mars 31st, 2010 by admin

Mercredi 31 mars, 13h, une trentaine d’étudiants de l’université de Lille 3, et de soutiens, ont démonté les trois écrans plats installés récemment dans les halls de la fac. Aux cris de « Protégeons nos cerveaux, démontons la vidéo », elles ont été ramenées au secrétariat de la direction.

Lille 3 aurait prévu d’en installer 17 au total. En tout 55 écrans devraient être répartis entre les trois facs lilloises. C’est un projet prévu dans le cadre du « Plan Campus ».

Rappelons que Lille 3 était l’une des premières facs de France à installer la vidéo-surveillance dans ses couloirs. Et qu’une carte d’éudiant RFID est en projet dans les six facs de la région.

Le tract distribué est ici : tractele

mars 28th, 2010 by admin

Les portiques – ou portillons – automatiques de la Stib (bus, tram, metro à Bruxelles) n’ont pas encore freiné leur premier contrevenant qu’ils sont déjà la cible de vandales de tous poils.

La direction de la Stib avait évidemment prévu ce type de dégradations. Dans sa commande, elle avait d’ailleurs prévu un stock de matériel supplémentaire. “Quasi 100 % du matériel” , avance notre Stibien. Ce chiffre est infirmé par un autre responsable de l’entreprise publique, qui rappelle que la Stib s’attendait à du vandalisme.

Elle s’est d’ailleurs référée à une étude menée dans le métro lyonnais. “À Lyon, ils ont constaté que leurs portiques étaient vandalisés, en moyenne, endéans les six mois de leur installation. Voire un an pour certaines stations plus sensibles. Une fois ce cap passé, le vandalisme diminuait largement, voire disparaissait.”

Extraits de La Dernière Heure, 16 mars 2010.

Un tract du Comité des citoyens qui n’ont rien à se reprocher a été affiché à Bruxelles : mobib

mars 27th, 2010 by admin

Le projet « Carte de vie quotidienne » (et non plus « passeport » comme dans la délibération communautaire) est sur les rails. Et confirme ce qui nous attend : accès à la bibliothèque, aux piscines, au cinema local, à la crèche, à la cantine scolaire, aux transports, mais aussi transaction électronique…

C’est la société Digiport, basée à Euratechnologies, qui est chargée des premières études comme le montre leur PowerPoint. Des entretiens individuels, des ateliers, des expérimentations… Rien de bien original. Et toujours ce même verbiage opérationnel positif chiant des zombies-managers de projet : Salut Chérie, tu voudrais pas entrer en « interopérabilité » avec moi ? Sache que je dispose d’une « carte multiservices multipartenariale » qui permet un « déploiement large normalisé » de mon sens de l’humour. Bon, je sais que nos « systèmes » sont encore « hétérogènes », mais vois-tu, grâce à ces « progiciels applicatifs », peut-être pourrai-je intégrer mon « référentiel » dans ta « base de connaissance » ?

Accèdez au projet : cvq_presentation_digiport

mars 26th, 2010 by admin

Mardi 17 novembre 2009 – Chambre de Commerce et d’Industrie – Lille

Ce soir, la caravane publicitaire des nanotechnologies pilotée par la CNDP s’arrête à Lille. Elle est censée présenter les textiles innovants et poser la question des RFID. Nous sommes un petit groupe décidé à obstruer cette campagne d’acceptabilité. En arrivant à la CCI, les RG habituels sont déjà présents. Ils sont épaulés par 3 agents de la BAC mais laissent tout le monde rentrer.

L’accueil est chaleureux. Des hôtesses nous ouvrent les portes, nous tendent des questionnaires, et nous dirigent vers la table sur laquelle sont entreposés les « cahiers d’acteurs ». Des Verts au MEDEF en passant par la CNIL, chacun y présente son petit point de vue sur papier glacé. Puis nous entrons dans la salle de spectacle, moulures au plafond et tout le decorum patronal. Tout un arsenal de caméras « couvre » l’évènement. Aux quatre premiers rangs sont serrés des gens très sérieux en costard-cravatte. Un petit film de présentation du débat introduit les premiers propos de Chaussade, debout sur une estrade. Il prend un certain temps à dire comment va se passer le débat et quel est le processus de prises de paroles, rappelant le respect des arguments de chacun et nous invitant à donner notre avis aussi sur le site internet.

