juillet 21st, 2016 by admin

La récente Conférence internationale sur le climat nous a rappelé combien la ville concentre un mode de développement prédateur. Elle ne s’étale que sur 2 % de la surface du globe et pourtant elle consomme les trois quarts de l’énergie produite, rejette 80% du CO2, et abrite la moitié de la population. Dans trente ans, la Chine aura construit entre 20 000 et 50 000 gratte-ciels, et le nombre de citadins aura doublé sur la planète. C’est pourquoi l’ONU vient de lancer sa World Urban Campaign : pour définir « L’avenir urbain que nous voulons ».1 Il ne s’agit pas de ralentir le phénomène urbain, qui mange pourtant en France l’équivalent d’un département tous les dix ans, mais de rationaliser technologiquement son expansion. « Longtemps considérées comme le  »problème », [les villes] commencent à imaginer des  »solutions » », espèrent Le Monde, la BNP, Bouygues et Michelin, accompagnant à leur manière la Conférence Climat. Ensemble, ils décerneront chaque année le prix de l’innovation « Smart cities » aux meilleures entreprises en « urban tech », « mobilité » ou « énergie ».2 En France, Nice fait figure de pilote.

La Smart city ou le parlement des choses est à lire ici : Parlement des choses

1Manifeste pour la ville, unhabitat.org. 2« Climat : les villes sont-elles la solution ? », Le Monde, 20 novembre 2015.

Vous pouvez retrouver cette contribution dans la revue Nature & Progrèsde cet été 2016 consacré à la critique « Du monde machine aux transhumains » avec :

- De la smart city à la smart planet – le parlement des choses (Tomjo)
- Vers une agriculture déshumanisée ? La robotisation destructrice de la culture paysanne (Jean-Louis Meurot)
- Du greenwashing chez les cyborgs – une post-humanité artificielle, au service d’une nature détruite (Antoine Costa)
- Co-évoluer avec la nature ou la reprogrammer ? (Guy Kastler)
- EGM : enfants génétiquement modifiés – reproduction artificielle et humanité à deux vitesses (Alexis Escudero)
- Réflexions autour du progrès – Nature et technologie : une cohabitation mouvementée (Clément Doedens)
- Transhumanisme et cannibalisme (Pièces et main d’œuvre)

On peut trouver la revue dans les magasins bio ou la commander (6 € 50) à :
Nature & Progrès, 13, bd Louis Blanc – 30100 Alès (Tél : 04 66 91 21 94).

Vous retrouverez aussi un texte de Pièces et main d’œuvre intitulé « Transhumanisme et cannibalisme » et dont voici l’introduction :

Un bon roman vaut mieux que de mauvais essais : pour saisir l’essence du transhumanisme sans vous perdre dans ses amphigouris, lisez Jack Barron et l’éternité, de Norman Spinrad, paru en 1969. Banalisé par les médias, les idéologues et les scientifiques, le transhumanisme n’est plus une abomination à combattre mais – au mieux- un phénomène à « réguler », comme la nucléarisation du monde ou la destruction de la nature. Ce projet d’anthropocide contamine les esprits parce qu’il dévale la plus grande pente où convergent les lignes de fond de l’ère techno-marchande : individualisme, consommation, anomie post-moderne, volonté de puissance, etc. On ne peut s’y opposer qu’en étant radicalement humain et à contre-courant des pesanteurs sociologiques (libérales-libertaires), qui nous tirent au plus bas niveau de l’espèce.

Bonnes lectures. Hors-sol.

mai 31st, 2016 by admin

Islam et Technologie

Voici une revue des rapports entre islam et technologie par TomJo (à ouvrir ci-dessous).

Avant-propos par Pièces et main d’œuvre

Le transhumanisme islamique se développe en France, sur la toile. Le Pakistan possède la « bombe atomique islamique ». La technocratie chiite iranienne l’aura bientôt. L’Arabie et les Emirats développent les « technologies convergentes » (NBIC) et les smart cities. L’Etat islamique (Daech) appelle les ingénieurs et les spécialistes à le rejoindre de tout l’islam pour construire son califat. Quoi de neuf ? A-t-on oublié que le premier soin de l’Algérie indépendante avait été le développement conjoint de l’islam et de l’industrie ? Que « l’âge d’or de l’islam » avait coincidé avec une floraison des sciences et techniques, dont le fameux al-jabr (825) ?

Imaginons la Sainte Inquisition catholique, échappée de son Moyen-Age, régnant sur un Etat pontifical d’un milliard et demi d’habitants et de millions de kilomètres carrés, forte des plus riches gisements pétroliers de la planète, employant son trésor et sa puissance à répandre sa version terroriste, tyrannique et totalitaire du christianisme. (cf. Histoire de l’Inquisition au Moyen-Age. H. C. Lea. Editions Jerome Millon) Il y aurait des différences cependant. Il n’y a pas « d’affaire Galilée » en Islam. Ni le Califat, ni les plus obtuses instances islamiques n’ont persécuté les scientifiques. Les poètes et les penseurs suffisaient à leur vindicte.

Et inversement, malgré les bûchers de sorcières, l’Inquisition n’a pas réduit les femmes de la chrétienté à la terrible condition des femmes d’islam. Mais peut-être s’agit-il là d’une variation ethnique de la domination masculine. Les Européennes n’ont jamais perdu cette liberté des Gauloises, des Germaines, des Vikings, attestée par les chroniqueurs contemporains, les historiens latins et les sagas scandinaves, que les Arabes, les Perses et les Turques n’ont jamais connue.

Nous, mécréants, laïcards, franchouillards, etc., peinons à comprendre le phénomène qualifié de « djihadisme », « islamisme », « intégrisme musulman », qui ravage depuis des décennies, pays après pays, l’immense zone de culture islamique, assassinant, massacrant, terrifiant ceux qui lui résistent ; exterminant toute différence de conscience, d’opinion, de morale, de comportement.

Ce fanatisme de la servitude (Islam, soumission) et de l’oppression, procède d’une vérité révélée, c’est-à-dire irrationnelle, d’un pur arbitraire imposé par la violence. Les Occidentaux sidérés par cette peste qui s’étend à leurs pays se cherchent les torts et les crimes méritant pareil châtiment. Une telle furie doit avoir de bonnes raisons, des explications, des excuses. Etant à la fois rationalistes et chrétiens de culture ( péché, examen de conscience, confession, contrition, etc.), ils trouvent évidemment ces raisons, ces explications, ces excuses, humblement offertes à leurs ennemis. Nous payons, selon nos directeurs de conscience, pour nos ancêtres (les croisades, les colonies), pour nos classes dirigeantes ( guerres impérialistes, pillages économiques), pour nos discriminations (racisme, « islamophobie »), d’où les trombes de reproches et de repentance dont ils nous couvrent.

« Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. » (Matthieu 5, 38)

La soumission au méchant peut mener loin. Révoltés par la violence industrielle de la Grande Guerre, les pacifistes des années trente (chrétiens, communistes, anti-militaristes, anti-capitalistes), ne cessent de trouver des raisons, des explications, des excuses à « la bête immonde ». C’était la faute du Traité de Versailles ; de l’humiliation allemande ; des réparations de guerre ; de l’occupation de la Ruhr ; des impérialistes français et anglais – et des juifs, naturellement (mais vous pouvez dire Israël). Tout, plutôt que de reconnaître que le nazisme allemand les avait choisis pour ennemis en dépit de leurs protestations d’amitié, de leurs actes de contrition et de leurs plus abjectes concessions ; et qu’il n’aurait de cesse que de les avoir anéantis.

