avril 14th, 2012 by admin

Tomjo présentera L’Enfer Vert le 20 avril au Café luddite de Grenoble. Et ce qui vaut pour les Verts, vaut pour l’horrible alliance du Rouge et du Vert, de la « planification écologique » au Green Gosplan mélenchonnesque.

Vendredi 20 avril 2012 à 20h

A la librairie les Bas-Côtés (59 rue Nicolas Chorier – 38000 Grenoble)

A Grenoble, Lille ou Nantes, les écotechs Verts se présentent – à juste titre – comme les meilleurs gestionnaires du système, les plus compétents, les plus experts candidats à la direction de ce Green New Deal qu’ils revendiquent. Bref, la meilleure et peut-être l’ultime chance d’un capitalisme reverdi. Depuis les dernières élections régionales et grâce à la mise en place d’une machine électorale enfin rôdée aux manigances politico-financières, leur bureaucratie ne ne tient plus en vue des postes ministériels, administratifs, de sénateurs ou de députés, si longtemps convoités. A Lille, ils instaurent la gestion de la vie quotidienne par puces RFID, au Conseil régional Rhône-Alpes, ils ont soutenu le projet de TGV Lyon-Turin. Il n’est pas jusqu’à la catastrophe de Fukushima qui ne serve leurs appétits, lorsque dans leurs négociations avec la sociale-technocratie du PS, ils bradent la fermeture des centrales nucléaires contre un supplément de députés.

On vous parle donc de partout, du techno-monde unifié par l’économie. Il s’agit d’une dictature technique au nom de l’urgence écologique. Laquelle utilise l’effondrement de la société, du lien social jusqu’à la biodiversité, pour justifier son emprise totale. Elle n’est pas le fait d’une droite dure. Néolibérale. Non, ils sont du bon côté du manche. Ils ont leur conscience pour eux. Ils œuvrent pour sauver la planète et en plus ils ont tout bon : ils écoutent de la musique de jeunes, ils ne sont pas contre un petit joint, ils promeuvent la diversité et la parité, ils ont des vélos à 400 euros et ne mettent pas de cravate. Ce sont des ambitieux, taillés pour la gestion des affaires, qui n’ont quasiment jamais milité ailleurs que dans les bureaux de la technocratie. Ils sont les meilleurs gestionnaires dont le techno-capitalisme a besoin pour survivre à ses propres méfaits, pour renouveler ses marchandises et son discours. Ils sont peut-être sa dernière chance. Ils sont l’avant-garde du système qui commence d’ailleurs à le comprendre. Aujourd’hui, aux présidentielles et ailleurs, ils sont l’ennemi immédiat, nos meilleurs ennemis en ce qu’ils sont les pires ennemis de nos libertés, de notre autonomie, et finalement de la nature. Les Verts sont devenus les co-gestionnaires d’un désastre qu’ils souhaitent le plus durable possible. Leur néo- collectivisme a cela de dangereux : il se veut le gouvernement total des « humains », des « non humains », et de leurs « interactions ». Ils réifient le « cosmos » pour mieux le « sauver ». Leur seule ambition « politique » n’est que d’opposer une technique (par exemple la voiture) à une autre (par exemple le métro).

Les causes des nuisances, le système de production et d’aménagement industriel, autoritaire et centralisé, si elles peuvent parfois être questionnées, ne sont là que pour cautionner leur technolâtrie. Les questions essentielles, et réellement politiques celles-là, de nos besoins matériels et, finalement, de la vie que nous voulons, ont disparu des discours écologistes, si elles y avaient jamais figuré.

À Lille déjà, le service de collecte des ordures ménagères fouille les poubelles des habitants pour mettre à l’amende les mauvais trieurs, identifiés par leurs déchets. Demain, ce sont nos résidus d’existence que les éco-technocrates vont inspecter, trier et valoriser pour nous plier au Nouvel Ordre Vert.

avril 7th, 2012 by admin

Ne parlez jamais de carte RFID dans les universités lilloises, vous briseriez un tabou. Dites plutôt « Carte multiservices » (CMS). Dorénavant obligatoire sur les campus, cette carte facilitera le travail de l’administration en lui permettant de « tracer » les comportements des étudiants, des enseignants et des agents de l’université. Pour la vie toujours plus « efficace », « mobile » et « sécurisée » que l’on entend nous faire vivre, le contrôle à la source est requis.

