novembre 27th, 2014 by admin

Hasard du calendrier ou réponse directe à notre reportage publié en novembre ? Dans son numéro de janvier (110 000 exemplaires distribués gratuitement) Lille Mag sort l’artillerie lourde : « Bienvenue dans votre Silicon Valley ». Rédigé dans la mauvaise conscience, l’enjeu est d’humaniser le développement technologique des Bois-Blancs : « L’important, ce sont les sciences et les relations humaines. Pas la technique pour la technique. » Le dossier croit ainsi répondre à nos critiques. Pseudo questions éthiques, conséquences environnementales, « dimension sociale », argent public, emplois, la mairie PS déploie sa rhétorique Benetton : des jeunes, des vieux, des issus de la diversité, des non-diplômés, des femmes, des Alzheimer sont utilisés comme paravents contre la critique.

Si le cœur des habitants de Bois-Blancs reste à gagner, celui des multinationales du numérique et des ministères est conquis. « Lille is French Tech » et Euratechnologies prend son envol. 2 500 salariés aujourd’hui, 7 500 d’ici 2018. Promoteurs et collectivités construisent de nouveau pour doubler la surface productive. L’ambiance y sera « studieuse et décontractée » déclare-t-on : café jazz, restaurants, salle de sport. Grâce à sa labellisation « French Tech » par l’État, Euratechnologies compte devenir l’incubateur de référence français sinon européen.

Plutôt que de longues tirades sur la dialectique, quelques photos suffisent parfois. Voici un photo-reportage de trois minutes monté par notre photographe Julien o2e. Sur les ruines d’une classe ouvrière déchue, une nouvelle utopie se dresse : http://vimeo.com/117043304

Retrouvez aussi notre reportage publié en novembre dans version papier : Les extraterrestres débarquent à Bois-Blancs

Bonne lecture.

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Ils sont cools, jeunes et insouciants. Débarqués du cyberespace en 2009, ils ont installé leur première colonie dans le vieux quartier industriel des Bois-Blancs, à Euratechnologies. Grâce à leurs soutiens auprès de riches représentants de la communauté terrienne, leur entreprise d’expansion se concrétise, empruntant des noms étranges : living lab, écoquartier, Euratechnopolys. Aidés des populations autochtones, nous avons saisi les aspects les plus immédiats de leur mode de vie exoplanétaire. Mais leur base avancée n’est que le début d’un impérialisme technologique qui dépassera, et dépasse déjà, les frontières physiques du quartier. Pour les bouter définitivement hors de nos vies, il faudra plus qu’une « lutte contre la gentrification ». Reportage.

La Guerre des MondesIls sont de plus en plus nombreux, attirés par un « parc d’activités » gigantesque installé dans l’ancienne filature Le Blan. Sur la carte du chômage régional, Lille est la seule ville à connaître un regain d’emplois. En cause : l’informatique.1 Rien qu’à « Euratech », 2 500 geeks regroupés dans 150 entreprises ont emménagé en cinq ans. Si la reconversion du quartier est souvent présentée comme l’une des « réussites » économiques et urbaines les plus significatives des trois mandats d’Aubry, elle est surtout l’aboutissement d’une dynamique lancée par Pierre Mauroy dans les années 1980. La réconciliation de la mairie socialiste avec la chambre de commerce, l’arrivée du TGV et Lille2004 ont créé un « ecosystème » propice aux nouvelles classes créatives et connectées. C’est d’ailleurs Pierre Mauroy qui, après une visite en 1999 de Sophia Antipolis, la plus importante technopole française près de Nice, lança le projet « Euratechnologies ».

Malgré le déclin de ces filatures qui faisaient la renommée du quartier, le « renouveau » de Bois-Blancs n’est pas une aubaine pour ses habitants, mais bien plutôt pour la Ville et ses investisseurs. « On a installé des gens pour faire du blé, du blé, du blé, et on oublie les autres avec le RSA », constate un habitant des Aviateurs, ces grands ensembles construits à la fin des années 1950. De chaque bord de la Deûle, frontière géographique et sociale du quartier, on se regarde en chien de faïence. Le pouvoir lillois n’a d’yeux que pour les grands noms de l’économie numérique, l’université Stanford en Californie ou les entreprises du programme « Euratech in China », alors que les habitants historiques sont réduits à l’état de classe surnuméraire et obsolète.

1La Voix du Nord, 23 septembre 2014. L’Observatoire des TIC n°19, 2013.

novembre 21st, 2014 by admin

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novembre 21st, 2014 by admin

Les promoteurs du post-humain – connecté, hybridé, sélectionné, augmenté – se réunissent à Paris les 20, 21 et 22 novembre prochains. « TransVision 2014 » est organisé par Technoprog, la branche française des transhumanistes, d’associations spécialisées dans l’acceptabilité des technosciences, le tout sous la houlette de Marie-Christine Lemardeley, adjointe à la maire de Paris.

« TransVision 2014 » marque la reconnaissance officielle du mouvement transhumaniste en France. Ce colloque s’accompagne d’un travail d’influence de longue date auprès des médias et des décideurs. Aujourd’hui 21 novembre 2014, c’est La Voix du Nord qui s’y met : « La science fera-t-elle de nous des surhommes ? » demande-t-elle aux premiers fabricants d’une race supérieure d’être humains, cyborgs et génétiquement augmentés. Ainsi, le transhumanisme ne serait plus un projet furieux limité à quelques illuminés de la Silicon Valley, mais une option à discuter. Dans cet appel, les chimpanzés du futur répondent qu’ils sont l’extrême droite de notre temps, un « nazisme en milieu scientifique »

 

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Frères humains, sœurs humaines,

Vous avez entendu parler du transhumanisme et des transhumanistes ; d’une mystérieuse menace, groupe fanatique, société de savants et d’industriels, discrète et puissante, dont les menées occultes et l’objectif affiché consistent à liquider l’espèce humaine pour lui substituer l’espèce supérieure, « augmentée », des hommes-machines. Une espèce résultant de l’eugénisme et de la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, des neurotechnologies et des immenses progrès de la science.

