septembre 23rd, 2013 by admin

Samedi 12 octobre 2013 à 16h

Librairie L’Insoumise

10 rue d’Arras à Lille

Depuis le 6 juin 2013, pour ceux qui avaient déjà oublié le programme « Echelon », Edward Snowden, un déserteur de la NSA (National Security Agency), nous a rappelé la surveillance universelle de nos communications électroniques et téléphoniques pratiquée par les services de renseignement américains. Si le gouvernement français ne s’est pas ému de cet espionnage, c’est que les services de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) en font de même sur le territoire français1. Face aux « menaces terroristes » qui se cachent dans la société comme une « aiguille dans une botte de foin », il est nécessaire de scanner toute la botte de foin (Obama).

Loin d’être une « dérive » sécuritaire, ces activités d’espionnage sont dans le projet cybernétique comme le poussin est en germe dans l’œuf. Cette affaire met en lumière une fois de plus la reddition de notre vie privée et de notre libre-arbitre entre les mailles du filet électronique. Tous, nous le savons, même si la plupart d’entre nous ne veulent pas le savoir. Tellement il est fun et pratique de surfer sur la toile.

Il n’y a rien à attendre d’un encadrement technico-légal du net, que ce soit par des hackers, cryptologues ou militants de l’encadrement juridique de l’information, sinon des illusions consolantes. La question va bien au delà de l’espionnage de la vie privée et des libertés individuelles. D’une part, la tyrannie informatique s’étend à tous les domaines (école, hôpitaux, maisons de retraite, prisons, transports, etc). D’autre part, il ne s’agit plus seulement de contrôle et de surveillance, mais de contrainte : par le macro-pilotage social grâce aux RFID et à l’Internet des objets que relaie le micro-pilotage des individus. Où l’on voit que le « fascisme » de notre temps ne s’annonce plus par un claquement de bottes mais dans le ronronnement des « machines à gouverner »2.

1. Le Monde, 5 juillet 2013.

2. « Vers la machine à gouverner », Le Monde, 28 décembre 1948.

septembre 15th, 2013 by admin

La « Nouvelle France Industrielle » : c’est avec trois majuscules et le concours du robot Nao que François Hollande et son ministre Arnaud Montebourg ont présenté le 12 septembre 2013 leurs « 34 plans de reconquête pour dessiner la France industrielle de demain ». Objectif : « hisser au meilleur niveau de la compétition mondiale ses filières les plus prometteuses. Et réinventer son récit industriel. » C’est-à-dire « construire une offre industrielle nouvelle, compétitive, capable de regagner les marchés perdus et d’en gagner de nouveaux » et créer ou préserver 480 000 emplois (voir www.gouvernement.fr)

La liste des secteurs retenus se lit comme un inventaire de la technopole grenobloise : big data, cloud computing, objets connectés, réalité augmentée, logiciels et systèmes embarqués, services sans contact, hôpital numérique, E-éducation, cybersécurité, nanoélectronique, textiles techniques et intelligents, robotique, TGV du futur, supercalculateurs, innovation dans l’agroalimentaire, véhicule à pilotage automatique, réseaux électriques intelligents, énergies renouvelables, dispositifs médicaux innovants, biotechnologies médicales, chimie verte et biocarburants, usine du futur, qualité de l’eau et gestion de la rareté, recyclage et matériaux verts, etc.

L’industrieuse Fioraso, ministre grenobloise de la Recherche, ne peut que se réjouir de ces choix. Ceux-ci obéissent au mot près aux volontés du techno-gratin dauphinois, dictées par Jean Therme, le patron du CEA-Grenoble, celui qui fait tant « courir » les élus, selon cette même Fioraso. En tout cas il la fait courir, elle.

C’est comme d’habitude, ailleurs comme à Grenoble : la compétitivité, la course à la croissance et à l’emploi imposent l’accélération technologique qui bouleverse et ravage le monde et nos vies depuis la première révolution industrielle.

Fuite en avant stupide. Que fabriquent les objets connectés, les services sans contact, l’hôpital et l’école numériques, les robots, les réseaux électriques intelligents, l’usine du futur, sinon un monde sans humains ? Au temps pour les emplois « préservés et créés ». Rien que Linky, le « compteur électrique intelligent », supprimera 6000 postes de releveurs. La maîtresse robot et son tableau numérique interactif, les capteurs intelligents pour la surveillance des personnes âgées, les bornes digitales pour formalités administratives dématérialisées, détruiront des milliers d’emplois, y compris dans les secteurs réputés pourvoyeurs de travail, dans le service à la personne, la santé ou l’éducation. On appelle ça des gains de productivité, et c’est bon pour la croissance. Quant à ceux qui de gré ou de force acceptent d’être mis en concurrence avec des robots, ils doivent de gré ou de force accepter les conditions d’existence de robots.