On se fait de l’islamisme aujourd’hui, la même idée fausse et mystifiée que du nazisme autrefois : on les réduit à des mythomanies archaïques. On confond la propagande idéologique avec l’actualité matérielle. Au-delà de ses Wahalla nébuleux, de son primitivisme forestier et germanique, de ses défilés aux flambeaux et en culottes de peaux, le nazisme allemand mobilisait une machine de guerre scientifico-industrielle de premier ordre. De même le fascisme italien avec son salut « à la romaine » et ses mises en scène « impériales », dignes des péplums de Cinecitta. Les Etats et mouvements réactionnaires au plan social et humain, sont aussi progressistes que les communistes et les démocrates au plan scientifique et technologique. C’est normal, leur triomphe en dépend.

On ne peut guère imaginer plus archaïque que la restauration d’un état disparu depuis deux millénaires, dans le décor, la langue et les rites de l’Ancien Testament. Les sonneries du shofar et les prières des rabbins n’y auraient pas suffit. C’est grâce à la symbiose entre Tsahal et le Technion Institute, au perpétuel va et vient d’ingénieurs et d’officiers entre l’une et l’autre qu’Israël, la « start-up nation », produit les équipements high tech qui lui permettent de contrôler Gaza et de résister à la douzaine de pays arabes et/ou musulmans qui veulent sa peau. Dieu n’est plus avec les gros bataillons, mais avec les bataillons technologiques.

Les flammes, les sabres, les sourates, les cavaliers, les turbans, les barbes, les voiles et les noirs étendards qui saturent la propagande islamique ne sont que des signes de reconnaissance et des miroirs identitaires . Ce n’est pas de retour au désert, sous la tente, avec leurs chameaux et leurs dattes que rêvent les islamistes, mais de smart life dans une smart (islamic) city.

Les sociologues relèvent une sur-représentation d’ingénieurs et de techniciens parmi les djihadistes, plutôt que de philosophes, d’historiens, de représentants des belles lettres et des sciences humaines et sociales. Cette disproportion se retrouve dans les mouvements d’extrême-droite européens. Ce nouvel aspect de la querelle entre Les deux cultures (C. P. Snow) trouve son explication dans l’étude de Theodor Adorno sur La Personnalité autoritaire (1950). Contrairement aux intellectuels, les bigots de la science et les techniciens du sacré ont les réponses. Il suffit de se reporter au dogme établi. Ce sont des hommes machines, incapables de pensée autonome – et donc horrifiés par la pensée, saisis de vertige à l’idée de se pencher sur leur propre vide. Des hommes d’action, avides de fonctionner, de remplir les rites et les procédures pour combler leur gouffre intérieur et calmer leur panique. Dans le camp de concentration comme dans la centrale nucléaire, il n’y a pas de pourquoi ? Il n’y a que du comment ? « Hier ist kein Warum », jette un gardien à Primo Levi qui lui demande pourquoi il n’a pas le droit de regarder par la fenêtre de sa baraque. (Si c’est un homme) C’est comme ça et ça ne peut être autrement.

L’homme, selon Jacques Ellul, ne peut s’empêcher de sacraliser la puissance qui lui est extérieure. La technique ayant détruit la nature, c’est la technique qu’il sacralise. (cf. Le Système technicien) L’islam technolâtre et le transhumanisme sacralisateur incarnent aujourd’hui les deux pôles de ce monde sans pourquoi, mais saturé de comment où nous sommes condamnés à résister.

Vous pouvez lire le texte entier ici : allah_est_grand

A imprimer au format « Livret » ici : allah-est-grand_brochure

Bonne lecture.

A lire aussi : Peste islamiste, anthrax transhumaniste : le temps des inhumains

avril 29th, 2016 by admin

Vendredi 6 mai à 20h à L’Univers

Dans le cadre du Printemps des amours émeutières, Hors-sol présente

Je ne mange pas de ce pain-là

Benjamin Péret, Poète c’est-à-dire révolutionnaire

Rémy Ricordeau | docu | France | 2015 |

Bien que le poète Benjamin Péret ait été avec André Breton un des principaux animateurs du mouvement surréaliste, il reste méconnu du grand public. En retraçant ses divers engagements poétiques et politiques, qui ont été une constante de toute sa vie, ce film se propose de le faire redécouvrir au sein d’une aventure intellectuelle collective qui aura durablement marqué le XXème siècle.

Éternel réfractaire à l’autorité quelle qu’elle soit, les combats qu’il a menés dans le monde des idées et celui de la politique l’ont été au service d’une conception de l’émancipation humaine qui supposait à ses yeux la liberté la plus absolue : celle de l’expression sensible comme celle, concomitante, de la pensée critique.

Novateur, dans sa démarche poétique autant que dans sa réflexion politique, les fulgurances dont il a nourri son œuvre demeurent, en ce printemps de contestation du gouvernement et des bureaucrates syndicaux, d’une brûlante actualité.

Vive la France et les pommes de terre frites !

Prix libre | Suivi d’une discussion avec le réalisateur

Vous pouvez d’ores et déjà lire une interview de Rémy Ricordeau à paraître dans la revue Le poulailler : entretien Péret-Ricordeau

janvier 7th, 2016 by admin

« Army Green Is Army Strong »

- US ARMY -

Quel était, jusqu’à aujourd’hui, le point commun entre un écologiste et un militaire ? La ration de topinambour. Depuis que la sénatrice verte Leïla Aïchi a élaboré la doctrine de « Green Defense », ils sont devenus inséparables. Pour cause : ils sont les meilleurs prétendants à l’administration du désastre.

Il y a dix ans, l’ouragan Katrina dévastait La Nouvelle-Orléans. État d’urgence, loi martiale et couvre-feu. Les 8 000 gardes nationaux sont submergés, l’armée enrôle les mercenaires de la BlackWater Security et 300 militaires. Tous reviennent d’Irak. « Ils ont des M-16 chargés. Ils savent comment tirer et tuer, et sont plus que volontaires pour le faire si nécessaire », rassure le Gouverneur [1]. 108 milliards de dollars de dégâts, les Américains prennent alors la mesure du dérèglement climatique. Si en 2003, un rapport du Pentagone alerte les armées US des risques qu’entraîne la crise climatique sur la sécurité des intérêts américains, avec l’ouragan Katrina les doctrines se succèdent et se répandent à travers les armées du monde. Toutes nous tiennent à peu près ce langage : « Le dérèglement climatique aggravera les problèmes comme la pauvreté, les tensions sociales, la dégradation de l’environnement et l’instabilité des États [2]. » Ajouté aux autres problèmes sociaux, le changement climatique fait figure de « multiplicateur de menaces ».

Entre 2006 et 2011 en Syrie, une sécheresse inédite jette dans le dénuement 300 000 paysans qui vont grossir les faubourgs des agglomérations. 17% de la population est alors considérée en «  insécurité alimentaire ». Cet épisode climatique apporte un élément supplémentaire à la bonne compréhension des désordres géopolitiques actuels. Idem autour du lac Tchad asséché sur lequel poussent la révolte et les groupes islamistes. « Quand le ventre est vide, la tête ne réfléchit pas », témoignait une femme peule invitée le 9 septembre dernier à Paris [3].