Vous avez entendu l’ultimatum, cynique et provocant, de ce chercheur en cybernétique : « Il y aura des gens implantés, hybridés, et ceux-ci domineront le monde. Les autres qui ne le seront pas, ne seront pas plus utiles que nos vaches actuelles gardées au pré.»1 Et encore, « Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. »2

Et vous vous êtes demandé s’il fallait prendre ces esbroufes au sérieux, ou s’il ne s’agissait que de science-fiction et de l’expression boursouflée de l’orgueil technocratique.

Hélas, le danger est véritable, et l’Humanité affronte une tentative d’extinction, fomentée par et pour une faction égoïste, implacable et toute-puissante, lasse de partager ce monde résiduel avec des masses de bouches inutiles et toujours plus nombreuses.

Comment en sommes-nous venus là, et que devons-nous faire ?

Au début, il y avait les poètes.

Rimbaud : « J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d’artiste et de conteur emportée ! »

Ducasse : « C’est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le quatrième chant. »

Puis les artistes futuristes, Français, Italiens, Soviétiques ; Marinetti, Maïakovski, Appolinaire et tant d’autres, chantres de la violence et de la vitesse ; clairons et rescapés de la Grande Guerre industrielle et mondiale, exaltèrent dans la technologie le vrai moyen de « changer la vie » et de « transformer le monde ». Ils firent la guerre aux vieilleries poétiques, au soleil et à la lune ; ils glorifièrent les aéronefs, les barrages, les moteurs, l’électricité, les Titanic, les Métropolis, les armées blindées, les stades gigantesques. Et les robots, les masses mécanisées.

Ils propagèrent les deux grands mouvements de l’époque : la technologie et le totalitarisme. Deux mouvements convergents. Deux aspects d’un même mouvement d’ingénieurs des hommes et des âmes, visant la fabrique de l’homme nouveau, de l’Übermensch nazi à l’Homme d’acier communiste en passant par toutes les variétés de surhommes et de Supermen, pour aboutir au cyborg ; à l’homme bionique des laboratoires transhumanistes, « hybridé » d’implants et d’interfaces.

Dès les années Trente, le national-révolutionnaire Ernst Jünger critiquait le racisme biologique et grossier des nationaux-socialistes, pour lui opposer l’avènement d’un nouveau type d’humanité : Le Travailleur – en tchèque, le robot.

Ces progressistes au plan technologique sont des régressistes au plan social et humain, des partisans de la pire régression sociale et humaine ; ce qu’en langage commun on nomme des réactionnaires. Le nazisme, le fascisme et le communisme n’ont succombé que face au surcroît de puissance technoscientifique des États-Unis. Mais l’essence du mouvement, la volonté de puissance technoscientifique, s’est réincarnée et amplifiée à travers de nouvelles enveloppes politiques. Le laboratoire est florissant d’où s’est enfuie la créature immonde. Dès 1945, Norbert Wiener mettait au point la cybernétique, la « machine à gouverner » et « l’usine automatisée », qu’IBM implante aujourd’hui sous le nom de « planète intelligente ». C’est-à-dire la fourmilière technologique ubiquitaire, avec ses rouages et ses connexions, ses insectes sociaux-mécaniques qui se nommaient eux-mêmes, jadis, des zoon politikon, des animaux politiques.

Pour les transhumanistes et les collabos de la machine, l’humain est l’erreur. L’humain est faible et faillible, l’humain est fini. L’humain leur fait honte. Ils aspirent à la perfection, au fonctionnement infaillible et à l’infinité du système technologique ; à se fondre dans cette totalité autonome.

Les transhumanistes trouvent des soutiens partout. Ils s’expriment dans les émissions de radio et dans les journaux de référence. « L’homme augmenté, c’est déjà demain », proclame l’hebdomadaire citoyen qui se réjouit du fait accompli (Politis, juillet 2013). « Un autre transhumanisme est possible », déclare l’Association française transhumaniste. On n’arrête pas le progrès et la gauche est pour le progrès. Être de gauche, c’est réclamer le droit et les moyens de l’hybridation homme-machine pour toussétoutes ; d’un service public de l’eugénisme, nouvelle branche de la sécurité sociale.

Cependant, nous les chimpanzés du futur, nous n’avons pas perdu, et la machine n’a pas gagné.

L’Humain reste une bataille en cours tant qu’il ne s’abandonne pas, et il ne s’abandonne pas tant qu’il pense les choses et les dit avec des mots. Nommer une chose, c’est former une idée, et les idées ont des conséquences inévitables. Nous devons garder les mots et nommer les choses du mot juste. Nous devons former des idées avec leurs conséquences inévitables.

Les transhumanistes n’ont qu’une idée : la technologie.

Nous, chimpanzés du futur, n’avons qu’une technologie : les idées.

Cependant les idées sont plus actives, plus rapides, plus performantes que n’importe quelle technologie ; plus véloces et puissantes qu’Internet et l’électricité.

Nous disons : le transhumanisme est un nazisme en milieu scientifique. C’est ce techno-totalitarisme, ce « fascisme » de notre temps que nous combattons, nous, animaux politiques. Et nous vous appelons à l’aide.

Sauvons les mots.

Brisons les machines.

Pièces et main d’œuvre, Grenoble, le 5 novembre 2014

1cf. Magazine Au fait. Mai 2014

2Libération, 12/05/02