A peine son allocution terminée, un premier bras se lève dans un coin de la salle. « Une question ? Oui, oui tout de suite, voilà le micro ». La personne commence par dire que ce débat ne sert à rien et que tout ce qui sera dit n’aura aucune incidence sur les recherches en cours – la tête de Chaussade entame sa liquéfaction. Elle rappelle ensuite ce qu’est la CNDP et qui est le prestataire I&E Consultants qui organise cette campagne. Et elle termine très sincèrement : « En espérant que ce débat soit un désastre, bonne soirée ! ». A ces mots, une huée d’applaudissements portée par une soixantaine de personnes vient joyeusement ponctuer l’intervention. Elle va durer 1h30.

Tout au long du « débat » transformé en cantine d’école, les avions en papier atteignent les premiers rangs. Au milieu du vacarme et des slogans comme « Le débat on s’en fout, on veut pas de nanos du tout », des « interventions » tentent de « recentrer » le débat. Avancées sur le plan de la santé, connaissance du vivant, bénéfices écologiques, les prises de parole se perdent dans le brouhaha. Le son du micro est poussé. En vain. Une personne vraiment excédée finit par hurler « Vous êtes des enfants gâtés. De toute façon, vous êtes déjà tous fichés. Viens, on va en discuter dehors ». C’est trop marrant. Les cancres du fond de la salle lui crient « Une autre, Une autre ! ». Et il a droit lui aussi à ses boulettes de papier. Au bout d’une heure, un échantillon de ce textile intelligent qu’on appelle « banderole » est alors étendu. On y lit « Débat pipeau. Nanos pas rigolos ». La tension monte un petit peu. Mais les agents de la BAC semblent avoir l’ordre de ne pas bouger. Il y aurait quatre cars de CRS à l’extérieur.

Mais tout se termine dans le calme. Les premiers commencent à partir voyant que cette soirée ne mènera à rien. Chaussade remercie tout le monde, il s’excuse pour le déroulement du débat, etc. Chacun sort sans souci et calmement. La fête est finie. A Lille, la mascarade n’a pas eu lieu.

Liens:: http://nanomonde.org

mars 26th, 2010 by admin

Le gouvernement, par l’intermédiaire de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP), organise une tournée française d’acceptabilité des nanotechnologies. Cette caravane publicitaire passe par Lille le 17 novembre. Nous n’en serons pas.

De notre expérience lilloise…

L’idée de la CNDP est de saucissonner le débat sur les nanos. Le débat lillois, organisé en terrain patronal à la Chambre de Commerce et d’Industrie, traitera du textile. Le Nord a connu son lot de nuisances industrielles. Aujourd’hui délocalisées, des nouvelles perspectives de profits apparaissent avec le pôle Up-Tex et le futur Centre Européen des Textiles Innovants (CETI) prévu à Roubaix. Organes artificiels en nanofibres, t-shirts qui calculent la température du corps ou gilets pare-balles sont prêts à se rendre indispensables.

D’autres développeurs de la Région rêvent de ce monde « intelligent ». EuraRFID hébergé à Euratechnologies, ou la dynastie Mulliez par le biais du Pôle des Industries et du COMmerce (PICOM) nous préparent leur sale monde sous contrôle total. Dans le métro, le bus, les cantines scolaires, les bibliothèques ou les piscines, une seule et même puce RFID nous tracera comme du bétail. C’est la dernière idée détestable de Lille Métropole et de Transpole. En plus de la vidéosurveillance, chacun aura désormais un flic invisible vissé dans la poche. Et à l’autre bout de la fibre optique, un méga fichier constituera notre profil aidé des précieux renseignements de l’Education Nationale ou des bailleurs sociaux qui collaborent avec la ville et Transpole dans les Cellules de veille.