Mauvaises récoltes et famines, incendies et tempêtes, épidémies et déplacements de populations déstabilisent des régions entières. Des émeutes contrarient l’accaparement de terres arables, des pêcheurs sans poissons optent pour la piraterie, la fonte de l’Arctique nourrit des tensions autour des nouvelles voies navigables et des ressources pétrolières. Les raisons de sortir les blindés ne manqueront pas. Au point que certains observateurs, après les récentes tueries parisiennes, proposent que la COP21 ne soit pas considérée « comme un sommet sur le climat, mais comme une conférence sur la paix [4]. »

Le territoire français ne sera pas indemne de déstabilisations. En plus d’épisodes critiques comme les tempêtes ou les canicules, le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations de l’armée (CICDE) établissait en juin 2014 la liste des « risques » à surveiller [5]. Le plus préoccupant d’entre eux concerne nos 58 réacteurs nucléaires. En cas de sécheresse, de hausse de la température des cours d’eau, d’inondations, de tornades ou de froids extrêmes, ils viendraient à surchauffer. On garde en tête l’image pathétique des réacteurs arrosés à la lance à incendie pendant l’été 2003. Dans un autre registre, le CICDE observe aussi que « l’aire d’extension en France de certaines espèces remonte déjà du rivage de la Méditerranée vers la région lyonnaise » et nous promet de belles épidémies de paludisme, dengue ou chikungunya.

Pour tous ces désagréments, l’armée est appelée à la rescousse. À Fukushima, n’a-t-on pas mobilisé 100 000 soldats des forces japonaises ? Si l’armée française est encore à la traîne dans l’élaboration de doctrines vertes, d’éminents écologistes (Bové, Lalonde, Paul Watson) la rappellent à ses missions de secours et de maintien de l’ordre. En préparation de la COP21, le 13 octobre 2015, écologistes d’EELV et militaires se rencontraient au Sénat, avant une autre rencontre le lendemain, entre les ministres de la Défense de plusieurs États.

La scène est rocambolesque. Le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers et l’ancien militant antimilitariste José Bové se susurrent des urbanités. «  Sans le prérequis de la sécurité, il n’y a pas de développement durable », soutient le premier. « L’important, c’est la prévention des conflits », estime le second, qui propose la création d’une « école internationale de décontamination des terrains de guerre » sur le site militaire du Larzac.

Aux manettes de ces deux événements, on trouve la sénatrice verte [6] de Paris Leïla Aïchi, initiatrice avec son groupe parlementaire d’un Livre vert de la Défense. Ce parti fondé sur le mouvement des objecteurs de conscience s’« interdit tout dogmatisme » pour embrasser une « analyse pragmatique ». Allons voir.

Le Livre vert plaide « pour la capacité accrue d’hommes et de moyens maritimes et aériens » face à la baisse d’effectifs promise par le resserrement des budgets et le « paradigme techniciste ». Bientôt le retour de la conscription ? Les 38 000 militaires de la Marine surveilleraient les trafics illicites et le pillage des ressources halieutiques. Les 135 000 de l’armée de terre, disposant de « moyens logistiques et de transport lourd [organiseraient] des flux complexes en environnement dégradé. » Leur « capacité NRBC [7] [mettrait] en œuvre une chaîne de décontamination avant l’arrivée d’unités de la sécurité civile. » Quant à l’armée de l’air, ses 47 000 bidasses seraient les seuls capables d’intervenir rapidement en cas de catastrophes naturelles. L’idée que se fait le Livre vert de notre sécurité n’appelle donc pas à la fermeture des sites désastreux, mais à organiser leur militarisation.

Mais sous les coups d’EELV, cette militarisation sera, elle aussi, écocitoyenne. Les opérations extérieures de l’armée privilégieront le « dialogue interculturel » pour « un comportement accepté par la population », donc plus sympas que des accusations de viols sur mineurs. (Après des témoignages recueillis par l’ONU dans un camp de réfugiés en Centrafique, une enquête a été ouverte…) De plus, la « Green Defense » réclame une meilleure écoconception des systèmes d’armes, depuis leur fabrication jusqu’à leur démantèlement, et une moindre dépendance de l’armée envers les énergies fossiles et uranifères. Est-ce à l’aide de tanks à pédale et de pistolets à eau que l’Armée française défendra ces intérêts industriels africains qui font la menace climatique ?

Selon le programme d’EELV des présidentielles, «  la fermeture et le démantèlement des bases militaires françaises à l’extérieur » (notamment en Afrique) étaient censés « créer un mouvement vertueux de démilitarisation à l’échelon international [8] ». Forte de son savoir-faire dans la gestion des populations, et face aux futures menaces écologiques, nos armées ne doivent-elles pas rester « prépositionnées » ? « L’intervention des pompiers des Forces françaises de Djibouti (FFDj) en renfort aux pompiers djiboutiens le 6 janvier 2013 illustre ce que pourrait être leurs participations à des interventions tournées cette fois vers la sécurité environnementale. » Voilà les armées d’occupation relégitimées ? Comment comprendre autrement que « le déploiement de 300 soldats français sur l’aéroport de Bangui » en 2013 fasse partie de ces « excellents exemples » qui feront la « Green Defense » ?

Notre mode de vie n’est pas négociable. Tout juste est-il gérable, en dernier recours, par la force armée. Ainsi se résume la « Green Defense » : mettre le feu à la planète pour se proposer d’éteindre l’incendie. L’air est connu.

Tomjo pour CQFD, déc. 2015.

Notes

[1Autour de la « catastrophe » Katrina à La Nouvelle-Orléans. De sa gestion par l’État, et de l’organisation collective et autonome pour la survie… Hobolo, 2007 : https://infokiosques.net/spip.php?article444

[2] Département de la Défense américaine, 29 juillet 2015.

[3] Voir « Le dérèglement climatique est une question vitale pour la paix du monde », defense.blogs.lavoixdunord.fr.

[4] « L’écologie contre la terreur planétaire », Naomi Klein et Jason Box, Le Monde, 24 nov. 2015.

[5] « Conséquences du dérèglement climatique pour le ministère de la Défense », IRIS, juin 2014.

[6] En instance de quitter son parti, ayant appelé à voter pour Valérie Pécresse (LR) contre Claude Bartolone (PS) lors des dernières élections régionales.

[7] Nucléaire, radiologique, bactériologique et chimique.

[8] « Vivre mieux », Programme d’actions pour les temps qui viennent, EELV, 2012.

décembre 2nd, 2015 by admin

Monsieur le Premier Ministre,

La Conférence des Parties à la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement climatique (dite COP21) s’ouvre demain à Paris dans un climat de deuil qui ne tient pas seulement aux faits survenus le 13 novembre dernier.

À la veille de ce rassemblement sans précédent de Chefs d’État et de Gouvernements, vous avez décidé d’offrir au monde qui nous regarde le visage inquiétant d’un pays triste et muselé, aux rues vides et à la contestation étouffée.

Profitant de l’émotion et de la peur qui nous ont légitimement envahis au moment de ces attentats, vous avez, à la faveur de l’instauration de l’état d’urgence, sorti des vieux cartons de l’Empire la pratique de l’assignation à résidence.

