décembre 16th, 2016 at 14 h 49 min by admin

ikeaCabu s’est fait buter, et avec lui l’une des dernières voix définitivement antimilitaristes de la presse. Au XX° siècle, chaque génération payait son dû à la nation en rejoignant le rang, alimentant une méfiance vis-à-vis de l’armée. Les chansons de Renaud, les bédés de Charlie ou de La Gueule ouverte, les manifs antinucléaires. Il y a quelques années encore, pendant et après la guerre d’Algérie, le sentiment anti-militaire créait un mouvement de déserteurs et d’objecteurs de conscience. Avec la fin de la conscription, ce mouvement s’est éteint. Pourtant, l’armée est aux commandes de l’économie. Elle en protège les secteurs les plus sensibles. Et en tant que premier investisseur public, elle diffuse ses innovations dans le « civil ». Notre vie quotidienne est sous sa coupe.

On peut voir dans la « crise » économique une mutation du capitalisme vers de nouvelles sources de profits – aujourd’hui le numérique et les hautes technologies. Or, ce qui vaut pour l’économie vaut pour la guerre, intrinsèquement liées. Un budget de Défense dit « de crise », malgré les rallonges accordées par le président Hollande pour cause d’attentats, sera donc une mutation des forces armées vers leur technologisation. Dans les bureaux comme dans les casernes, les machines remplacent les humains. Sarkozy a évincé 54 000 militaires, Hollande devait en supprimer 15 500, en contrepartie d’une modernisation des forces vers la cyberdéfense, l’espionnage électronique et la numérisation des champs de bataille.

La guerre se technologise en même temps qu’elle se professionnalise. Elle ne nécessite plus la troupe d’antan envoyée baïonnette à la main trancher le bide des ennemis, mais une armée d’ingénieurs planqués dans les centres de commandement. Cette déshumanisation par la technologie rend l’appréhension et la critique des forces armées plus compliquée. Il n’y a qu’à voir les dessins et les caricatures. Les vieilles représentations antimilitaires, depuis de L’Assiette au beurre jusqu’à l’adjudant Kronenbourg, ont montré les bidasses sous un jour bourrin et sanguinaire. Avec ce dossier, nous tenterons d’esquisser une représentation de la guerre au 21ème siècle moins rythmée par le claquement des bottes que par les clics de souris.

Si Cabu n’est plus là pour chier dans les rangers des généraux, nous lui rendons hommage ici en chiant dans les mocassins des chercheurs du CEA et de Thalès, des ingénieurs de DCNS et d’Orange, des hackers de la DGSE et du Ministère de l’économie. Renouvelant par la même occasion le sentiment antimilitaire qui fait défaut à notre époque. Ces quelques éléments de ce qu’est l’armée aujourd’hui contribueront, on l’espère, à une critique anti-militariste radicale qui soit plus qu’une réaction « anti-guerre » à telle ou telle opération extérieure de la France. Société technologique, société militaire.

Voilà notre dossier complet :

Sur les bases militaires de notre confort : Economie de guerre

Sur les doctrines de guerre technologique : Search & Destroy

Sur le rôle de la Silicon Valley : La Silicon Valley et l’Empire américain

Et enfin, notre entretien avec un écologiste kurde.

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