économie. Elle en protège les secteurs les plus sensibles. Et en tant que premier investisseur public, elle diffuse ses innovations dans le « civil ». Notre vie quotidienne est sous sa coupe.

On peut voir dans la « crise » économique une mutation du capitalisme vers de nouvelles sources de profits – aujourd’hui le numérique et les hautes technologies. Or, ce qui vaut pour l’économie vaut pour la guerre, intrinsèquement liées. Un budget de Défense dit « de crise », malgré les rallonges accordées par le président Hollande pour cause d’attentats, sera donc une mutation des forces armées vers leur technologisation. Dans les bureaux comme dans les casernes, les machines remplacent les humains. Sarkozy a évincé 54 000 militaires, Hollande devait en supprimer 15 500, en contrepartie d’une modernisation des forces vers la cyberdéfense, l’espionnage électronique et la numérisation des champs de bataille.

La guerre se technologise en même temps qu’elle se professionnalise. Elle ne nécessite plus la troupe d’antan envoyée baïonnette à la main trancher le bide des ennemis, mais une armée d’ingénieurs planqués dans les centres de commandement. Cette déshumanisation par la technologie rend l’appréhension et la critique des forces armées plus compliquée. Il n’y a qu’à voir les dessins et les caricatures. Les vieilles représentations antimilitaires, depuis de L’Assiette au beurre jusqu’à l’adjudant Kronenbourg, ont montré les bidasses sous un jour bourrin et sanguinaire. Avec ce dossier, nous tenterons d’esquisser une représentation de la guerre au 21ème siècle moins rythmée par le claquement des bottes que par les clics de souris.

Si Cabu n’est plus là pour chier dans les rangers des généraux, nous lui rendons hommage ici en chiant dans les mocassins des chercheurs du CEA et de Thalès, des ingénieurs de DCNS et d’Orange, des hackers de la DGSE et du Ministère de l’économie. Renouvelant par la même occasion le sentiment antimilitaire qui fait défaut à notre époque. Ces quelques éléments de ce qu’est l’armée aujourd’hui contribueront, on l’espère, à une critique anti-militariste radicale qui soit plus qu’une réaction « anti-guerre » à telle ou telle opération extérieure de la France. Société technologique, société militaire.

décembre 8th, 2014 by admin

Quelques semaines après la mort de Rémi Fraisse, René Riesel et Jacques Philipponneau, deux auteurs de l’Encyclopédie des nuisances, nous font parvenir la version originale de leur tribune parue dans Le Monde du 5 décembre 2014. Face aux montages policiers et médiatiques qui font endosser la responsabilité d’un mort aux « casseurs », ils rappellent que c’est bien le désastre « économico-industriel » qui accouche de cette jeunesse révoltée :

« Cette jeunesse qu’on disait si intégrée à l’ordre marchand et à sa survie dématérialisée, dressée à se vendre au plus offrant, à se détacher de toute solidarité, à se reconnaître dans la monade solitaire de l’utopie capitaliste, commence à comprendre dialectiquement qu’elle n’aura pas sa place au festin de l’abondance factice, qu’il n’y aura plus vraiment de festin et qu’il était de surcroît immangeable [...]. »

L’entièreté de ce texte se trouve ici : AU DESSUS DU VOLCAN

octobre 22nd, 2013 by admin

« Combattre Big Brother » et promouvoir Big Brother,

c’est toujours vendre du papier (et des clics)

Ce mardi 22 octobre 2013, Le Monde consacre quatre pages aux écoutes de la NSA, notamment sur le territoire français : « le public ne doit pas être maintenu dans l’ignorance de programmes d’écoute et d’espionnage prenant des dimensions telles qu’ils mettent à bas tout principe de contrepoids en démocratie. » Tardive découverte. Dès 2008, Pièces et main d’œuvre publiait Terreur et possession – Enquête sur la police des populations à l’ère technologique. L’« affaire Snowden » vient confirmer un discours que nul au Monde n’a cru bon de relayer. C’est que le quotidien est une référence pour les promoteurs de l’industrie numérique. Cette « Nouvelle France Industrielle » qui, selon Hollande et Montebourg, va nous sortir de la « Crise ». Un jour, Le Monde s’offusque de la surveillance planétaire comme d’une prétendue « dérive » de la numérisation. Un autre, il fait la publicité du « Big Data » pour les industriels et pouvoirs publics : « L’analyse des gros volumes de données peut devenir d’une efficacité sans faille, ou presque. Elle permettra par exemple de proposer à un internaute une réclame ciblée ou à un patient un traitement sur mesure. » Publi-reportage à l’appui. Or, si l’on numérise des pans de plus en plus vastes de nos vies, il n’y a pas à s’étonner que celles-ci soient connues, analysées, exploitées. La surveillance de la population est dans le projet cybernétique comme le fruit dans la graine.