Président de l’Université Lille Nord de France, vice-présidents des six universités nordistes, personnels administratifs, élus du Conseil régional, directrice du CROUS, journalistes de La Voix du Nord, tous ont gardé un silence pudique sur cette CMS qui s’est imposée sans coup férir à la rentrée universitaire 2011, devançant ainsi de quelques mois la carte d’identité électronique votée dernièrement par l’Assemblée nationale.

Jusqu’alors, il existait une carte d’étudiant, une carte pour manger, une autre pour entrer dans les résidences universitaires, et une dernière pour emprunter des livres. Désormais, grâce au million d’euros investi par les universités, la Région et l’Europe, une seule carte « sans contact » remplira ces fonctions et centralisera les informations dans un fichier des faits et gestes des utilisateurs de la faculté. Pour pénétrer dans les bâtiments des six universités et dans certaines salles, les étudiants, enseignants et personnels administratifs devront décliner leur identité à l’aide de leur « carte multiservices » nominative. La machine leur signifiera d’un bip qu’ils sont autorisés à entrer. Sans délai, l’information sera remontée, collectée et stockée dans un serveur central pour contrôle. À toutes fins utiles. Pour emprunter un livre à la bibliothèque ou accéder à ses « ressources documentaires numériques », les utilisateurs devront s’identifier. Sans délai, l’information sera remontée, collectée et stockée dans la même banque de données. À toutes fins utiles. Les utilisateurs du CROUS qui voudront manger au resto U, accéder à leur résidence universitaire ou à celle de leurs amis devront également s’identifier. Idem pour le vote électronique aux élections universitaires, l’inscription à l’université, l’impression de documents, l’émargement aux cours et examens, et pour tout ce que l’administration jugera utile de contrôler.

Il faut une certaine persévérance pour découvrir les caractéristiques techniques de cette CMS : la technologie retenue, développée par Phillips, se nomme Mifare, et a été vendue par la société WIT. C’est la puce RFID la plus utilisée au monde. Elle comporte l’identifiant du porteur pour vérification auprès d’une base de données centrale, actualisée tous les jours pour les autorisations d’accès. Cette puce est en outre « réinscriptible ». Elle enregistre et conserve un certain nombre d’informations, comme le vote électronique.

Exemple : le jeudi 12 avril 2012, M. Untel, étudiant n°1984, est entré dans le bâtiment SH2 à 9h47 (une demi-heure avant le début de son cours) puis s’est fait interdire l’entrée de la salle informatique à 11h52. À 12h30, il a payé son menu au restaurant universitaire. À 14h08, il a emprunté le livre RFID, police totale et le film Brazil. Puis, à 14h55, il est entré avec Mlle Unetelle, n°4012, dans le bâtiment M2 (une assemblée générale étudiante était prévue à 15h). Plus de nouvelles de l’étudiant n°1984 de toute l’après-midi, alors qu’il était censé assister à quelques cours. La CMS révèle que son assiduité laisse autant à désirer que son sens civique (il n’a pas voté aux dernières élections du Conseil d’administration de l’Université). Il faudra songer à « renégocier » sa bourse. À 23h01, le suspect n°1984 entre dans la résidence universitaire Bachelard, alors qu’il n’y est pas résident. Avec qui dort-il ?

L’offensive n’est pas nouvelle. En 2008, Henri Isaac, universitaire à Paris Dauphine et rédacteur du rapport « Université numérique » remis à la ministre Valérie Pécresse, ne cachait pas ses inquiétudes : « Alors même que la maîtrise des technologies de l’information et de la communication apparaît de plus en plus comme un élément de compétitivité d’une nation, ce retard dans la numérisation des formations supérieures risque d’obérer le développement de la France dans les années à venir ». Il préconisait notamment de « favoriser l’essor de l’Enseignement à Distance (E.A.D.) », d’améliorer « la démocratie étudiante grâce au vote électronique » et de « généraliser la carte étudiant électronique multi-services pour faciliter la vie étudiante ». Il invitait en outre les universités à « coupler » cette carte avec les cartes de transport en commun ; ce que la région Nord-Pas de Calais, toujours à l’avant-garde de l’aliénation technologique et déjà dotée de la carte de transport RFID « PassPass », ne sera pas la dernière à faire.

