novembre 19th, 2019 at 12 h 45 min by admin

Ce lundi 11 novembre, nous avons inauguré notre « Pont des Gueux ». Il permet de passer du Belvédère à la friche Saint-Sauveur sans encombres, soit au dessus du mur érigé par la ville pour empêcher l’intrusion des promeneurs. Depuis ses débuts en 2016, « Fête la Friche » ambitionne de faire connaître ces 23 hectares, d’inscrire cet espace délaissé dans l’espace mental des Lilloises et des Lillois. Par des fêtes ou des visites un peu pirates. Bah oui : pourquoi des habitants défendraient ce dont ils ignorent jusqu’à l’existence-même ? Voilà pourquoi le pont.

Le pont des gueuxMais pourquoi le « Pont des Gueux » ? Nous nous étions quittés aux XII°-XIII° siècles avec le Beffroi de Saint-Sauveur, ce doigt levé en direction du Beffroi municipal. La référence tenait aux libertés communales conquises aux seigneurs et aux rois. Quatre siècles plus tard, il a fallu défendre ces libertés contre les Espagnols et leur Sainte Inquisition. Oui, parce que la Flandre était espagnole. Sous Charles Quint, l’Espagne régnait pratiquement sur toute l’Europe et jusqu’en Amérique, du Pérou au Mexique. A cette époque, la morgue espagnole voulait imposer un État centralisé et unifié, constitué de marchands et de bureaucrates, et donc écraser les libertés des communeux. C’est ce que dénonce Bruegel de manière allégorique avec sa Tour de Babel. Ajoutez à cela de mauvaises récoltes, des taxes nouvelles, et une terreur catholique qui brûle vif les hérétiques (protestants) et les sorcières, et une « Armée des Gueux » se soulève à Steenvoorde le 10 août 1566. La révolte se répand en un éclair à toute la Flandre. Les Gueux pillent et saccagent les églises, attaquent les troupes espagnoles. Cette révolte sera matée dans le sang aux Pays-Bas du sud (Flandres, Belgique), mais finira victorieuse au nord (actuels Pays-Bas). La Flandre, peut-être la région la plus riche du monde à l’époque, perd un tiers de sa population qui migre vers le nord. Ces persécutés y créeront en 1588 la première république nationale de l’histoire, un siècle avant l’Angleterre et deux avant les États-Unis et la France. La première armée du monde s’est donc cassée les dents contre une armée de gueux.

Voilà pourquoi, toujours dans l’idée de faire vivre le patrimoine révolutionnaire local, nous avons nommé notre pont de bois le Pont des Gueux. A l’époque, contre un régime qui imposait sa loi, il y avait les gueux des bois et les gueux des mers. Désormais, même si l’époque n’est plus aussi barbare, il faudra compter avec les Gueux des friches pour faire tomber les orgueilleuses Tours de Babel.

Le Pont des Gueux 2

Le Pont des Gueux 3

Le Pont des Gueux 4

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