Depuis cet été, Le Monde relaie chaque « révélation » d’Edward Snowden. L’Agence de sécurité américaine NSA enregistre les « métadonnées » des communications de la planète : qui parle à qui, combien de temps, depuis où et consulte quel site, via téléphones portables, mails, SMS, réseaux sociaux et données satellitaires. Le tout avec la collaboration des fournisseurs d’accès à Internet, des réseaux sociaux, des moteurs de recherche, des compagnies de téléphonie mobile et des entreprises de sécurité informatique. Quelle surprise.

L’armée américaine construit dans l’Utah un supercalculateur dont l’objet est d’une simplicité confondante : « Stocker l’ensemble des communications échangées sur la planète, depuis les courriers électroniques et les coups de fil privés jusqu’aux recherches sur Google, les achats de livres, les trajets en avion, les transactions commerciales, sans parler des secrets industriels ou diplomatiques. » Autant dire  : toute notre vie.

L’ampleur de l’espionnage dépasse l’entendement non assisté par ordinateur : huit millions de communications téléphoniques épiées chaque jour en France ; quatre millions en Italie ; 47 millions de communications téléphoniques et 17 millions de connexions Internet en Allemagne. Ces pays ne sont ni l’Iran, ni la Corée du Nord ni la Syrie, ennemis déclarés de l’impérialisme américain, mais des alliés, membres du « monde libre ».

La suite est ici : Le Monde et Big Brother

Hors-sol, le 22 octobre 2013.

octobre 16th, 2013 by admin

A l’approche des élections municipales, les édiles socialistes de Boulogne-sur-mer se sont appropriées un argument électoral de taille : les caméras de surveillance. Ils finissent d’entériner, à l’échelle de la ville, le discours sécuritaire partagé par l’ensemble des partis bourgeois. Rien de bien surprenant. Mais plutôt que de déplorer la perte de nos libertés individuelles (mises à mal depuis longtemps!) il s’agit de porter la critique de la  vidéosurveillance en tant qu’ outil comme un autre du contrôle d’une population poussée à bout depuis les années 70 par la « crise du capital ». Lutter contre la (vidéo)surveillance, c’est lutter contre les rapports sociaux générés par le capitalisme lui-même.

Ci-joint un « 4 pages » réalisé par la Mouette Enragée sur cette question qui dépasse les rivages boulonnais   http://lamouetteenragee.over-blog.com/

En lecture ici : Video Surveillance Boulogne S-M

juillet 2nd, 2013 by admin

Quand Euratechnologies ou IBM parlent d’« intelligence », il faut entendre la capacité des machines à se substituer à nos capacités humaines de comprendre et mettre du sens. En voici deux illustrations entendues à Lille par des promoteurs de la « ville intelligente ». EuraRFID et IBM.

Les capteurs de température et d’humidité ouvrent automatiquement les fenêtres, baissent les volets, enclenchent le chauffage ou l’air conditionné, et envoient la consommation énergétique sur un mobile. Bienvenue dans la smarthome d’Euratechnologies. La maison qui pense à votre place. Les technologies qui remplacent votre cerveau. Nous profitons des « Portes ouvertes de l’excellence » pour visiter Euratechnologies et sa « maison du futur ». Réseaux de capteurs, RFID, le public est venu s’imprègner des applications mises au point par les universités et start-up locales.