Or, les mesures liberticides se justifient toujours par la promesse qu’elles ne s’appliqueront qu’aux salauds désignés. Vous l’avez vous-même confirmé devant la Représentation Nationale en arguant de leur efficacité dans la lutte contre le terrorisme. Il était pourtant évident que ces assignations à résidence auraient vocation à s’appliquer dans les seuls cas où la justice pénale, avec son arsenal complet de mesures (garde à vue, contrôle judiciaire, perquisition,…), ne trouverait pas à s’appliquer, c’est à dire contre les personnes contre lesquelles il n’existe aucune preuve démontrant qu’elles ont commis ou tenté de commettre une infraction. Nous étions donc déjà loin des salauds.

En désignant ainsi des personnes et en les empêchant de mener une vie normale vous portez une atteinte manifeste à d’autres valeurs essentielles de notre droit républicain que sont la présomption d’innocence, la liberté de circuler et la liberté de travailler et d’entreprendre. Tout ceci au nom d’un impératif de sécurité légitimée par la lutte contre le terrorisme.

Ce 25 novembre, quelques jours seulement après avoir imposé l’état d’urgence, votre gouvernement franchi un cap supplémentaire en assignant à résidence des militants environnementaux et sociaux impliqués dans la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et dans l’organisation – au grand jour et depuis plusieurs mois – des manifestations prévues à l’occasion de votre conférence internationale. Des policiers en civil sont postés en permanence devant leur porte, et ils doivent pointer trois fois par jour au commissariat.

Ce sont ainsi vos opposants politiques que vous avez placés sous résidence surveillée, comme l’aurait fait n’importe quel régime autoritaire et comme cela ne s’est plus vu dans ce pays depuis longtemps.

Vous avez utilisé la peur et l’émotion pour bâillonner une opposition à l’heure d’une réunion diplomatique sans précédent, justifiant ces mesures par l’emploi des mots «violences», «mouvance contestataire» et «ultra gauche», expressions vides de faits comme de sens, créées de toute pièce, sans la moindre consistance.

Vous aurez cependant du mal à faire croire aux spectateurs du monde entier que les militants qui  s’impliquent et qui organisent la contestation légitime à votre manière de gérer le désastre environnemental constituent des menaces pour leur sécurité.

Vous offrez au monde entier le sombre spectacle d’un pays déstabilisé par les attentats au point de renoncer à ses valeurs les plus essentielles, celles-là même que les terroristes cherchaient à atteindre ce 13 novembre.

Il aura donc suffit de douze jours pour mettre à genoux notre héritage révolutionnaire.

Il semble en effet acquis, à la lumière de vos récentes déclarations, que vous envisagez fort naturellement la poursuite de ce que les plus naïfs appeleront «une parenthèse autoritaire» bien au-delà des trois mois légaux. Vous en auriez même informé la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Les assignations à résidence de ceux qui s’opposent à vous sont, dans ces circonstances, une honte, une honte abjecte et intolérable qui emporte, avant même qu’elle n’ait commencé, votre Conférence du Désastre dans les poubelles de l’Histoire.

Nous devons cependant craindre la suite, lorsque les caméras mondiales regarderont ailleurs et que vos mesures d’exception deviendront la règle.

Il nous reste alors à espérer que les philosophes et les historiens qui, depuis plusieurs jours, appellent par voie de presse à la vigilance populaire vis-à-vis des pouvoirs que vous vous êtes octroyés soient enfin écoutés, et que la contestation, que vous tentez de museler, enfin se fasse entendre.

Muriel RUEF                                                                       Alexandre FARO

Avocate au Barreau de Lille                                              Avocat au Barreau de Paris

26 novembre 2015.

Source : Mediapart.

novembre 11th, 2015 by admin

Voici un reportage exclusif de notre envoyé spécial à Smart City, Tom 2.0.

Ce reportage présente une double nouveauté. C’est le premier jamais réalisé par un avatar et le premier également sur la mythique Smart City, actuellement en construction entre Doha et Songdo. Nous ne doutons pas de voir cette double nouveauté suivie de multiples répliques, à plus ou moins bref délai, suivant les lois de l’imitation médiatique.

L’automatisation générale des emplois et métiers s’étend désormais aux journalistes, après avoir éliminé soudeurs, poinçonneurs, caissières et guichetiers. Normal. Tant qu’on nous réduira à l’état de robots, les robots nous réduiront à néant. Le journalisme était devenu depuis trop longtemps une fonction machinale, facile à décomposer en tâches successives à la portée de n’importe quel logiciel ou « smart rédacteur », pour échapper davantage à cette modernisation des modes de production des contenus.

Inutile de s’ affliger ou de verser dans les jérémiades nostalgiques et réactionnaires, la plupart des lecteurs ayant eux-même embrassé avec enthousiasme l’idéal numérique et n’aspirant à rien d’autre qu’à la perfection mécanique.

Ils se régalaient ainsi, depuis des décennies, des mêmes articles sur les mêmes sujets, rédigés suivant les mêmes angles et les mêmes formulations ; et ils auraient été si perturbés qu’on y change quoi que ce soit, qu’ils auraient cessé d’acheter leurs supports habituels. Il est d’ailleurs question de remplacer les lecteurs par des liseuses électroniques qui raconteront le contenu du journal à leurs propriétaires.

Ce psittacisme rassurant affectait particulièrement le reportage. Chaque reporter avant de s’envoler pour Shanghaï, Dubaï ou la Silicon Valley, prenait soin de copier les lieux communs déjà accumulés par ses confrères sur le même sujet, et de valider avec son rédacteur en chef ce qu’il était censé rapporter de son bref aller-retour sur place. Le reportage ne servait en fait qu’à illustrer le pré-script, à lui donner la caution du « vécu » et du « réel ». L’imprévu et l’improbable étant proscrits au nom de la « crédibilité ». Et tant pis pour la théorie qui mesure l’intérêt d’une information à son éruptive nouveauté. Au mieux, le talent du reporter était de savoir répéter ses prédécesseurs, en ajoutant ses tics personnels et en montant des détails en épingle à l’usage de ses successeurs. Il s’agissait en somme de se distinguer dans la redondance.

Nous avons donc décidé de raccourcir les circuits de production journalistique et d’éliminer l’inutile et coûteux pseudo-reportage sur place. Tout est sur le réseau. Il suffit d’y rôder pour trouver les images, les témoignages, les personnages, les rencontrer, les interroger et en rapporter bien plus d’informations que d’un séjour en hôtel, entre deux avions.

D’ailleurs la vie est un songe. La présence réelle (In Real Life), une simple image virtuelle générée par le Grand Ordinateur et nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves. Rien qu’une combinaison d’algorithmes, de l’information qui circule.

Pièces et main d’œuvre.

Le reportage est à lire ici : J’ai visité SmartCity

 

septembre 15th, 2015 by admin

En quoi la photo d’un enfant mort sur la plage serait-elle moins légitime qu’une représentation statistique ? Pourquoi refuser de s’en émouvoir, et préférer le calcul froid et lointain, quand une indignation passagère peut alimenter une pensée critique ? L’art de la photographie n’est-il pas un savoir-faire aussi respectable que celui des reportages, des romans, des films ?

