janvier 22nd, 2011 by admin

Le président de la CNIL himself s’est déplacé dans un collège de la « métropole » pour sensibiliser les jeunes à la responsabilité individuelle face à l’intrusion massive des technologies de contrôle qu’il organise (cf. « A quoi va ressembler la vie sans contact à Lille ?« ). Il parade ainsi devant La Voix du Nord, assure de sa vigilance, en même temps qu’il collabore au puçage, au fichage et à la traçabilité des habitant-es de la région. Ne soyons pas dupes de ses petites manigances. Voilà l’article de La Voix.


Big Brother va-t-il contrôler la vie des collégiens d’Anne-Frank… et des autres ?

Non seulement, Big Brother vous verra et vous voit déjà, mais il pourra vous suivre partout où vous vous irez d’ici à une dizaine d’années, grâce à une technologie sophistiquée, appliquée sans réflexion à la surveillance. D’ores et déjà, la mythique créature de George Orwell se régale de toutes les informations que vous avez livrées naïvement sur les réseaux sociaux… les élèves des deux classes de quatrième du collège Anne-Frank en ont été informés, hier, par le président de la CNIL, Alex Türk.

S’il y a un message que le président Alex Türk a voulu faire entendre aux jeunes, c’est d’apprendre à préserver son identité et son intimité : « Soyez vigilants à ne donner que le minimum d’informations personnelles pour vous protéger le plus possible ; à votre âge vous pouvez penser que ce n’est pas gênant, mais vous pouvez le regretter plus tard ». Car exposer des éléments de vie privée sur Internet est une démarche irréversible.

Impossible à effacer. À moins de se refaire une virginité sociale, comme il en est question aux États-Unis où l’on songe à mettre au point une loi qui permettrait aux individus spoliés de leur identité d’en… changer. Histoire de ne plus se retrouver face à un recruteur qui claque au visage du candidat à l’emploi les images d’une soirée étudiante bien arrosée, il y a cinq ans. Et s’exclame « Vous êtes toujours dans cet état ? ». Quand tout simplement, la candidature est écartée d’office.

« Ce n’est pas acceptable », dit Alex Türk qui propose aux collégiens de « se forger un comportement de vigilance » et de maîtriser un outil de culture remarquable plutôt que d’en devenir dépendant. Allusion à un autre écueil : utiliser les moteurs de recherche en se contentant de recopier ce qu’il y a sans réfléchir. Cela donne, confirment des enseignants présents hier dans la salle, « des devoirs dont on s’aperçoit que le texte a été intégralement repris sur un site ». Pour Alex Türk, il s’agit d’une autre atteinte à la liberté fondamentale qui consiste à perdre sa capacité « à penser par soi-même en se plaçant sous la coupe d’un moteur de recherche ».

Mais dans dix ans sera-t-il possible de vivre dans nos sociétés occidentales avec les mêmes libertés qu’aujourd’hui ?

Question préoccupante pour Alex Türk qui déplore l’impensé de la mise en place hâtive de nouvelles technologies appliquées à la sécurité. Que dire du risque majeur pour la liberté individuelle de l’usage des nanotechnologies ? Telles les puces RFID. Des puces électroniques constituées d’une antenne et d’un microprocesseur.

Puce dans le corps

Elles sont Injectées dans le corps, comme dans un lycée de Richemont aux États-Unis ou dans des boîtes de nuit à Madrid, Rotterdam, Barcelone et Mexico. Des puces qui servent à localiser et reconnaître les élèves, ou à payer sa consommation qui est de suite débitée du compte bancaire lorsque le danseur équipé de sa puce passe devant un rayon vert…

Mais que devient la puce lorsque le jeune homme (ou la jeune femme) n’en veut plus même, si c’est à la mode ? « Eh bien, j’ai discuté avec un chirurgien à Barcelone, la puce (soit dit en passant, injectée par le videur de la boîte avec une énorme seringue) se promène dans le corps et on la retrouve dans le muscle du bras. » Et le président de la CNIL d’insister auprès des collégiens d’Anne-Frank : « A votre âge, on ne doit pas accepter d’atteinte à son intégrité physique et mentale pour être géolocalisés. » Mais outre ces usages contestables des nanotechnologies – dont personne ne conteste l’intérêt dans le domaine de la santé – il y a plus simple pour pister l’individu lambda : les caméras de surveillances dont s’équipent les villes. « À Londres, on ne peut plus faire trois mètres sans passer dans le champ d’une caméra. » La carte CB, le téléphone portable, le pass-transport, le télépéage qui signalent le passage de la personne qui en est équipée…

Sans parler des plus sophistiqués : la reconnaissance biométrique. Une personne est identifiée par son iris, son index, et à présent la paume de sa main. Ce dispositif va être mis en place à titre expérimental dans quatre cents lycées français. Les élèves pourront ainsi accéder au réfectoire sans utiliser de carte de cantine…

Un progrès technique certes mais est-ce un progrès social ? Toute la question est là : « Dans dix ans, je n’aurais plus la certitude d’être seul dans un lieu sans que quelqu’un ne puisse me voir, m’entendre, me localiser… » Alex Türk, qui écrit un ouvrage sur ce sujet, estime qu’il est temps de réagir. En provoquant des débats parlementaires, en informant les jeunes sur la société qui les attend et en incitant ses contemporains à la prudence. Le président de la CNIL aimerait une prise de conscience et une action au niveau européen. « Il faut raisonner comme pour la préservation écologique de la planète, en protégeant un capital – la liberté individuelle – qui ne se renouvellera pas ! »
Carole Mocellin pour La Voix du Nord, le 5 janvier 2011.