Le directeur d’EuraRFID Chekib Gharbi continue la visite. Derrière nous la porte se referme automatiquement. « L’ordinateur a détecté ce qu’il y a dans votre frigo et votre étagère. Il vous propose une recette de cuisine en fonction. » Et peut directement passer commande au supermarché. Vous approchez votre IPad du logo Transpole et recevez automatiquement l’horaire du prochain bus, le nombre de V’Lille ou de places de parking disponibles, l’état de la circulation. Vous êtes géolocalisés et téléguidés. Dans l’armoire à pharmacie, les boîtes de médicaments sont pucées. Quand vous en attrapez un, l’écran informe si oui ou non vous avez le droit de le prendre. C’est selon votre ordonnance médicale. Idem pour la bibliothèque. L’étagère a repéré le bouquin retiré, enregistre l’information, est capable de dire combien de fois le livre a été emprunté, et par qui. « Plus que les particuliers, cette application intéresse surtout les bibliothécaires », précise M. Gharbi – les bibliothèques lilloises sont d’ailleurs en train de s’équiper.

À plusieurs reprises, le vendeur de gadgets justifie cette vie assistée par ordinateur en ce qu’elle rend celle des personnes âgées et dépendantes plus facile et plus sûre. Or, ces technologies de contrôle et d’automatisation ont vocation à s’étendre au delà des maisons de retraite. Ainsi tout le monde adoptera un mode de vie sénile et dépendant – dépendant des outils technologiques. Autre exemple : en même temps que l’habitat « intelligent », EuraRFID et les Eaux du Nord travaillent à un projet de sécurité sur les chantiers : « Il s’agit d’expérimenter un système permettant de géolocaliser les ouvriers et les mini-pelles afin de réduire tout risque d’accident (émission d’alerte en cas d’une possible collision). »1 Ainsi nous déléguons une part de vigilance et de libre arbitre aux machines. Et permettons surtout aux chefs de chantier de contrôler à distance et a posteriori le travail des ouvriers.

Seconde illustration, toujours à Euratechnologies, trois jours plus tard. Le patron d’IBM vient annoncer avec Aubry et Montebourg la création d’un IBM Services Center et de 700 emplois. Tout le monde peut présenter sa candidature, indépendamment de son origine sociale ou de son niveau d’études : « On n’a pas besoin d’être bon en culture générale pour être brillant dans le numérique, annonce Alain Benichou, président d’IBM France, il suffit d’être efficace, de prendre des décisions rapidement. Alors on trouve ces talents partout, dans les classes moyennes, dans les quartiers. D’ailleurs il y a déjà 40% de femmes chez IBM. » En plus de présumer de l’inculture des classes populaires et des femmes, le président d’IBM admet qu’il suffit de parler le langage de la programmation informatique et de l’efficacité pour travailler à IBM ; que la machine permet l’égalité en nous réduisant tous à l’état d’outil fonctionnel ; que la machine supprime les inégalités culturelles en supprimant la culture ; et donc qu’il n’y a pas besoin d’être intelligent pour « bâtir une planète plus intelligente ».2

La « planète intelligente » est donc une entreprise de décervelage faite par des décervelés.

Hors-sol, 2 juillet 2013.

1. Note de presse « Une chaire industrielle  »Réseaux urbains intelligents – Eau » pour la Ville de demain », CITC-EuraRFID, Université Lille 1, Eaux du Nord, 2013.

2. ibm.com/smarterplanet/

À propos des projets locaux de ville « intelligente », lire L’Enfer Vert, tomjo, L’Echappée, 2013 ou Pourquoi il faut fermer Euratechnologies, Hors-sol, 2013.

avril 19th, 2013 by admin

Le journal La Brique, dans son numéro 35, vient de publier une enquête-reportage sur le port de Boulogne-sur-mer, premier port de pêche français et premier lieu de transformation du poisson en Europe. Ce focus sur une situation locale résume la situation globale : raréfaction et pollution des ressources, pression des marchés et des bureaucrates, artificialisation du vivant, et fuite en avant ravageuse insufflée par toutes les couleurs de la technocratie. Ce qui vaut pour la mer – ce nouveau « Far West » de l’économie mondiale – vaut pour le reste. Tout Terrien soucieux de sa survie et de sa liberté lira avec gourmandise ce numéro.

Le Monde du 13 avril titrait : « Le Sud veut sa part des données satellitaires pour gérer ses ressources ». Et prendre ainsi part au « développement » tout en protégeant son « patrimoine halieutique » de la pêche illégale. Le Centre national d’études spatiales et l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER) viennent de signer un contrat pour réaliser un « centre d’océanographie spatiale » en Indonésie. Idem pour la NASA, la filiale d’EADS Astrium ou Greenpeace à divers coins du globe. État des ressources, localisation des poissons, taux de salinité, courants marins, températures, les satellites guident les pêcheurs qui ne sortiront plus en mer qu’en suivant les indications de leurs smartphones. Le savoir-faire séculaire, fruit de l’expérience vécue et d’un apprentissage long, disparaîtront au profit d’une exploitation optimisée des ressources maritimes. Les bases profitables de la pêche industrielle seront saufs. Boulogne-sur-mer n’échappe pas à la règle. Profitons-en pour démonter quelques fausses solutions qui ont cours en ce moment : les quotas, l’expansion maritime et l’aquaculture.