A voir le nombre de morts en Méditerranée, la métaphore du zombie pourrait être une représentation tout aussi acceptable de ces exilés fuyant la guerre si la production cinématographique actuelle n’encourageait le spectateur à se cloîtrer chez lui, armé jusqu’aux dents contre l’invasion des barbares aux portes de l’Occident. C’est pourquoi nous reproduisons aujourd’hui notre entretien avec Alain Musset, géographe amateur de science-fiction critique, dans lequel nous pouvons lire que les films de zombies participent du fait que « nos sociétés contemporaines jouent sur la peur pour se maintenir », alors qu’ils portaient naguère une charge autrement plus subversive contre la société contemporaine.

L’entretien avec Alain Musset est ici : Entretien A. Musset

Romero n’utilisait-il pas la métaphore du zombie pour dénoncer les pousseurs de caddies que nous sommes devenus ? Plutôt qu’un repoussoir, le zombie n’est-il pas plutôt chacun de nous, affalés devant un écran, étrangers aux autres et à nous-mêmes, fatigués de devoir s’updater en permanence aux nouvelles organisations du travail et de la vie en société ? « L’individualisation du sens, en libérant des traditions ou des valeurs communes, dégage de toute autorité. Chacun devient son propre maître et n’a de compte à rendre qu’à lui-même. Le morcellement du lien social isole chaque individu et le renvoie à sa liberté, à la jouissance de son autonomie ou, à l’inverse, à son sentiment d’insuffisance, à son échec personnel. » Jusqu’à Disparaître de soi, titre d’un récent ouvrage de David Le Breton. C’est pourquoi nous republions ici notre entretien avec son auteur, soumettant ainsi une autre signification possible du genre zombie.

Entretien avec David Le Breton : Trop dure la vie

D’autres textes et reportages sur le stade zombie du capitalisme sont à lire dans notre journal papier. À Metaleurop, là où cent ans de « richesses » métallurgiques ont pourri la terre et ses habitants pour plusieurs siècles. À Fukushima, où chacun se doit de devenir le spécialiste de sa survie en milieu radioactif. À Roubaix, où les ouvriers du textile refusèrent, par le bris de machines, de devenir des travailleurs robotisés.

Les points de vente dans la métropole lilloise sont répertoriés ici : Nous trouver

Vous pouvez commander ce numéro pour 3€ (frais de port compris) en envoyant un chèque à l’ordre de « L’A.S.P.I. » à Hors-sol, 14 rue des Tours, 59 000 Lille.

Enfin, Pièces et main d’œuvre nous a récemment proposé une autre vision du stade « mort-vivant » de la nature et de la reproduction par la publication d’un article d’André Gorz de 2003 intitulé «… Ou vers une civilisation posthumaine ? ».

Bonnes lectures.

Hors-sol.

Nb : Les Monades urbaines est un roman dystopique écrit par Silverberg dans lequel 75 milliards de terriens survivent dans des technopoles totalitaires appelées Monades.

juillet 21st, 2015 by admin

Hors-sol #3 en librairieDe même que le poisson pourrit par la tête, la technocratie devrait souffrir d’un bon coup de batte dans la face. Le troisième numéro d’Hors-sol traite donc de décapitation. Mais de la décapitation d’un capitalisme arrivé à son stade zombie : des humains obsolètes et des cyborgs, d’une économie qui détruit la nature et la remplace par des ersatz, des secteurs économiques qui tirent profit de la mort biologique et sociale. Fini de turbiner comme des morts-vivants, la revanche des technozombies a sonné.

À propos de la représentation des zombies dans la culture de masse, on trouvera ensuite un entretien avec Alain Musset, géographe et amateur de science-fiction critique. Selon lui, la charge portée jadis contre l’ordre supermarchand par Romero, pape du genre zombie, s’est retournée en une militarisation de la société pour la préservation d’une humanité prétendue « saine ». Un vent de chairs en putréfaction annonce le retour à l’Ordre. Attrapez votre arme automatique et préparez-vous à repousser les barbares gisant debout aux portes de l’Occident.

Ensuite, un reportage nous emmène en territoire mort-vivant, aux alentours de Metaleurop (62). Symbole d’une industrie régionale déchue, l’usine métallurgique laisse pour tout héritage mille ans de mesures de survie. Objectivement, que reste-t-il à part déserter ? Exiger un cordon sanitaire, quelques rétributions financières, et « déconstruire » notre « plombophobie » par l’aménagement paysager du désastre ?

En parallèle, nous republions un texte commémorant l’inachevable désastre nucléaire de Fukushima rédigé par Nadine et Thierry Ribault. Comme le notent Pièces et main d’œuvre, sa lecture amène au moins trois remarques. 1) A Fukushima comme à Tchernobyl, comme un jour peut-être à Gravelines, participer, c’est accepter. 2) La destruction des conditions de vie sur terre offre décidément des perspectives infinies d’études et de recherche à la science : évaluation et quantification des dégâts ; adaptation aux dégâts ; éventuellement, « réhabilitation du cadre de vie ». 3) Il semble que la plupart des êtres humains soient finalement capables de subir à peu près n’importe quoi sans se révolter, et de continuer à survivre tant qu’ils ne sont pas morts pour de bon.

Nous avons interviewé aussi David Le Breton. Sans le savoir, il est pourtant un spécialiste des zombies. Pas ceux des films à succès, ceux que nous sommes devenus dans la rue, au travail, sur les réseaux sociaux. Dans son dernier livre Disparaître de soi, le sociologue dresse le tableau d’une société traversée par la « blancheur », cette « volonté de se mettre hors jeu, de se détacher des passions communes, de ne plus être emporté par elles à son corps défendant. » Ces petites morts sans cadavres prennent bien des aspects. L’impersonnalisation de soi et le détachement aux autres. Le sommeil, le burn out, la dépression. La fuite dans l’infini du virtuel. Ou encore cette obsession contemporaine pour les questions d’identité, désormais mouvante, personnelle et à portée du pouvoir technoscientifique. Les morts-vivants sont parmi nous.

Enfin, un dernier article tiré de la revue Jef Klak raconte comment le 11 mars 1867, les ouvriers fileurs roubaisiens, comme leurs ancêtres luddites, profitèrent d’une manifestation pour briser les machines. Au sein de l’Association Internationale des Travailleurs, le débat fait rage : doit-elle soutenir le bris de machines ou expliquer aux insurgés le caractère sacré de l’outil au risque de basculer les ouvriers-machines dans un travail désormais mort-vivant ?

Ce numéro à la fois mort et vivant, en couleur et large d’1m, est disponible dans quelques points de vente de la métropole lilloise : http://hors-sol.herbesfolles.org/category/nous-trouver/

La Une de Modeste Richard sera bientôt sérigraphiée en affiche. Réservez-la (5€).

Vous pouvez également vous abonner pour 20 € en envoyant un chèque à l’ordre de « l’ASPI », à l’adresse suivante : Hors-sol, 14 rue des Tours, 59 000 Lille.

Faites tourner l’alerte : Hors-sol est le seul antidote contre notre zombification.

Bonne et mortelle lecture !

mai 10th, 2015 by admin

La question de la « réappropriation » des outils quotidiens taraude les mouvements d’émancipation : réparer soi-même sa voiture ou son grille-pain rompt en effet notre dépendance envers les industriels et les spécialistes. Celle de l’informatique est d’autant plus revendiquée par les « libertaires du net » que l’affaire Snowden montra combien les internautes étaient les proies des services de renseignements (américains, français, chinois, etc). Dans son discours du 5 février 2015, François Hollande rejoint la revendication des hackers et militants du logiciel libre. Il propose d’enseigner aux enfants le langage informatique dès le plus jeune âge. Où l’on voit que libristes et hackers ne sont pas une contradiction au capitalisme technologique mais son avant-garde.