Ce monde sans humains dont Montebourg et Hollande accélèrent l’avènement, c’est la « planète intelligente », le programme d’IBM, dont le travail d’influence aboutit une fois de plus à la révolution de nos vies sans aucune délibération politique. « Le monde entier devient plus intelligent parce que nous voulons qu’il en soit ainsi », déclarait le patron d’IBM en 2008. Ce qu’IBM veut, l’Etat le fait. Qu’on se reporte au projet de la « planète intelligente », de ce monde « instrumenté, interconnecté, intelligent » déjà détaillé (1) , et l’on découvrira l’original des « 34 plans » pour l’industrie française. La technologie, c’est de la politique.

Le parti industriel recrute de droite à gauche. Des patrons aux ouvriers en passant par les ingénieurs, techniciens et cadres (ITC). La « Nouvelle France Industrielle » a été saluée par le Medef comme par la CFDT. « Ces plans vont contribuer à répondre aux défis de la transition écologique, des besoins de la société, et de l’excellence technologique », selon Patrick Pierron, membre de la direction de la CFDT (2). Le seul reproche de la CGT portera sur la faiblesse des promesses d’emplois. On n’a jamais vu son délégué chez PSA Aulnay, candidat de Lutte ouvrière aux législatives, se battre pour autre chose que plus d’emplois et de bagnoles. Idem à L’Humanité : « le compte n’y est pas. Le projet présenté dans « la nouvelle France industrielle » compte sur un potentiel maximal de 480 000 créations d’emplois sur 10 ans, alors que le ministre relève que les 10 dernières années ont vu 750 000 suppressions d’emplois bien concrètes dans l’industrie. » (3) Toute la gauche milite pour la réindustrialisation et propose ses plans. Le mensuel Alternatives économiques, dans un hors-série intitulé « Comment sauver l’industrie ? » (4), explique comment tirer profit de la « troisième révolution industrielle » – celle du numérique.Le Monde diplomatique vante « L’industrie, socle de la puissance », et glorifie « les technologies vertes, les énergies décarbonées et la capture et le stockage du CO2, les biotechnologies et les sciences du vivant, la chimie du végétal, les nouveaux matériaux, les nanotechnologies, les sciences cognitives et les nouvelles technologies informatiques. Autant de pistes pour une nouvelle révolution productive. » (5)

Si Mélenchon beugle sur son blog, c’est pour dénoncer l’insuffisance de l’objectif en nombre d’emplois, la mainmise de la finance sur l’industrie et le recul de l’Etat. Comme il dit, « le talent et le dévouement des ingénieurs, techniciens et ouvriers français n’est pas en cause. Heureusement qu’ils sont là ». Et de s’enflammer pour « la fusée Ariane, le TGV, Airbus, les satellites et combien d’autres merveilles technologiques dont la France n’a pu se doter que grâce à son Etat. » Que ce défenseur de l’industrie de gauche se rassure. L’Etat finance les nouvelles « merveilles technologiques ». Ne vient-il pas de donner 600 millions d’euros à « Nano 2017 », le nouveau programme de R&D des nanotechnologies de STMicroelectronics à Crolles ? Ne vient-il pas d’offrir 5,2 millions d’euros à Global Bioenergies, la start up de Philippe Marlière, pour qu’elle développe ses bactéries synthétiques à l’ADN artificiel, et dévore biomasse, ressources alimentaires et sols fertiles pour faire rouler la bagnole du futur aux nécrocarburants (6) ? Et ce n’est qu’un début, puisque la biologie synthétique est naturellement au programme de la « Nouvelle France Industrielle ».

D’un bout à l’autre de l’éventail politique, nul ne s’émeut du contenu de ces plans techno-industriels. L’essentiel étant de gagner des points de PIB et d’hypothétiques emplois, peu importe qu’on creuse des trous le jour pour les boucher la nuit ou qu’on enferme une population entière dans un filet électronique, augmenté et intelligent en lui fourguant de gré ou de force des « objets connectés » et des « services sans contact ». Non seulement on ne vit pas pour une courbe de croissance, mais nous pourrions bien en crever.

Courant sans fin après l’augmentation d’un pourcentage (la croissance de la croissance), la technocrature impose l’objectif d’une accélération exponentielle des cycles de production et de consommation, des volumes de matière consumés et transformés en déchets ultimes (polluants et contaminants), et des destructions de ressources et d’espaces naturels. Plus égale mieux. Où l’on voit que le dieu Progrès et la fée Technologie ne sont que les figures sécularisées de la religion. La vraie religion de notre époque.