Dans son numéro d’avril 2013, la revue Silence nous refait le coup du rationnement et des quotas : une mesure à prendre d’urgence face au péril écologique que nous démontions dans un article précédent : « Rationnement et écologie transitoire ». L’interview dans La Brique de ces pêcheurs Boulonnais pris dans la tenaille des marchés et des quotas européens prouve combien la généralisation à tous les citoyens de cette astreinte administrative écornerait un peu plus nos libertés et nos capacités de résistance face au modèle de développement industriel.

Dans La vie est à nous !/Le Sarkophage de mars 2013, l’écosocialiste Mélenchon nous gratifie de ses délires prédateurs : « Je veux souligner l’importance de penser dès aujourd’hui l’incontournable expansion vers les océans et les mers d’une humanité aujourd’hui composée de 7 milliards d’êtres humains et bientôt de 12 ! […] La mer et les océans représentent 70 % de l’espace terrien. Ils sont moins connus que la surface de mars ! […] La mer et les océans sont l’aventure concrète de l’humanité pour ce siècle-ci. » Ce sur quoi Le Monde du 13 avril embraye : « Objet de convoitise, le cœur des océans est une fantastique réserve d’énergie, de protéines, de ressources génétiques. Mais c’est aussi une sorte de Far West où États et industries peuvent agir sans règle. » Et le sénateur-maire de Bapaume (62) Jean-Paul Delevoye, président UMP du Conseil économique, social et écologique, apporte son concours à l’Appel de Paris pour la haute mer : « Les peuples se déchirent toujours sur le court terme mais sont capables de se transcender sur le long. » Tout le monde semble d’accord. Les continents sont saturés, pollués, surpeuplés ? Le béton des mégapoles mange notre espace vital ? La terre n’offre plus rien sans sa dose saisonnière d’intrants chimiques ? Alors, allons de l’avant camarades ! Les océans – encore trop oubliés des exploiteurs, paraît-il –, se plieront à notre boulimie. Vous vous demandez quelle est la différence entre tous ces prospectivistes ? Celle de déterminer la part du public et du privé dans la colonisation des fonds marins.

Persévérons dans l’unanimisme. Mélenchon : « Éoliennes, hydroliennes tout ce qui peut aller en mer [ira]. L’aquaculture est l’unique perspective de ressources protéique abondantes à notre portée. » Dans son Diagnostic territorial pour la période 2014-2020, le Conseil régional Nord-Pas de Calais mise gros sur l’aquaculture et la fin de la pêche artisanale. Le rapport prévoit que les futurs désœuvrés deviendront des promène-touristes pour imprimer le virage folklorique de la ville, des surveillants de l’aire marine protégée (mise sous cloche d’un espace maritime), ou des agents de maintenance des futures usines d’énergie (sous-)marine. Comme il est noté dans La Brique, le pôle de compétitivité Aquimer de Boulogne regroupe la Région, l’État, les scientifiques et les patrons pour préparer le terrain aquacole et les espèces de poissons. Et les Verts défendent une impossible aquaculture biologique pour prévenir les épidémies dues à l’élevage de poissons en batterie. Enfin, toujours dans Le Monde, on apprend que l’excellence spatiale française s’exporte pour « déterminer les zones les plus propices à l’aquaculture et à la  »crevetticulture ». »

Laissons les pinailleurs pinailler. L’exemple boulonnais montre à quel point les roses, les verts, les rouges, les scientifiques et les patrons avancent vers un but commun. Optimiser pour continuer de tirer profit d’un monde résiduel.

Hors-sol, 19 avril 2013

Le texte en format pdf : La pêche boulonnaise face aux impasses de l’ (éco)technocratie

octobre 1st, 2012 by admin

À l’appel de la Fédération européenne de l’industrie et de la CGT, nous manifesterons le 9 octobre 2012 pour l’industrie, pour l’emploi et pour des mesures de relance exceptionnelles – à Lyon à 11h place Jean Macé – comme à Paris, Bordeaux, Marseille, Epinal, Rennes, Toulouse.