Les raisons divergent, mais les solutions convergent. Le ministre de l’éducation nationale Benoît Hamon souhaite que les minots apprennent le codage informatique dès le primaire pour des raisons pédagogiques : « le numérique change le statut de l’erreur : vous effacez et vous recommencez. » Pour la députée UMP Laure de la Raudière, l’apprentissage obligatoire du code ferait « de nos enfants […] des femmes et des hommes libres » tout en leur ouvrant « des opportunités professionnelles. » Si François Hollande émet l’idée que son « grand plan pour le numérique à l’école » concernera l’apprentissage de l’informatique voire du code, c’est qu’il en va notamment de notre sécurité nationale face aux jeunes musulmans qui se « radicalisent » sur Internet.

Ces revendications rejoignent ainsi celles, plus anciennes, des militants libristes qui y voient la possibilité de gagner en pouvoir sur sa vie et en liberté d’expression. Jeremie Zimmermann résout ainsi La Quadrature du net par l’élevage d’une post-humanité qui choisirait « Ligne de code LV2 » plutôt qu’une langue étrangère : « Cette prise en main [des technologies de chiffrement] est indispensable pour pouvoir se libérer. [...] Pour faire comprendre ça, est-ce que l’on passera par l’éducation nationale ou une éducation populaire comme celle des hackerspaces ou des cryptoparties ? [...] Comprendre ce qu’est un logiciel libre, un réseau IP et maîtriser les bases de la cryptographie devrait faire partie du tronc commun au moins autant que l’histoire ou la géographie. »1Quant à l’Association francophone de promotion et défense du logiciel libre (APRIL), « Reprendre en main son informatique » serait une « démarche citoyenne indispensable » face aux grandes oreilles de la NSA.2

Si le logiciel libre passe encore pour une alternative aux multinationales et aux logiciels propriétaires, l’APRIL saluait « la démarche de la gendarmerie, qui a basculé l’ensemble de son parc informatique vers le logiciel libre dès 2002, plutôt que celle de l’armée de terre, qui vient de reconduire un contrat léonin avec Microsoft. » Des ogives nucléaires avec têtes chercheuses tournant sur Linux seraient-elles un progrès pour l’humanité ? Pour les services de l’État, il en va de leur indépendance stratégique et de la sécurité de leurs télécommunications autant que de la maîtrise leur budget. Quand l’ancienne ministre de l’économie numérique Fleur Pellerin se rend à l’inauguration des nouveaux locaux de la Fondation Mozilla – l’internet « libre » – elle y rappelle l’intérêt de la niche libriste pour l’économie : « Les chiffres sont éloquents : ce marché représentait en 2011 plus de 2 milliards d’euros, soit plus de 6% de la demande de logiciels et de services informatiques. Par ailleurs, il y a là un formidable levier d’emplois, environ 10 000 supplémentaires dans les 3 ans à venir. » Quelle collectivité locale, de gauche comme de droite, n’a pas sa ligne budgétaire dédiée à la promotion du logiciel libre ? Aujourd’hui, les cryptoparties sont organisées par des pirates, demain, elles le seront par des fonctionnaires.

Une réappropriation impossible quand bien même elle serait souhaitable

Les potentialités libertaires de l’informatique en réseau s’appuient sur le mythe d’un Internet fondé par des hippies défoncés au LSD sur les campus californiens. Internet ouvrant conjointement avec les produits hallucinogènes « les portes de la perception ». Il suffit pourtant de voir le film à succès Imitation Game pour constater que l’un des pères fondateurs de l’informatique moderne, Alan Turing, développa ses premières machines pour le compte des services de renseignement britanniques et ainsi casser les codes des communications nazies. À Los Alamos aux États-Unis, un autre pionnier de l’informatique, John von Neumann, mettait au point la bombe A grâce aux immenses capacités de calcul des premiers ordinateurs. Aujourd’hui encore, le calculateur le plus rapide du monde est hébergé par l’Université chinoise des technologies de Défense ; le plus gros centre de stockage du monde sera utilisé par la NSA ; l’entreprise française Bull fabriquait en 2010 le calculateur le plus puissant d’Europe (le Tera-100) afin que le Commissariat à l’énergie atomique simule des explosions nucléaires. Cryptographie, télécommunications, calculateurs, l’histoire de l’informatique est indissociable de l’organisation industrielle de la mort.

Après le mythe, l’illusion. La complexité technique pour fabriquer des semi-conducteurs ou des kilomètres de fibre optique, le jeu d’interactions commerciales, financières et juridiques avec les compagnies minières de métaux rares, les poubelles à ciel ouvert de machines informatiques au Ghana représentent, d’après le fondateur de Wikileaks lui-même, « le maximum, en termes de réalisation technologique, que puisse produire l’économie moderne mondialisée néolibérale ». Pour le moins, se réapproprier l’informatique nécessiterait que chaque internaute libre fasse sa part dans l’extraction de métaux ou la bonne marche d’usines atomiques nécessaires à alimenter la bête virtuelle en électricité. Or, le déferlement de l’informatique personnelle depuis les années 1980 opère comme une illusion d’optique réduisant un système mondial, complexe et prédateur à un ordi, un logiciel et une « box ». D’où l’illusion de la réappropriation par la bidouille et l’apprentissage du code. La liberté qui en suivrait serait celle des enfants gâtés du capitalisme.

L’autre illusion concerne la possibilité de fuir, cryptographie et logiciels libres aidant, l’œil inquisiteur du numérique. Or, la tâche risque d’être inhumaine face au déferlement des moyens de contrôle. Quand bien même notre boîte mail serait savamment cryptée, notre GPS, notre carte de transport, notre smartphone, notre carte de fidélité ou de sécu, notre badge d’entreprise ou la caméra de surveillance à reconnaissance biométrique du métro nous trahiraient.

« On ne démocratise pas la dépossession » lançait le groupe Survivre en 1974 à propos de la loi « informatique et liberté » (à laquelle ils ajoutaient la mention « sic »). Le slogan collerait comme un gant à l’époque actuelle. En plus d’être illusoire, la réappropriation de l’informatique est surtout indésirable. « Soyons tous des ingénieurs informatiques » ne peut être le dernier mot des mouvements d’émancipation actuels. Qu’est-ce qu’une liberté si elle nécessite de parler couramment le langage du capitalisme au XXI° siècle ? ; si elle nécessite la création d’une post-humanité qui délaisse l’écriture cursive, comme c’est déjà le cas aux États-Unis, pour la poésie HTML ? ; si elle nous enchaîne définitivement aux outils qui nous oppressent ?

Que le mouvement naissant des « makers » et autres bidouilleurs s’arrangent, comme tout le monde, avec la société existante est une chose. Qu’il lance la perspective politique d’élargir le champ des « communs » sur le modèle du logiciel libre est une erreur.

TomJo, février 2015

1Ragemag.fr, 12 novembre 2013.