La « nécessité » paraissant partout admise, on ne s’étonnera pas qu’une « Alliance pour le développement des transactions électroniques pour l’amélioration de la vie des citoyens et la gestion des collectivités locales » (sic), ait clairement annoncé que son « amélioration de la vie » se passerait de l’assentiment des « citoyens », étudiants ou non : « À l’exemple de la mairie de Paris qui a su imposer l’utilisation de NAVIGO pour le VELIB, il n’est pas nécessairement efficace de demander des accords préalables à toutes les parties concernées, mais plutôt de créer un cercle vertueux auquel aucune ne pourra échapper ». (Livre blanc des Universités pour des cartes multiservices RFID, 2010).

En application du Plan Campus de Mme Pécresse, les bibliothèques universitaires de Lille 1 et Lille 3 vont prochainement devenir des Learning Centers, centres d’apprentissage de la servitude numérique impliquant puçage des livres, numérisation des œuvres, automatisation des services, et in fine, mécanisation des êtres humains. Ce ne sont évidemment pas les chercheurs de Lille 1, de l’Institut national de recherche en informatique et automatique, de Polytech’Lille ou de l’Institut d’électronique, microélectronique et nanotechnologies qui s’en plaindront : c’est là l’environnement qui leur sied et tout leur fonds de commerce. Si ceux-ci construisent la machine, d’autres en graissent les rouages : on pense aux étudiants et chercheurs des filières moins « durement » scientifiques, où l’on se préoccupe de la « cohésion sociale » d’une société dont les béquilles technologiques n’en finissent plus de nous atomiser et de nous déshumaniser. S’en trouve-t-il pour se demander dans quelle mesure leurs travaux ne contribuent pas à conforter l’organisation sociale qu’ils s’aventurent parfois à contester ? S’en trouve-t-il pour refuser de soumettre leurs activités aux impératifs industriels régionaux tels que présentés dans le « Projet stratégique » de Lille 1 ? S’en trouve-t-il pour imaginer un au-delà de l’appareil productif et administratif existant, auquel des recherches et des enseignements plus émancipateurs pourraient, qui sait, nous mener ?

Commençons par nous poser collectivement de telles questions, celles-ci et beaucoup d’autres. Nous trouverons des réponses, à la « carte multiservices » comme au reste.

Des quelconques, le 7 avril 2012

Le texte en format pdf : De la traçabilité en milieu étudiant

Le communiqué de Lille Nord de France : communiqué

Rapport « Université numérique » : universite numerique

Contribution au Livre blanc : Contribution Livre Blanc Cartes Univ

« Projet stratégique » de Lille 1 : Projet Etablissement 2010-2013

La Voix du Nord, le 7 juillet 2011 : http://hors-sol.herbesfolles.org/2011/07/28/carte-rfid-obligatoire-dans-les-facs-lilloises/

avril 2nd, 2012 by admin

Depuis plus d’une une trentaine d’années, un phénomène marque de son empreinte une partie du paysage urbain des pays capitalistes développés : le passage à une civilisation qualifiée de « postindustrielle ».

Après avoir dévasté des centaines de milliers d’hectares de la surface terrestre et épuisé des millions de travailleurs, l’industrialisation a peu à peu fait place à la « tertiarisation » de l’économie, laissant à l’abandon les bâtiments et les installations correspondant à une phase antérieure de l’accumulation du capital. Désertifiés, les territoires où ils étaient implantés sont devenus des zones sinistrées où seuls survivent parfois les occupants paupérisés d’un habitat ouvrier menaçant ruine, rejoints par des squatters qui ne pouvaient se loger ailleurs.