La France et l’Europe traversent une crise sociale et économique sans précédent. Chômage de masse, précarité, dette publique, écroulement des services publics, désindustrialisation : si rien n’est fait, c’est tout notre modèle de développement qui s’écroulera, repoussant pour longtemps la perspective d’un retour durable de la croissance. Pourtant on connaît la voie à suivre : « un emploi dans l’industrie génère 3 à 5 emplois dans les services et la sous-traitance qui permettent, par la consommation des salariés, d’alimenter l’économie, donc le développement industriel et l’emploi » (CGT Isère). Pour que l’homme soit véritablement au service de l’économie, il faut des mesures de relance industrielle à la hauteur de la crise actuelle.

Nous devons tirer les leçons de l’Histoire. Il y a un siècle, l’économie française a connu un formidable bond en avant, son industrie une véritable révolution. Voyez l’essor de la région grenobloise dans les années 1915-1916 : aménagements hydroélectriques, boum dans la construction mécanique, floraison des sites électro-chimiques. Matériel électrique, explosifs, coton nitré, papier à cartouche, obus, chlore et phosgène comme gaz de combat, magnésium pour l’artillerie. Que seraient devenus la métallurgie de Bouchayer et Viallet, le chimiste Progil, les usines Bergès, les pâtes Lustucru, les biscuits Brun sans la Première guerre mondiale ? Les statistiques sont formelles : « En 1914, Grenoble compte 15 000 : ouvriers ; en 1931, le nombre aura plus que doublé : 31 000. La guerre aura eu un effet stimulant. » (1)

Toulouse, autre technopole aujourd’hui à la pointe de l’innovation, a connu le même phénomène : l’effort de guerre « a suscité la création de toutes pièces de puissants complexes industriels » (2), dont les fleurons actuels de l’aéronautique ou de la chimie sont les descendants directs.

Même stimulation bienfaisante pour l’innovation, l’industrie nationale et l’emploi en 1939-45. À Grenoble, les laboratoires – ferromagnétisme, aérodynamique, hautes fréquences, électrostatique, etc – servent le complexe militaro-industriel pour le profit des salariés. Ne l’oublions jamais : c’est grâce à la collaboration des chercheurs avec l’armée, dans les années 1940, que la capitale des Alpes est aujourd’hui la Silicon Valley française, et offre à des milliers d’ingénieurs, techniciens, cadres, opérateurs de salle blanche, un emploi et un avenir. Six années de conflit pour Trente Glorieuses.

Tandis que notre croissance agonise, il faut rappeler cette vérité : l’économie et la guerre ne sont que la poursuite incessante, infinie et réciproque de l’une par l’autre.

C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui un appel solennel aux forces vives, aux progressistes, au mouvement social. Pour nos emplois et ceux de nos enfants, pour la réindustrialisation de la France, pour son redressement productif et moral, c’est une guerre qu’il nous faut.

Le « redressement productif » ne suffira pas – pas plus que le New Deal en son temps. Rappelons que le programme du président Roosevelt dans les années 1930 fut un échec économique. Malgré l’interventionnisme de l’Etat (grands travaux, contrôle des banques, subvention de l’agriculture, soutien aux syndicats et aux mouvements de consommateurs, protection sociale), 17 % de la population active américaine pointait au chômage en 1939. (3) « La production industrielle ne repartira qu’en 1940. Au moment où les Etats-Unis se réarmeront pour préparer leur entrée en guerre. » (L’Usine nouvelle, 2012)

Voyons les choses en face. Au sein de l’Union européenne, l’Allemagne méprise la solidarité entre membres, favorisant ses intérêts nationaux contre les autres pays. La Grèce est à genoux, l’Espagne, le Portugal et l’Italie au bord du gouffre, et l’impérialisme allemand impose sa politique d’austérité qui nous conduit à la catastrophe. Jusqu’à quand subirons-nous ce diktat ?

De son côté, la Chine nous inflige un dumping social insupportable, bafouant les droits des travailleurs comme ceux de la propriété industrielle et de la concurrence. Délocalisations, contrefaçon, exploitation : allons-nous tolérer davantage les abus sans limite des Chinois ?

