juin 3rd, 2014 at 17 h 47 min by admin

Quand vous êtes socialiste au gouvernement, que vous signez un pacte de responsabilité, un Accord national Interprofessionnel ou que vous envoyez la troupe en Centrafrique, que vous reste-t-il pour être de gauche ? Les « questions sociétales » : mariage pour tous, euthanasie, cannabis. Avec La reproduction artificielle de l’humain, Alexis Escudero montre comment la Procréation médicalement assistée (PMA) et la Gestation pour autrui (GPA) sont plus qu’une manœuvre de diversion. Elles sont tout à la fois une réponse à l’infertilité causée par le développement industriel, un nouveau marché, et l’entrée dans la compétition mondiale de transhumains génétiquement sélectionnés. Dépassé, Le Meilleur des mondes d’Huxley, rendez-vous sur le site de Cryos International et sélectionnez la race, la couleur de cheveux, la taille ou le poids de votre progéniture. D’autres banques de sperme vous permettent de choisir le niveau d’études, le quotient intellectuel, la couleur de peau ou le type d’emploi du donneur.(1) Après fécondation, seul le meilleur embryon sera implanté.

Aujourd’hui 2% des enfants qui naissent dans les pays industrialisés sont issus de la Fécondation in vitro. Depuis le premier bébé éprouvette (1982 en France), ce qui passait pour de l’eugénisme est devenu synonyme de progrès social.(2) Que s’est-il passé ?

Voici, ci-dessous, les deux premiers chapitres, introduits par Pièces et main d’œuvre. Les autres arrivent bientôt.

1. www.dk-fr.cryosinternational.com ou encore http://www.londonspermbankdonors.com

2. « Dans les années 70/80, c’était très politiquement incorrect. Pendant longtemps je me suis fait traiter de nazi », reconnaît un généticien dans le documentaire Contrôler le génome : http://www.youtube.com/watch?v=oM_DkcAVlCQ

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I. De la stérilité pour tous et toutes !

Nous entamons avec cette livraison une série sur La reproduction artificielle de l’humain (alias PMA-GPA) à l’ère technologique. Celle-ci n’est pas le dernier cri de l’émancipation ni de l’égalité, mais l’ultime reddition à l’appropriation du vivant et à l’aliénation technologique. Le capitalisme, dans son expansion perpétuelle, s’empare de tout ce qui était libre, gratuit, commun, des biens matériels comme des savoir-faire, les détruit et nous les revend sous forme marchande, synthétique et altérée. Cette forme technologique, à la fois complexe, coûteuse et souvent dangereuse, garantit la pérennité de la dépossession : il n’y aura pas de retour en arrière (à supposer que les communautés et les individus puissent recouvrer la propriété de tout ce qu’on leur a volé).

Il était fatal qu’après s’être emparé de la sphère de la production (l’eau, la terre, les matières premières, le travail humain, etc), le techno-capitalisme s’attaque à la reproduction. Il faut pour cela que soit détruite cette faculté scandaleuse dont jouissaient les humains de se reproduire par leurs propres moyens – et même, quelquefois avec plaisir. Cette première livraison (outre l’avant-propos) est donc consacrée à la destruction des capacités de reproduction humaine par l’industrie chimique, et aux progrès foudroyants de la stérilité.

L’auteur, Alexis Escudero, participe depuis plusieurs années au mouvement de critique des technologies. Peut-être est-il de la dernière génération d’enfants nés, et non pas produits.

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Intro_et_chap-1-2.pdf

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II. Au Bazar du Beau Bébé

Nous poursuivons avec cette livraison notre série sur La Reproduction artificielle de l’humain à l’ère technologique. Le premier épisode, La Stérilité pour tous et toutes !, montrait comment – conformément au principe de la destruction créatrice (Schumpeter) – le capitalisme et l’industrie chimique détruisaient les facultés humaines de reproduction, gratuites et naturelles, avant d’y substituer des solutions marchandes et technologiques : c’est la politique de la terre brûlée. Rien de surprenant puisque la survie du capitalisme est liée à sa capacité à faire argent de tout ; et que cette capacité de marchandisation totale coïncide avec une volonté de toute-puissance, de maîtrise totale du monde matériel comme des sociétés qui s’y cultivent. D’où l’essor d’une économie et d’une industrie du produit enfant (PMA/GPA), aux règles on ne peut plus ordinaires. Vous choisissez sur catalogue, vous commandez, vous payez, vous êtes livré. Parce que tel est votre bon plaisir et que vous le valez bien. Ni plus ni moins que pour un veau acheté en batterie, ou des crèmes de beauté sur Internet.

C’est cette économie – ces usines à bébés – que nous fait ici visiter Alexis Escudero. Combien ça coûte ? Combien ça rapporte ? A qui ? Comment ça se passe ? Où ça se passe ? Etc. On verra parmi d’autres merveilles que loin de se limiter aux individus stériles, le marché compte de plus en plus de clients fertiles, mais désireux de designer au mieux leur progéniture. C’est que la Reproduction artificielle de l’humain (RAH), restaure à un point inédit dans l’histoire, le droit des parents (et de leurs fournisseurs), à disposer de leurs enfants.

On verra que les plus agressifs promoteurs de cette artificialisation et marchandisation de l’enfant viennent de cette gauche sociétale-libérale, sinon libertarienne, qui n’a plus d’autre projet de société qu’un cannibalisme high tech et – bien sûr – éthique, équitable, innovant, égalitaire, etc. Le magazine Books de mai 2014 qui consacre un dossier au sujet, demande en couverture :  » L’argent peut-il tout acheter ? » Et vous, qu’en pensez-vous ?

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/Chapitre_2_RAH.pdf

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