Mais il est évident que ce que l’on n’avait pas tardé à qualifier de « friches industrielles » ou «urbaines » ne pouvait rester éternellement en l’état. Plutôt que de chercher des terrains à bâtir de plus en plus éloignés du cœur des agglomérations, pourquoi ne pas réutiliser des sites ? Souvent bien placés compte tenu de l’étalement urbain, laissés vacants par la désindustrialisation, pourquoi ne pas les recycler pour de nouveaux usages tout aussi profitables que l’activité des usines que l’on y avait édifiées à une période où la majeure partie du profit était extraite du travail ouvrier ?

Comme n’importe quelle marchandise, l’espace urbanisé est un produit. Or, en régime capitaliste, toute production est d’abord production de plus-value. Promoteurs, investisseurs, aménageurs, élus locaux n’ont pas tardé à s’aviser que les fameuses friches, longtemps dédaignées car jugées un peu vite inutilisables, étaient en fait des endroits idoines pour y faire du blé. Restait à savoir ce que l’on pouvait y faire pousser.

Pour connaître la réponse, il n’est que de voir ce qu’il est advenu de ces témoignages désolés, quand ils n’ont pas été rasés, de l’ère industrielle : les emblèmes rutilants d’une urbanité newlook. Alors que les aménités urbaines haut de gamme jouaient un rôle croissant dans la consommation des citadins aisés, dans l’attractivité des villes et la prospérité de ceux qui y tiennent le haut du pavé, il est apparu que la vocation première des friches industrielles serait précisément d’accueillir le nec plus ultra de la prétendue civilisation des loisirs. Dans la majorité des cas, le « culturel » a défini en tout ou en partie leur fonction nouvelle. Avec, de plus en plus souvent, une touche écologique en prime.

On n’en finirait plus d’énumérer la liste des anciens bâtiments à usage industriel ou commercial transformés en hauts lieux de l’art et de la culture contemporains, c’est-à-dire néo-petits bourgeois compte tenu du pedigree social de ceux qui les animent ou les fréquentent : La Sucrière (Lyon), La Friche de la Belle de Mai (Marseille), La Condition Publique (Roubaix), Les Entrepôts Laîné (Bordeaux), Le Lieu Unique (Nantes), etc.

Parfois, ce sont des zones entières, notamment industrialo-portuaires, longtemps demeurées à l’état de friches, qui se sont métamorphosées en espaces urbains privilégiés… et pour privilégiés. À Londres, par exemple, le long de la Tamise, au-delà du célèbre London Bridge, les anciens docks datant de l’apogée de l’Empire britannique comme puissance maritime ont été réaménagés, reconvertis et complétés par des constructions nouvelles pour servir de quartier général aux états-majors des multinationales ou de lieux de résidence et de loisirs aux yuppies (jeunes professionnels urbains) qu’ils emploient. Le même processus de reconquête de territoires urbains déshérités s’est manifesté à New York sur les quais de l’East River, au sud de Manhattan, à deux pas de Wall Street, où une partie des installations portuaires situées à l’extrémité du pont de Brooklyn ont été récupérées et transformées en un mégacomplexe de restaurants, de cafés et de boutiques de luxe surplombant le fleuve.

En France, c’est au tour de la presqu’île formée par la jonction de la Saône et du Rhône à Lyon, longtemps affectée aux activités d’entreposage et de transport, de faire l’objet d’« un projet de renouvellement urbain sans précédent » – si l’on en croit les « communicants » de la municipalité. Tout est mis en œuvre pour mettre en valeur « un espace d’exception et des paysages uniques ». Musée, logements avec duplex et terrasses, galeries commerciales longeant les quais, coulées vertes et aires de détente… Comme il se doit désormais, la haute qualité environnementale (HQE) est de la partie : « Hier gagné sur les eaux, ce site fluvial retrouve ses rives et son environnement naturel », nous annonce-t-on. Il permettra à terme de doubler la superficie de l’hypercentre de l’agglomération. « Un projet urbain rare en Europe, un enjeu fort pour la métropole et une chance pour les habitants », proclament ses initiateurs.