Contre la Chine, avec nos alliés de l’OTAN, ou contre l’Allemagne, avec la Grèce, un conflit est envisageable. Ce ne sont ni les motifs, ni les occasions qui manquent. Songez aux retombées économiques ! La tentative du président Obama de renouveler l’expérience du New Deal – rebaptisée Green New Deal pour intégrer les nouvelles contraintes environnementales – est vouée à l’échec. Les énergies renouvelables, l’isolation des bâtiments, les biocarburants, la voiture électrique, s’ils permettront la création certaine d’emplois, ne fourniront pas l’électrochoc nécessaire à l’économie. Comme en 1939-45, seul l’effort de guerre relancera l’industrie. Avec Mélenchon pour le Rafale, avec Montebourg pour le patriotisme économique, soutenons la seule relance véritable !

Grenoble, dont les « nombreux laboratoires, centres de recherches et universités […] constituent une source inépuisable d’innovations dans laquelle la Direction Générale pour l’Armement pioche régulièrement » (4) , serait à la pointe de la mobilisation, avec des milliers d’emplois à la clé.

Chez Thales, soumis aux menaces de fermetures, on retrouverait le bénéfice d’être « leader mondial des hautes technologies sur les marchés de l’aéronautique, de l’espace, de la défense, des transports et de la sécurité » : un conflit offrirait des débouchés à nos armements de pointe. Imaginez les performances de Scorpion, le programme de numérisation du théâtre d’opérations que le groupe pilote pour l’armée française ! Sans oublier ses systèmes d’identification biométrique, de cryptage de données, de contrôle d’accès made in France. Nos fleurons high-tech donneraient leur pleine mesure. STMicroelectronics, le CEA et les start-up de micro et nanoélectronique équipent déjà nos troupes (programme Félin – Fantassin à équipements et liaisons intégrés) et les systèmes de communication et de traçabilité (RFID, capteurs, poussières intelligentes) ; Memscap fournit les meilleurs capteurs de pression à l’Eurofighter et au Super Puma 1, et des Mems pour le guidage des armes ; les détecteurs infrarouges de Sofradir, qui équipent l’armée française, ne manqueraient pas d’être déployés, de même que les biopuces d’Apibio pour détecter les attaques bactériologiques. Qu’on songe aux salariés de Rio Tinto, en Maurienne, d’Ascométal au Cheylas, et à toute la filière aluminium, à qui un cycle guerre/reconstruction redonnerait l’espoir d’un véritable redressement productif.

Pensez aux chantiers par dizaines ! Une aubaine pour les salariés du BTP et de Caterpillar, aujourd’hui menacés. Enfin le renouvellement urbain ! Une vraie chance de reconstruire la ville sur la ruine, de bâtir des smart cities avec des éco-quartiers connectés et intelligents, de moderniser les réseaux de transports et d’énergie, de remplacer les compteurs électriques par des Linky ! de donner un nouvel élan au programme nucléaire français (surgénérateurs, ITER), de propulser la ville globale dans le XXIe siècle !

Quant à nos soldats et aux civils touchés par la guerre, nos neurotechnologues les prendront en charge. Les mutilés testeront les nouvelles interfaces homme-machine et les exosquelettes mis au point à Clinatec, notre clinique du cerveau unique au monde. Leurs souffrances permettront les progrès de la bionique. Clinatec pourra tester ses implants neuro-électroniques contre la dépression et les troubles de l’humeur à grande échelle : quelle meilleure image pour nos savoir-faire locaux, dans le monde entier !

Chacun doit se convaincre que l’économie n’est pas faite pour l’homme, mais l’homme pour l’économie, et se demander ce qu’il peut faire pour celle-ci. Nous invitons tous ceux qui croient au redressement productif de la France à se joindre à la manifestation du 9 octobre, à signer et à diffuser cet appel.