2Libération, 24 février 2014.

avril 28th, 2015 by admin

Depuis qu’existe une critique de gauche des médias – débutée par Bourdieu, relayée par PLPL et Le Plan B, poursuivie par Acrimed (Action – Critique – Médias) et Nada aujourd’hui –, un sentiment de gêne perdure. En comparaison de la critique radicale des médias de masse aux alentours de la deuxième guerre mondiale, celle d’aujourd’hui s’arrête toujours au milieu du guet, quand elle n’explose pas des portes béantes : dénoncer que Libé fasse campagne pour Hollande et Le Figaro pour Sarkozy, c’est comme ouvrir une boîte de Port-Salut pour découvrir un Port-Salut. C’est écrit dessus.

Depuis quelques semaines, cette critique de gauche structure des « propositions concrètes » pour assurer financements équitables et pluralisme – et ce, à la faveur d’un Front de gauche poreux à la critique des médias. Ces propositions sont l’application à l’industrie médiatique des idées générales du Front de gauche. La boucle est bouclée.

Acrimed se crée après les grèves de 1995 contre lesquelles les médias se sont acharnés. Leur « Appel pour une action démocratique sur le terrain des médias » fut lancé par des journalistes, profs de journalisme et chercheurs en « sciences de l’information » (dont beaucoup du « Centre d’études littéraires et scientifiques appliquées » – tout un programme !) ; bref, des « professions intellectuelles supérieures » de l’industrie médiatique elle-même. La sociologie universitaire et journalistique des animateurs d’Acrimed, leurs affinités politiques proches d’ATTAC, du Front de Gauche ou du NPA, en font la « Commission médias » du Parti de l’État Industriel (PEI). Contre celui de la finance et du marché, ennemis de l’emploi et de la production industrielle nationale. Nous l’avions soulevé dans la Critique de la planification écologique1, le débat entre la gauche et nous, libertaires et anti-industriels, sur la question médiatique comme sur les autres, est toujours le même2 : eux critiquent la seule propriété capitaliste des moyens de production (notamment d’informations) quand nous critiquons la production elle-même. Nous ne revendiquons pas plus un nucléaire d’État que des hébergeurs coopératifs ou des usines de télés autogérées. Nous critiquons leurs nuisances, leur culture de masse, leur division du travail et leur accaparement par une caste de techniciens. Ce à quoi la critique de gauche des médias ne s’attaque jamais, quand elle ne les revendique pas explicitement. Nous le verrons.

Les Temps modernes du journalisme

Le 31 janvier 2015, Acrimed organisait sa première journée de critique des médias, soutenue par le NPA, Le Parti et le Front de gauche, le Syndicat national des journalistes, Attac, Bastamag, la LDH, etc. Henri Maler, ancien militant des Jeunesses communistes révolutionnaires et du groupe « Révolution », est l’animateur principal de l’association. Sa première piste pour une presse pluraliste consiste en l’instauration par voie constitutionnelle d’un « Conseil national de tous les médias ».3 À rebours d’un CSA qui, « à l’heure du multimédia », n’est pas un « organisme de régulation de l’ensemble de l’espace médiatique » mais seulement de l’audiovisuel. Cette aspiration au « centralisme démocratique » est typique du PEI : plutôt que de supprimer le CSA, Henri Maler préfère étendre son contrôle, constituer un organe centralisé, hiérarchisé voire omniscient de « régulation » de la pluralité. Un souhait paradoxal, quand bien même il n’était pas impossible – « à l’heure du multimédia ».

Ce guichet unique de la pluralité financerait la presse jusqu’au secteur associatif. Ce dont les associations culturelles ou d’éducation populaire peuvent déjà témoigner : dès lors que des emplois sont en jeu, la boucle des financements publics et des « appels à projets » devient infernale. Elle aliène budgets et activités aux prescriptions politiques des élus, et le temps de travail des salariés aux contrôles bureaucratiques des techniciens – leurs « fiches-projets », « contrats pluriannuels d’objectifs », « objectifs stratégiques et opérationnels », « publics visés » et « évaluations » nous inspirant plus le film Brazil que La belle verte.

Selon Henri Maler, l’information est un « bien commun » – tarte à la crème de la gauche citoyenne en ce moment. Il serait garanti par un « service public de l’information et de la culture » – une autre contradiction si l’on comprend qu’un « bien commun » n’est ni privé ni public, mais passons. Ce service public existe déjà. Mais il devrait être assez puissant pour concurrencer TF1. La norme en termes de « bien commun » (en fait, d’audimat) semble être la chaîne Bouygues, qu’il faudrait au passage renationaliser. Pour Henri Maler, on ne doit pas critiquer les grands médias comme TF1 ou France 2 au risque de « nourrir un mépris social » à l’égard de leurs « millions d’auditeurs et de téléspectateurs ». Nous ne savons pas si c’est la mauvaise conscience de l’intellectuel qui parle. Ou le sociologue pour qui la pertinence d’un propos s’évalue en fonction de la qualité des « récepteurs ». Mais en ce qui nous concerne, nous signerons plus volontiers la pétition du journal satirique Zoo réclamant au CSA de stopper « ces merdes de téléréalité à la con »4 plutôt que de nationaliser « L’amour est dans le pré ».

Les « éditocrates » sont régulièrement, et à juste titre, épinglés par la critique de gauche des médias pour leurs connivences avec le pouvoir. Mais 90 % de « l’espace médiatique » – les émissions racoleuses, les chaînes de sports (extrêmes) ou de musique commerciale, les magazines people et « féminins », les émissions de téléréalité, d’aménagement d’intérieur ou de bagnoles – sauraient-elles être envoyés au rang d’entreprises de diversion ?

D’après Henri Maler, on ne peut pas envisager que la mort de l’audiovisuel public nous laisse avec des feuilles de chou. Et pourquoi pas ? Pourquoi pas des imprimeries et des radios dans chaque quartier pour que fleurissent mille feuilles de chou, mille radios libres ? Pourquoi pas construire des médias à taille humaine et appropriables facilement ? CQFD, Article 11, Le Postillon, La Décroissance ou La Brique font des enquêtes, montrent qu’une presse sans subsides est possible, et se font un point d’honneur à ne pas en percevoir.5 Ce modèle « économique » existe. Il est fait de débrouilles et d’envies. Il est certes précaire et insatisfaisant par bien des aspects, mais a l’intérêt de défendre l’indépendance jusqu’au bout.

Les propositions de Pierre Rimbert « pour une presse libre » sont faites du même bois centralisateur, rehaussé d’une accentuation de la division du travail entre les tâches journalistiques et techniques6Les Temps modernes de Chaplin appliqués à la « production intellectuelle ». Le journaliste du Monde Diplomatique propose en effet la création d’un « service mutualisé d’infrastructures de production et de distribution de l’information ». Celui-ci rémunérerait comptables, maquettistes et commerciaux mis au service des médias ainsi soulagés des tâches d’administration. Ici, point de nouveauté : cette organisation scientifique du travail prévaut dans tous les secteurs économiques, dont la presse. De plus en plus de titres externalisent déjà une partie de leur fonctionnement. Cette logique est délétère : elle scelle les exécutants à leur destinée, réservant aux spécialistes de la pensée les choix éditoriaux. Elle est le synonyme de la perte de sens pour des salariés réduits au désœuvrement, aux tâches répétitives, à l’état de rouage. A contrario, depuis dix ans, des journaux indépendants réinventent le partage des tâches et des connaissances en vue de l’émancipation de tous.

