décembre 25th, 2012 at 23 h 49 min by admin

« J’ai voulu démystifier ceux qu’on appelle les  »héros du sous-sol ». Quelle invraisemblance !

Il est difficile d’être un héros en consentant au sort d’esclave »

Constant Malva, poète et mineur

Ma nuit au jour le jour, 1938

Morts à cent pour cent

Un film de Jean Lefaux et Agnès Guérin, 1980

Le poète surréaliste Constant Malva est descendu la première fois à la mine en 1919 à l’âge de seize ans. Il s’en extirpe définitivement en 1940. C’était une « question de vie ou de mort ». Aujourd’hui l’UNESO vient de jeter son dévolu sur le bassin minier du Pas de Calais, entretenant une mémoire folklorisée à la gloire du travail. Au même moment, Le Louvre installe une antenne à Lens. « Ainsi, les mineurs qui remontaient chaque jour vers la lumière obtiennent justice. Et quelle justice ! » assénait Percheron, président du Conseil régional : le salaire d’années d’exploitation et de propagande travailliste qui ne fera pas revenir les morts de la silicose. Le film Morts à cent pour cent vient d’être retrouvé. Oublié pendant des années par les Houillères comme par les pseudo-représentants de la classe ouvrière, il est indispensable à regarder aujourd’hui avant d’en appeler à la réindustrialisation. Nos vies valent plus que nos emplois, les mineurs interviewés en témoignent plusieurs fois : si c’était à refaire, ils ne le referaient pas.

Pourtant, le ministre communiste Maurice Thorez faisait son possible pour relayer la propagande de la Reconstruction, tissant l’image de l’ouvrier-soldat : « Des gens magnifiques. Un beau métier, un métier terrible. Du combattant ils n’empruntent pas seulement la posture, ils en possèdent la ténacité, le courage, l’esprit d’équipe, l’entraide [...]Le travail est non seulement une nécessité mais encore une joie. Le vieux mineur regrette la mine et voudrait y retourner. Le travail n’est pas une punition pour ceux qui l’ont dans le sang. » Au sortir de la guerre, 35 000 prisonniers étaient réquisitionnés pour relancer la production.

À la propagande du gouvernement, dans ce film de 1980, un mineur à la retraite répond :

« Un mineur, y’a tout donné din sa vie. Y’a donné pendant la guerre, parfois d’être prisonnier. Pour les 100 000 tonnes [de charbon à remonter après-guerre], c’était rebelotte, à r’donner, à r’donner. Ché bô d’êt’ courageux, maintenant on s’interroge quoi. On a donné trop à la vie, on l’paye.On l’paye même très cher ».

Et un autre de témoigner, avant de lire son poème :

« J’ai été deux trois fois dans l’midi. Ch’est impensable l’différence d’vie qui peut exister entre les gens qui sont au soleil avec des richesse formidables pis un mineur qui a tant donné. Parce que j’connais pas d’mineurs qui ont fait fortune. On meurt tous. Y’en a bien qu’avec l’silicose qu’ils ont deux trois millions de côté ou bien quatre, mais ch’est rien du tout pour avoir donné tout s’vie à fournir, fournir, fournir… Et pis voir, j’sais pas din l’midi chés richesses-là, parce que la terre elle est belle, la vie elle est belle, mais les hommes ch’est des loups. La vie elle sera obligée d’êt’ repensée… Maintenant on a le temps de penser parce que avant quand on travaillait, on était comme des bêtes, ch’étôt s’musette, minger à midi. À midi et demi, une heure moins l’quart, l’cour elle sonnait, on s’en allait. Des fois j’étais d’après-midi. L’été, plein soleil, il faisait bon et tout, on allait jeter huit, dix heures d’soleil et de bon temps in d’sous de l’terre. Et cha, cha a duré des années, des années. Y’a pas eu de vie. On l’a bradé sa vie ».

Le film, vous pouvez le voir ici : http://www.dailymotion.com/video/xthqrj_morts-a-100-documentaire-de-jean-lefaux-1980_news#.UNom_3dbv7E

Vous trouverez une récente chronique du film là : http://citylightscinema.wordpress.com/2012/09/19/morts-a-cent-pour-cent-jean-lefauxagnes-guerin-1980/

Hors-sol

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