Premiers signataires
- Les Amis de l’Egalité (Blois – lesamisdelegalite.org)
- Les Bas-Côtés (cantine-librairie – lesbascotes.blogspot.fr)
- Hors-Sol (Lille- hors-sol.herbesfolles.org)
- Libellud (Libertaires et Luddites de Grenoble)
- Pièces et main d’œuvre (atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique – piecesetmaindoeuvre.com)


NOTES
- 1) cf. 50 millions de Grenoblois. Claude Glayman. Préface de Pierre Mendès-France. 1967. Ed. R. Laffont
- 2) Les conséquences économiques et sociales de la Première guerre mondiale à Toulouse (1912-1922), Anne Alonzo, 2009, Ecole des Chartes
- 3) André Kaspi, Franklin Roosevelt, Fayard, 1988
- 4) Le Daubé 3/04/01

Le texte en format pdf : Une_bonne_guerre

juillet 23rd, 2012 by admin

C’est annoncé dans la presse, les clients des réseaux Transpole, TER et Arc-en-ciel devront se munir de la carte Pass Pass à partir du 1er décembre prochain. La Voix du Nord, toujours en campagne pour soutenir les projets de développement des notables locaux, exprime ici son impatience. Elle est bien la seule. Les premiers porteurs de la carte peuvent déjà témoigner : obligation de « biper » sous peine d’une amende de 5€.

Pass Pass, la carte à puce sans contact de Transpole, enfin lancée

Il faudra attendre encore un peu pour la prendre en main, mais cette fois, on y est presque !

Transpole lancera sa carte à puce sans contact en décembre prochain (la mise en service était initialement prévue le 1er janvier). Objectif : plus de cartes, ni de coupons en cartons pour les voyageurs, qui pourront charger leurs abonnements mais aussi leurs titres occasionnels sur une seule et même carte à puce, sans contact, dont l’usage sera étendu à un large réseau dans la métropole (Transpole, V’lille, TER et Arc-en-ciel). Dans les prochains jours, les abonnés devraient recevoir un bulletin d’inscription pour commander leur carte Pass Pass.

La Voix du Nord, le 18 juillet 2012

En visite dans le Cambrésis, Patrick Kanner fait son tour de Pass Pass

Le président du conseil général a entamé sa tournée d’été. Il était de passage dans le Solesmois jeudi matin pour évoquer le projet éducatif global départemental et présenter le nouveau titre de transport en service dans le Cambrésis, la carte Pass Pass. Un petit « bip » et en route…

« Arrêt « Haussy Macarez » ». Hasard du calendrier, c’est ce jeudi, jour de visite estivale du président du conseil général Patrick Kanner dans le Cambrésis, que résonne pour la première fois la petite voix du réseau de transport interurbain sur la ligne Caudry-Famars.

Dans l’autocar, au départ de Solesmes, ont pris place les élus de l’arrondissement qui, comme le président du Département, ont pris soin de valider, à la montée, leur nouveau titre de transport : la carte Pass Pass.

Tout en un

Du gabarit d’une carte bancaire, ce nouveau système billettique départemental est opérationnel depuis le 1er  septembre 2011 sur les réseaux Arc-en-Ciel de la Flandre, de la Métropole et de l’Avesnois. Il l’est depuis le 1er juin dans le Cambrésis pour les usagers commerciaux.

Cette nouvelle carte Pass Pass c’est un peu la version « tout en un » des transports en commun. Finis les moult titres de transport et abonnements entre le car et le TER (trains express régionaux) ; désormais, les usagers n’auront plus que cette seule et unique carte à puce. « La carte Pass Pass remplace les titres de transport papier, précise Patrick Kanner. Elle est valable pour tout le monde et peut intégrer jusqu’à huit titres de transport différents : Transpole, Arc-en-Ciel, SNCF… Ce support unique simplifie les voyages des usagers, il incite à utiliser les transports en commun et les jeunes à bouger. »

Un « bip » suffit !

Prenons l’exemple d’une personne qui habite un village du Cambrésis et travaille à Lille. Avec cette seule carte, elle prend le car jusqu’à la gare de Cambrai puis le train jusqu’à la gare de Lille et enfin le métro jusqu’à son lieu de travail ! Plus besoin de trois titres de transport différents et de trois abonnements différents ; toutes les données sont concentrées dans la carte Pass Pass qui offre en plus un tarif plus avantageux que les trois abonnements d’origine réunis. Il suffit juste de « biper » aux bornes respectives avant de prendre chaque véhicule.

« La carte Pass Pass fonctionne aujourd’hui sur l’ensemble du réseau départemental Arc-en-Ciel et TER, explique Guillaume Béchet, de la direction des transports départementaux. L’objectif est qu’à terme toutes les collectivités en charge du transport puissent mettre en place cette carte magnétique unique et que tous les usagers puissent emprunter les réseaux de transport partenaires dans le Nord et le Pas-de-Calais.