***

Les Trente Glorieuses fleurirent sur les ruines de la deuxième guerre mondiale. Rien de tel qu’un appareil productif à reconstruire pour stimuler le taux de croissance. C’est une bonne guerre qu’il nous faut, avons-nous dit (7). Heureusement, inaperçue parce que trop évidente, elle a lieu, cette guerre. Ses destructions dépassent en magnitude tout ce qu’ont pu accomplir les deux guerres mondiales, qui n’étaient en fait que des épisodes de celle-ci. Cent cinquante ans de révolution industrielle permanente ont ruiné cette Terre, épuisé les minerais, détruit les sols, empoisonné l’eau et l’air, exterminé nombre d’espèces, bouleversé le climat, enfermé dans la technosphère une humanité hors-sol. Et toutes ces prouesses techno-scientifiques pour poser en fin de compte à une population planétaire décuplée la question de son alimentation et de sa survie. Quel progrès.

Mais qu’importe. Ces destructions de la guerre au vivant favorisent déjà l’essor du capitalisme vert, du Green New Deal, des éco-technologies – de l’enfer Vert (8). La voilà, leur « troisième révolution industrielle ». Celle qui permettra l’optimisation – le rationnement – des ressources grâce aux « objets connectés », aux « réseaux électriques intelligents », aux « services sans contact » – sans oublier le plan « Qualité de l’eau et gestion de la rareté ». La police des populations à l’ère technologique.

Le fascisme qui vient, c’est celui-là. « Les limites nécessaires à la préservation de la vie seront calculées et planifiées centralement par des ingénieurs écologistes, et la production programmée d’un milieu de vie optimal sera confiée à des institutions centralisées et à des techniques lourdes. C’est l’option technofasciste sur la voie de laquelle nous sommes déjà plus qu’à moitié engagés. » (André Gorz, Ecologie et liberté, 1977)

Pièces et main d’œuvre, le 14 septembre 2013.

- (1) Cf « IBM et la société de contrainte », in L’industrie de la contrainte, Pièces et main d’œuvre (éditions l’Echappée). Voir aussi le site de propagande de la « planète intelligente », hébergé par Le Monde : http://lesclesdedemain.lemonde.fr/
- (2) lentreprise.com, 12/09/13
- (3) humanite.fr, 12/09/13
- (4) 3e trimestre 2012
- (5) mars 2012
- (6) Cf « Les nouvelles manipes de la biologie synthétique »
- (7) Cf « C’est une bonne guerre qu’il nous faut »
- (8) Cf L’Enfer Vert, un projet pavé de bonnes intentions, par TomJo (éditions l’Echappée)

Le texte en pdf : NFI-2

septembre 4th, 2013 by admin

11 septembre 2013, 19 h

RENCONTRE ET DISCUSSION AUTOUR DE LA CATASTROPHE DE FUKUSHIMA

(Librairie L’Harmattan – 35, rue Basse – Lille)

Avec Nadine et Thierry Ribault, auteurs des Sanctuaires de l’abîme : chronique du désastre de Fukushima, éd. de l’Encyclopédie des Nuisances, 2012

Quiconque n’a pas l’esprit englouti par « la rentrée » peut déduire des nouvelles succinctes données par les médias français ce simple fait : la catastrophe nucléaire de Fukushima, débutée en mars 2011, se poursuit et s’amplifie même de jour en jour, ne serait-ce que par la contamination croissante de la mer. Qu’on ne s’y trompe pas, le problème n’est pas « médiatique » : les nouvelles seraient-elles moins succinctes et dûment twittées sur les « réseaux sociaux » que l’indifférence n’en serait pas ébranlée. Car c’est moins « l’information » qui fait défaut que la curiosité combative qui, rencontrant l’information, peut seule ruiner les mensonges.

Parler de la catastrophe japonaise, c’est aussi parler de la France : avec ses 58 réacteurs nucléaires plus ou moins vieillissants et ses sites atomiques « à risque » bien répartis sur le territoire, la France se trouve exposée, partout et à chaque seconde, non seulement aux pollutions que suppose le fonctionnement « ordinaire » de l’industrie nucléaire, mais aussi à des désastres semblables à ceux de Kychtym, Three Mile Island, Tchernobyl ou, dans des proportions encore jamais atteintes, Fukushima.

Nadine et Thierry Ribault, qui partagent leur vie entre le Japon et la France, viennent nous présenter leur livre. Leur « chronique du désastre », datant de 2012, sera bien sûr actualisée ; au-delà des impasses techniques et des contaminations qui en résultent, elle pourra mettre l’accent sur les caps franchis par la propagande et la « gestion » des populations locales. Elle sera nourrie d’éléments historiques, économiques et socioculturels peu ou mal connus. Elle se poursuivra par une discussion libre où pourrait notamment être abordée la nature de la contestation antinucléaire au Japon et de son homologue en France.