février 8th, 2011 at 11 h 10 min by admin

C’est dommage : voilà une date historique et pourtant elle va passer inaperçue. A partir du 1er février, plus de 4 millions d’usagers du métro parisien seront fliqués. Excepté quelques touristes persistant à s’acheter des tickets en carton, tous auront un passe « Navigo » personnalisé, grâce auquel leurs déplacements pourront être suivis en temps réel et enregistrés.

La Ratp a en effet décidé d’imposer ce passe électronique à la place de la carte Orange. Et tout ce qu’a réussi à faire la pauvre Cnil, censée veiller sur nos libertés, c’est arracher à la régie du métropolitain la création d’un autre passe, anonyme celui-là, baptisé « Découverte ». Et qui coûte 5 euros alors que l’autre est gratuit. Miracle de la démocratie moderne : pour garder le droit de se déplacer de manière anonyme, pourtant un des droits démocratiques élémentaires, il faut raquer. La Ratp met d’ailleurs tellement de mauvaise volonté à commercialiser ce passe que la cnil vient de pousser son petit cri indigné : dans un communiqué de presse, elle affirme qu’avec le passe Navigo « plusieurs incertitudes demeurent quant au respect du droit de tous les usagers à la protection de leur vie privée et de leurs données personnelles« .

Comme c’est joliment dit! On imagine les ricanements à la Ratp. Trop Tard. On s’en fout. Plus de 4 millions de gens ont déjà adopté le passe Navigo. Un, parce qu’ils y étaient obligés ; deux, parce qu’on les en a persuadés, « c’est tellement pratique ». En effet, dès qu’on approche du portillon d’accès ce passe équipé d’une puce Rfid possédant son propre identifiant, hop ! Le portillon lit la puce à distance et ouvre illico la voie. Du coup les usagers accèdent aux quais quatre fois plus vite qu’avant et se jettent ravis, dans les rames affreusement bondées. C’est l’progrès !

Cette histoire de passe Navigo n’est, on le sent bien, qu’un nouveau pas en avant dans un monde où des technologies de plus en plus invisibles et mouchardes s’enracinent dans nos vies quotidiennes. Déjà, chiens, chats, cheveaux, bovins, ovins sont pucés. Notre tour va venir : nombreux sont les chercheurs qui s’enthousiasment à propos des possibilités de la Rfid et des nanotechnologies ; si par exemple chacun pouvait avoir son carnet de santé logé sous la peau, ça serait pratique en cas d’urgence, non ? La Cnil poussera juste son petit cri indigné habituel, et hop! Mais alors que de tous côtés se multiplient les mouchards électroniques, nous restons curieusement apathiques, « c’est tellement pratique », « la Cnil veille au grain », « on a quand même réussi à bloquer Edwige » ou, mieux : « de toute façon, on est fichés partout, alors un peu plus ou un peu moins… »

Rares sont ceux qui, comme le groupe PMO, résistent. « Que pouvons-nous ? Refuser toutes les cartes, de transport, de fidélité, de paiement, d’identité, à Rfid. Fuir les magasins qui taguent leur marchandise. Soutenir les éleveurs qui refusent de pucer leurs animaux. Inventer des moyens de sabotage des puces et des lecteurs. Sommer les associations, syndicats, partis, médias, de se battre contre le mouchardage universel.  » Voilà des gens qui n’ont certainement pas de portable. Qui passent des coups de fil depuis des cabines publiques ; ça sent la « mouvance ». Ils sont fichés au moins ?

Jean-Luc Porquet, dans Le Canard Enchaîné du 14 janvier 2009.

Voir le livre « Rfid : la police totale »par Pièces et Main-d’Oeuvre, aux éditions l’Echappée, 80 p. 6 euros

Comments are closed.