 Sa mise en service va se faire progressivement sur l’ensemble de la région jusqu’en 2015. Le Cambrésis - du canton de Cambrai Ouest au Solesmois  – en est équipé depuis début juin et dès la rentrée, les écoliers vont également en bénéficier pour relier domicile et établissement scolaire (*). « L’an dernier, environ 9 000 cartes scolaires ont été validées pour tout le Cambrésis », précise Éric Gens, directeur d’exploitation pour le réseau Arc-en-Ciel.

La carte Pass Pass est aussi un précieux outil d’informations sur la fréquentation du réseau. Chaque voyageur validant son titre lors de chaque montée dans un véhicule, les données sont enregistrées et permettent : de connaître l’utilisation quotidienne du réseau départemental, de proposer des dessertes qui répondent le mieux possible aux besoins des Nordistes, de connaître les répartitions des titres de transport et de leur fréquentation, et de connaître les habitudes de déplacement des usagers afin de proposer des offres tarifaires innovantes, tendant vers le tarif unique.

« La carte Pass Pass a aussi l’avantage de gommer l’aspect social, poursuit M. Béchet. Quelle que soit la situation sociale, la carte est identique pour tout le monde ce qui évite de stigmatiser les usagers par la couleur comme c’était le cas avant avec la carte papier.

Ce n’est plus un frein à la mobilité. » •

La Voix du Nord, le 14 juillet 2012

juin 4th, 2012 by admin

De la contribution du mal industriel à la richesse du pays

Par un natif d’Amiens, chef-lieu de la Somme.

Des esprits malavisés, gâcheurs d’encre et de papier, gens de plume et de rêveries, ennemis de la Classe ouvrière, s’en prennent depuis des décennies à l’endémie du cancer, due pour l’essentiel, suivant les épidémiologistes, à l’expansion de l’industrie depuis la Première Guerre mondiale, dans tous les secteurs d’activité et dans toutes les parts du pays. Voyez Dominique Belpomme (Ces maladies créées par l’homme, Albin Michel, 2004), Barbier/Farrachi (La Société cancérigène, La Martinière, 2004), et tous les autres. Ces dénigreurs montent en épingle la mortalité du cancer qui touche un Français sur deux et une Française sur trois, sans compter la pléthore des rescapés plus ou moins provisoires. Il serait trop facile de leur dire que si la Nature n’avait pas voulu que l’on meure du cancer, elle n’eut pas placé cette faculté – parmi tant d’autres – chez les mortels. Faculté activable à loisir par n’importe quel agent industriel ou une combinaison de ces agents. Tant que les hommes meurent – c’est leur nature, leur programme génétique -, peu importe de quoi. Il faut bien mourir de quelque chose. L’admirable est de voir comment la providence marchande fait un bien économique d’un mal sanitaire (…)

tomjo, le 4 avril 2012

Le texte intégral ici : Cancer_picard

Le texte en format brochure : Cancer picard_brochure

mars 7th, 2012 by admin

Le mercredi 28 mars 2012 dès 19h45

Au CICP, 21 ter rue Voltaire, Pars XIe, M° Rue des boulets / Nation

Avec :

Tomjo, auteur de « L’Enfer Vert. Un projet pavé de bonnes intentions » (Editions Badaboum, 2012) Ce livre explique comment les Verts sont à l’avant-garde de la technocratie, toutes tendances confondues, pour imposer de nouvelles infrastructures adaptées au trafic de masse et de marchandises – train, canal, gares et quartiers d’affaires -, pour détruire les derniers lambeaux de nature, pour fortifier la liaison recherche-pouvoir-indutrie (textile) nécessaire à la croissance.


Jean-Luc Porquet, auteur de « Jacques Ellul. L’homme qui avait (presque) tout prévu » (Le Cherche midi, 2012)
Persuadé que la technique mène le monde (bien plus que le politique et l’économique), Jacques Ellul a passé sa vie à analyser les mutations qu’elle provoque dans nos sociétés, et la tyrannie qu’elle exerce sur nos vies. Dans cet ouvrage, Jean-Luc Porquet expose vingt idées fortes d’Ellul et les illustre par des sujets d’actualité : nucléaire, nanotechnologies, OGM, livre numérique…