avril 25th, 2011 at 17 h 34 min by admin

Pour une campagne de refus des puces électroniques, dans l’élevage et ailleurs

Ces jours-ci, plu­sieurs éleveurs du Sud-Ouest de l’État fran­çais décla­rent publi­que­ment leur refus d’ins­tal­ler les nou­vel­les bou­cles d’iden­ti­fi­ca­tion électronique à l’oreille de leurs chè­vres et de leurs brebis. Le groupe Faut pas pucer se déclare tota­le­ment soli­daire de leur démar­che et appelle les autres éleveurs à se sous­traire aussi à l’obli­ga­tion légale de « pucer » les ani­maux [1].

Ceux qui mani­fes­te­ront ainsi leur désac­cord avec la loi doi­vent s’atten­dre à des repré­sailles finan­ciè­res ­ baisse des primes qui cons­ti­tuent une part impor­tante de leurs reve­nus ­ et peut-être judi­ciai­res ­ procès, s’ils per­sis­tent. Ils auront donc besoin de sou­tien, maté­riel, moral et poli­ti­que. Le plus grand ser­vice à leur rendre est d’ores-et-déjà de sus­ci­ter, par­tout où cela semble pos­si­ble, des débats sur les rava­ges de l’infor­ma­ti­que dans la société, le tra­vail, la vie per­son­nelle. Par débats, nous enten­dons aussi bien la mise en dis­cus­sion publi­que que le refus ferme des mul­ti­ples contrain­tes bureau­cra­ti­ques qui s’incar­nent dans des dis­po­si­tifs de « haute tech­no­lo­gie » (ici des puces RFID, là des logi­ciels, ailleurs des bornes bio­mé­tri­ques…).

Dans notre bul­le­tin de l’hiver 2011, « Les robots rêvent-ils de mou­tons électriques ? », nous disions : « Un trou­peau équipé de puces électroniques, c’est un trou­peau qui sera géré par ordi­na­teur. Or on ne devient pas berger ou éleveur pour tra­vailler der­rière un écran, ni pour suivre les pro­cé­du­res stan­dard concoc­tées par de pré­ten­dus experts. Du moins, si l’on pense qu’un élevage, ce n’est pas une usine à viande des­ti­née à pro­duire tou­jours plus et plus vite. »

Ce pro­blème ne concerne pas uni­que­ment les éleveurs : un peu par­tout ­ sur les lieux de tra­vail, dans les écoles, les hôpi­taux ­ on auto­ma­tise pour gérer la masse au détri­ment du soin et de l’atten­tion. Dans des mater­ni­tés, on équipe les nou­veaux-nés de bra­ce­lets électroniques dotés de ces mêmes puces ; dans cer­tains établissements sco­lai­res, les élèves munis de leur carte sans contact sont bipés à l’entrée et à la sortie ­ le logi­ciel de « vie sco­laire » envoyant auto­ma­ti­que­ment des aler­tes aux parents pas sms.

De ces inno­va­tions, qui visent à « faire moderne » et à réa­li­ser des gains de pro­duc­ti­vité, les acti­vi­tés sor­tent appau­vries, déna­tu­rées. Et ceux qui les exer­cent sont plus étroitement contrô­lés, leurs com­pé­ten­ces déni­grées. Jusqu’au jour où l’on se retrouve à dire au client / à l’élève / à l’admi­nis­tré / au patient / à la brebis (rayez la men­tion inu­tile) : « je suis désolé mais l’ordi­na­teur ne veut pas. À cela nous répon­dons : je suis désolé, mais je ne veux pas l’ordi­na­teur. »

À cela nous ajou­tons aujourd’hui : déso­lés, mais nous ne vou­lons pas de la tra­ça­bi­lité de tout et de tous comme remède aux patho­lo­gies d’une orga­ni­sa­tion sociale déme­su­rée. Nous reje­tons la pro­duc­tion de masse, qu’il s’agisse de nour­ri­ture ou des mul­ti­ples faux besoins que le capi­ta­lisme indus­triel a créés. S’il est impos­si­ble de garan­tir que la nour­ri­ture pro­duite sur le marché mon­dial ne soit pas du poison, c’est le marché mon­dial qu’il faut remet­tre en cause et non les quel­ques pra­ti­ques agri­co­les qui res­tent jusqu’ici étrangères à la logi­que indus­trielle. S’il paraît impos­si­ble d’avoir confiance dans ce que pro­dui­sent quel­que 900 000 agri­culteurs (un peu plus de 3% de la popu­la­tion active en France), nous ne pen­sons pas qu’il faille contrô­ler plus étroitement ces 3%, mais plutôt qu’une société où si peu de gens s’occu­pent de pro­duire la nour­ri­ture ­ à com­men­cer par la leur ­ ne tient pas debout. Et qu’elle appelle une remise en ques­tion radi­cale.

Bien sûr, il est déli­cat de trans­gres­ser les règle­men­ta­tions édictées par des bureau­cra­ties dont nous sommes pro­fon­dé­ment dépen­dants, d’un point de vue maté­riel. Mais c’est également cette ques­tion de la dépen­dance qui nous inté­resse, dans l’affaire du « puçage » : en Occident de nos jours, nous sommes tous des assis­tés, du patron de PME au béné­fi­ciaire du RSA, de l’agri­culteur au cadre dyna­mi­que, du fonc­tion­naire à l’artiste sub­ven­tionné. Que l’on soit drogué au tra­vail ou pas, notre mode de vie, basé sur la moné­ta­ri­sa­tion de tout, les télé­com­mu­ni­ca­tions à haut débit, l’énergie illi­mi­tée et l’État omni­pré­sent, est en lui-même une forme d’assis­ta­nat géné­ra­lisé.

Nous ne voyons pas quelle dignité et quelle liberté sont com­pa­ti­bles avec cela. À l’heure où la catas­tro­phe nucléaire en cours illus­tre la folie du déve­lop­pe­ment indus­triel, nous pen­sons qu’il est impor­tant de reje­ter avec toute la fer­meté pos­si­ble l’embri­ga­de­ment électronique et le gou­ver­ne­ment des experts.

Nous encou­ra­geons toutes les per­son­nes qui se sen­tent concer­nées par ce rejet à dif­fu­ser lar­ge­ment cet appel, ainsi que les décla­ra­tions d’éleveurs refu­sant de pucer leurs bêtes. Les per­son­nes qui s’enga­gent dans une telle démar­che ne doi­vent pas rester seules face à l’admi­nis­tra­tion et aux ris­ques qu’elles encou­rent. Le refus de pucer impli­que l’orga­ni­sa­tion d’une soli­da­rité, et d’abord d’une soli­da­rité de proxi­mité, entre éleveurs et avec d’autres per­son­nes de leur voi­si­nage. Au-delà de ce niveau local, c’est la dyna­mi­que natio­nale de cette cam­pa­gne qui indi­quera l’oppor­tu­nité, et le moment, pour les refu­seurs, de se ren­contrer afin d’élaborer des pers­pec­ti­ves de lutte plus pré­ci­ses.

Avril 2011, Le groupe Faut pas pucer (cor­res­pon­dance : Le Batz, 81 140 St-Michel-de-Vax, ou faut­pas­pu­cer(arobaz)laposte.net)

Voici la déclaration collective des éleveurs qui refusent le puçage de leurs bêtes : Déclarationéleveurs

Voici des prises de position individuelles d’éleveurs refusant le puçage : prisesdeposition

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