mai 16th, 2010 by admin

Un matin, dans Le Monde, une pleine page d’IBM « pour une planète plus intelligente ». Puis de multiples placards au fil des mois, des journaux et magazines, développent ce slogan en longs textes programmatiques par thèmes – la ville, les transports, l’entreprise, la santé, etc.- et vous vous rendez à l’évidence : IBM fait campagne pour un projet techno-étatique global.

Si vous avez quelques réflexes, un peu de curiosité, de sensibilité à la question, vous tâchez de comprendre ; vous remontez la trace d’International Business Machines. Éventuellement vous redécouvrez une vérité énoncée en 1943, lorsque IBM collaborait de toute son ardeur et de toute son expertise à la « solution finale » : « L’ensemble des citoyens du monde est sous la coupe d’un monstre international. » Mais encore ?

IBM, à l’origine de l’essor des nanotechnologies grâce à l’invention, en 1972, du microscope à effet tunnel dans ses laboratoires de Zürich, travaille maintenant à la numérisation du monde grâce aux puces, capteurs et connexions rendus possibles par ces mêmes nanotechnologies. Un projet de pilotage du monde-machine (cybernétique), qui complète celui de l’homme-machine sous implants électroniques. Bref IBM travaille à la société de contrainte.

Si la police est l’organisation rationnelle de l’ordre public, et la guerre un acte de violence pour imposer notre volonté à autrui, cette rationalisation et cette violence fusionnent et culminent dans la technologie, par d’autres moyens. Le nanomonde, ou techno-totalitarisme, est l’une de ces vérités qui ne peuvent se regarder en face. Peut-être parce que ceux qui s’estiment au fait, militants, journalistes, scientifiques, croient aussi n’y rien pouvoir ; et donc ils parlent d’autre chose pour s’étourdir, faire diversion et sauver la face.

Habitant Grenoble, nous n’avons pas ce loisir. C’est ici, en ce moment, que le Musée Dauphinois présente une exposition luxueuse et retorse, à la gloire de Vaucanson et de l’homme-machine, « augmenté ». C’est ici qu’IBM s’est implanté en 1967, dans les locaux de l’Institut de Mathématiques Appliquées (IMAG) et s’acoquine aujourd’hui avec le Commissariat à l’Énergie Atomique, dans le plan Nano 2012. C’est Michel Destot, maire de Grenoble, ancien ingénieur au CEA, qui contribue au projet d’IBM de « planète intelligente » et fait l’apologie de la cité-machine de Singapour. Ce papier était en cours de rédaction quand nous avons appris l’arrestation en Suisse de trois anarchistes accusés d’avoir voulu faire sauter un laboratoire d’IBM, à Zürich. Nous ignorons leurs motifs et le détail des accusations, mais une chose reste sûre à nos yeux : quels qu’ils soient, ces révoltés ne se sont pas trompé de cible.

Le texte est ici : IBM_societe_de_contrainte

Le projet de planète intelligente d’IBM : http://www.ibm.com/smarterplanet/fr/fr/

Pièces et Main d’Oeuvre, le 16 mai 2010

mai 13th, 2010 by admin

L’hypermobilité, c’est parti ! LMCU vient de signer avec la société Parkeon l’installation de bornes « sans contact ». La novlangue pour dire RFID, ou son équivalent NFC. Pourquoi ? « Pourquoi si tard, surtout ? » se demande La Voix du Nord du 15 avril 2010. Parce que le train de l’innovation n’attend pas. Parce que la mobilité n’est plus un droit mais un devoir – à ce titre n’oubliez surtout pas de la mentionner dans vos lettres de motivation. Parce que plus de voyageurs, c’est plus de sous pour les actionnaires de Kéolis. Parce que ça fait moins d’humains à gérer, mise à part les quelques flics, militaires, contrôleurs ou agents de médiation chargés de s’assurer que tout se passe comme ils l’entendent. Parce que c’est comme ça et puis c’est tout.

Vie Assistée par Ordinateur (V.A.O)

La date de mise en service est prévue pour fin 2011. La technologie NFC, qui s’installera dans une clé USB ou un téléphone portable, pourra être rechargée par ordinateur. Et permettra de voyager dans toute la région Nord-Pas de Calais, métros et TER compris. Finies les queues interminables au guichet. Chacun gèrera sa petite vie quotidienne reclus derrière son terminal ADSL, le haut débit en intraveineuse.

Et ce n’est qu’un début. LMCU et ses partenaires-qui-vont-désespérement-de-l’avant (Digiport et consorts) comptent bien généraliser le puçage du cheptel humain aux bibliothèques, cantines, piscines municipales… Ils nous préparent ainsi la « ville intelligente ». Vivre, habiter ou se déplacer n’étaient pas suffisant. Nous deviendrons désormais des « objets communicant », à la fois « émetteurs » et « récepteurs » d’informations, gérés à distance par un Big Brother omniscient. Ce « monde intelligent » nous rendra-t-il moins cons ? Sûrement pas. Mais moins humains, oui.

Car rien ne doit entraver notre course frénétique et insensée. Les rencontres, les frottements, les discussions, les imprévus sont autant de temps improductifs qu’il s’agit de réduire au maximum. Les techniques RFID ou NFC traceront donc ce one-best-way qui nous emmène toujours plus rapidement vers le néant de la ville industrielle et marchande. La vie « sans contact » avec le monde extérieur, avec les gens, avec ce qui restait de nature et de liberté dans nos relations sociales, plus qu’une novlangue, devient une réalité.