Pierre Rimbert ne propose pas aux journalistes de rejoindre ce grand service de presse par crainte de recevoir le sobriquet de « bolchévique ». Mais lors d’une réunion publique à Lille le 16 avril 2015 organisée par les Amis du Monde Diplomatique, il avoue le souhaiter secrètement : selon lui, 40 000 journalistes au sein d’un même service public serait gage de rapport de force. L’idée d’une presse pluraliste, foisonnante, décentralisée, autonome a du souci à se faire. Si les « alter-éditocrates » de la gauche de gauche ne critiquent pas les médias (en tant que tels), c’est qu’ils souhaitent en devenir les califes ; éditorialiser à la place des éditocrates ; tenir la ligne du Parti de l’État et de l’Industrie.

Constatant les dégâts sur l’économie de la presse et leurs revenus publicitaires, Rimbert regrette « la montée en puissance du numérique ». Dans la phrase d’après, il espère néanmoins intégrer dans son grand service externalisé des « bidouilleurs informatiques » préposés à la gestion d’une « plate-forme commune d’abonnement, de paiement et de gestion de bases de données. » Un fichier unique des lecteurs de presse. Mis à la disposition des médias, ces geeks travailleraient à « améliorer les applications, accroître la qualité et la puissance du kiosque en ligne, s’assurer de la sécurité des données personnelles, améliorer la lisibilité des sites et inventer de nouvelles conceptions graphiques. » Ainsi inféodée à la course au numérique, la presse scie déjà la branche sur laquelle elle trône. Mais, nuance !, la scie sera désormais mutualisée.

Enfin, ce service central ne serait pas financé par l’impôt, trop soumis au politique, ni par de riches philanthropes, mais par les cotisations sociales ponctionnées sur les salaires. Ce système de financement s’inspire du modèle indéboulonnable issu-de-la-Résistance qu’est la Sécurité Sociale, soufflé par l’économiste Bernard Friot et les partisans d’un revenu universel : un système basé sur la création de « richesses » que nous préférerons, quant à nous, supprimer plutôt que partager.7

L’Empire de la passivité

Ces propositions ne seraient pas si désespérantes s’il n’avait pas existé, dans l’histoire de la critique sociale, des idées plus pertinentes à l’égard de notre aliénation à l’industrie médiatique. Passées aux oubliettes par la critique de gauche des médias, Adorno et Horkheimer furent les premiers à pointer la naissance de l’« industrie culturelle » – progrès techniques aidant – se mettant ainsi la gauche marxiste à dos pour cause « d’élitisme bourgeois ». Ils voyaient pourtant dans ce nouveau mode de diffusion industrielle d’idées, films, émissions de radio, presse, la création d’une culture de masse, sérialisée et standardisée, empêchant la libre élaboration des idées. Ils relevaient combien les produits culturels, devenus marchandises, répondaient désormais aux nécessités du marketing et de la planification : « Il a été prévu quelque chose pour chacun afin que nul ne puisse y échapper. » (1947) À ménagères de gauche, marchandises de gauche.

Plus tard, d’autres prendront le relais, voyant dans l’industrie culturelle et publicitaire un grand moule à cerveaux, une vaste entreprise d’abêtissement. Ainsi de Günther Anders en 1956 : « On diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. » Ou l’art, porté à son paroxysme par TF1 et France Télévisions, de traiter les faits divers comme des événements conséquents et les événements conséquents comme des faits divers. Le philosophe allemand voyait dans les écrans la fabrication d’un « ermite de masse » affalé dans son canapé – le ronronnement des pantoufles faisant plus de vacarme que le bruit des bottes. Avec les médias de masse, c’est désormais « le monde qui vient à l’homme et non l’homme au monde », effaçant ainsi « la différence entre être et paraître, entre réalité et image ». Idées reprises par Guy Debord quelques années plus tard : le spectacle n’est pas « un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images ». Il est le « soleil qui ne se couche jamais sur l’empire de la passivité moderne. »8

Jacques Ellul, en 1954, dénonçait la colonisation des radios et des télés dans les espaces public et privé, coupant toute possibilité d’une communication véritable (étymologiquement : mettre des richesses en commun) : « on peut cohabiter longtemps sans se rencontrer dans le vide sonore de la radio ». Cette radio représentait, pour le critique du « Système technicien », un ersatz de relations sociales comblant le désert d’une société atomisée : « Elle est un service public du confort moral, chargé de compenser les drames de famille aussi bien que les accablements sociaux et l’ennui de vivre. Elle est aussi compensatrice de l’inhumanité de la ville ; dans ce milieu où l’homme ne peut avoir aucun contact véritable, aucune expérience profonde, la radio doit lui fournir une apparence de réalité, une apparence de connaissance, une apparence de proximité qui suffisent à le séduire et à le rassurer. » Qu’en disent les auditeurs de France Inter, seuls dans leur voiture les conduisant au travail ?

On pourrait continuer longtemps ainsi, exhumer les auteurs qui faisaient jadis une différence entre culture de masse et culture populaire ; dénonçaient, à l’époque des grands et regrettés services publics de l’information (ORTF, BBC, etc), que la culture soit devenue une activité spécialisée, séparée et marchande ; soulevaient l’homogénéisation culturelle mondiale. Ils relèvent, pour nous aujourd’hui, le paradoxe de la critique de gauche des médias. Celle qui réclame des téléspectateurs qu’ils se mobilisent pour leur passivité et prennent parti pour le bourrage de mou.

Mais ces critiques du décervelage et de la passivité nécessitent actualisation pour se mettre à l’heure de la société cybernétique. Si les médias de masse de l’époque moderne (un émetteur bombardant un même message à des millions de récepteurs) ont fait les totalitarismes du XX° siècle, que produit l’horizontalité des réseaux et l’interactivité ? « The medium is the message », disait Mac Luhan : avec les nouvelles technologies de communication, la vitesse de diffusion d’infos, l’omniprésence « en temps réel » ou la capacité à traiter des quantités inhumaines de « données » passent pour de l’intelligence. Le « contenu » remplace le verbe : infographie, fact-checking, vidéos choc, mind mapping et romans de 140 signes. Les statistiques des « visiteurs » d’articles incitent au racolage et aux titres « LoL ». À ce jeu de l’immédiateté et de l’audimat, les journalistes sont dépassés par les algorithmes et les générateurs de langage naturel. Mais ce serait dévoiler notre dialogue entre un journaliste-robot et un robot-journaliste que de continuer plus avant. Pour lire cet entretien sur l’intelligence artificielle appliquée à la production d’informations, c’est ici : Dialogue journaliste-robot

Tomjo, pour Hors-sol, avril 2015

1L’échappée, 2013.

2Lire à ce propos Ludd contre Marx et Ludd contre Lénine par Marius Blouin, 2015 sur piecesetmaindoeuvre.com.

3« Nous avons des propositions », 5 mars 2015, acrimed.org.

4Avril 2015.

5Lire « Eh, Fleur, t’as pas 100 balles ? C’est pour la presse indé en deuil… », Lémi et JBB, article11.info.

6« Projet pour une presse libre », Le Monde diplomatique, décembre 2014.

7Pour une critique des propositions de Bernard Friot, voir Le Cauchemar de Don Quichotte, J. Mattern et M. Amiech, éd. Climats en 2004, La Lenteur en 2013.

8La Société du spectacle, 1967.