En remplaçant le fleuve par la mer, ce discours aussi euphorisant que convenu pourrait tout aussi bien accompagner la promotion d’un autre projet faramineux, à Marseille, cette fois-ci : Euroméditerranée. Là encore, une friche industrialo-portuaire sous-occupée va se convertir, grâce au coup de baguette magique d’une « opération d’intérêt national », en un nouveau centre urbain prestigieux censé placer la ville « au niveau des plus grandes métropoles européennes ». Sur des kilomètres de quais, un « univers urbain fascinant » serait en train d’éclore. « Nouveau phare de la ville », la tour qui abrite le siège de la CGM, groupe mondial de transport maritime par conteneurs, dresse avec arrogance sa silhouette torsadée avant que d’autres viennent la rejoindre pour signaler l’existence d’un nouveau « quartier d’affaires » au gotha de l’économie globalisée. Les anciens docks de La Joliette, remis à neuf et restructurés, accueillent déjà des bureaux du « tertiaire supérieur » et des appartements « innovants ». Le célèbre silo à céréales d’Arenc, où l’on entreposait les sans-papiers raflés avant d’être réexpédiés dans leurs pays d’origine, va être transformé en salle de spectacle surmontée d’un restaurant panoramique. Un musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée ouvrira ses portes d’ici peu à proximité du fort Saint-Jean, tandis que l’Euromed Center, pourvu, entre autres, d’un multiplexe cinématographique de quatorze salles, contribuera à enrichir l’image culturelle des lieux. Et pour parachever la « réconciliation de la ville avec la mer », un « pôle de croisière » pour paquebots et navires de plaisance fera de Marseille une « escale incontournable » pour une clientèle internationale de touristes fortunés.

Comme cela se produit inévitablement aux alentours de ce genre d’opérations, on a procédé, sous couvert de « réhabilitation », au nettoyage en règle des quartiers avoisinants dont le standing futur excluait le maintien sur place d’une population pauvre donc indésirable. « L’habitat insalubre disparaît, la patrimoine ancien est rénové », proclame l’adjoint à l’urbanisme en oubliant de dire qu’il en va de même pour ses occupants. Les requins de l’immobilier accourus en nombre se vantent de mettre sur le marché des « produits atypiques » : lofts, villas-patios, penthouses (appartements de luxe situés au dernier étage d’immeubles élevés), etc. En France comme ailleurs, le point commun de ces sites revalorisés et de leur pourtour immédiat rénové est de s’adresser en priorité (quand ce n’est pas en exclusivité) à des catégories bien particulières de citadins : n’y ont accès que ceux qui en ont les moyens.

Ce recyclage urbain s’inscrit dans un processus dont les idéologues bourgeois n’ont cessé de faire l’apologie, la «destruction créatrice ». Popularisée par l’économiste Joseph Schumpeter dans son livre Capitalisme, socialisme et démocratie publié en 1942, cette expression désigne le lien entre la disparition de secteurs d’activité devenus non concurrentiels conjointement à la création de nouvelles activités économiques plus performantes donc plus rentables. Appliqué à la production de l’espace habité, ce concept permettrait d’expliquer les dynamiques du changement urbain, toujours présenté comme positif, comme celles du changement industriel dont la mutation des villes ne serait, sous bien des aspects, que l’effet obligé.

Dans une première phase, c’est la nature – qui « est là pour être prise comme une fille publique », selon la formule célèbre de l’un des premiers théoriciens du capitalisme naissant, Francis Bacon – qui fera les frais d’une industrialisation et d’une urbanisation directement soumises aux exigences du cycle de valorisation du capital. Ensuite, ce seront des quartiers édifiés sur ce saccage écologique, voire des bourgades entières – comme les « villes fantômes » léguées par la ruée vers l’or ou l’argent aux États-Unis –, qui seront laissés en friches à la suite des fermetures d’usines lorsqu’il sera devenu plus profitable de produire autre chose autrement ou la même chose ailleurs. Dans une troisième phase, celle qui dure encore, c’est au tour de ces espaces urbains délaissés de fournir le terrain et le terreau, une fois réaménagés ou reconstruits, pour de juteuses plus-values. On aura compris que, si la destruction peut être « créatrice » sous le règne de la valeur d’échange, c’est de profits qu’il s’agit.

Jean-Pierre Garnier

Texte initialement paru dans La Brique n°18 – Nov 2009

Voici le texte mis en forme de brochure : ville recyclee_Garnier

avril 2nd, 2012 by admin