… on refuse de participer au débat sur les nanos.

Les nanos, nous les refusons partout. Que ce soit dans les textiles, crêmes solaires, barres chocolatées, peintures de bagnoles, pneus…, elles se dispersent déjà dans la nature et s’attaquent à l’ADN de tous les êtres vivants. Mais surtout, nous refusons le nanomonde, l’hybridation de l’artificiel et du vivant, les implants électroniques dans les corps et les cerveaux… Bref, toutes ces technologies qui mettent la vie sous contrôle pour l’augmenter.

La campagne nationale de com’ sur les nanos est une vaste blague dirigée par Jean Bergougnoux, ancien cadre et directeur d’EDF, qui en connait un rayon sur l’enfumage atomique. Cela fait des années que les recherches sur les nanos sont effectuées sans notre consentement. En plus des budgets de recherche alloués tous les ans, l’Etat vient d’ajouter 70 millions d’euros dans son plan Nano Innov. Comme pour le nucléaire et les OGM, on ne nous a jamais demandé notre avis. Ce n’est qu’aujourd’hui, quand l’Etat commence à craindre que l’opinion publique rejette les nanos comme les OGM, qu’il met en place cette campagne de com’. Schéma classique de la démocratie participative : on organise de grands débats citoyens qui servent à légitimer des décisions déjà prises et à épuiser les opposants dans des débats stériles. Qui peut croire que ces débats auront une quelconque influence sur les décisions des industriels, chercheurs et politiques à propos des nanos ? Pas nous.

Comme pour le nucléaire, les OGM ou les RFID, les nanos ne se gèrent pas. Elles se combattent. Sur le plan de la santé ou des libertés publiques, il n’existe pas de victoire à la marge. Nous ne participerons donc pas à leur manège.

Plus d’infos ici : nanomonde.org

Les premiers signataires : le Comité des fêtes de Mufflins (GRD), le Réseau des Partis de Masse NPdC, l’association ACAB 2000, la XXIV° Internationale des squateurs de halls d’immeubles section Niktou, la Fraction Armée Rose, le Collectif Un Flic Une Balle, le Cercle des Amis de Claude Allègre, le Carré des Amis de Jacques Attali, l’Appel du 14 juillet, du 31 décembre et des lundis aux bords de la Deûle, les Comités d’Entreprise d’Up-Tex et d’Euratechnologies, le Syndicat Autonome des Suceurs de Glaçons, la Cellule Nécrosée Cogestionnaire Citoyenne et Avant-Gardiste des Lendemains qui Chantent Faux (CNCCAGLCF), le Collectif Simplicitude Volontaire, l’association Touche pas à mon poste (de police)…
vendredi 13 novembre 2009

mars 26th, 2010 by admin

Elle a été taguée : « Stop RFID ».

Pendant les travaux de rénovation, la ville en profite pour pucer tous les bouquins.

mars 26th, 2010 by admin

L’Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique (INRIA) vient d’inaugurer son nouveau labo dans les locaux d’Euratechnologies à Bois Blancs. Des études comportementales et analyses des regards des clients à partir de la vidéo, des supermarchés numériques, des vitrines « intelligentes » et tactiles, des outils de gestion de marchandise et de plis postaux à partir des RFID, des moyens de paiement par reconnaissance biométrique… Le lendemain, la devanture était taguée : « La liberté c’est pas automatique » et « Merde au Technomonde ».

Brève parue dans la Brique – Mars 2010



mars 26th, 2010 by admin

Aujourd’hui mercredi 24 février 2010, un rendez-vous pour une action contre la tyrannie technologique avait été donné à 10 heures place du Châtelet. Cette action intervenait le lendemain de la fin de la campagne de promotion et d’acceptation des nanos initiée en octobre par la CNDP. À cette occasion, plus de 200 opposant-e-s au nanomonde et à la tyrannie technologique en général (OGM, biométrie, nucléaire, vidéosurveillance…) s’étaient réuni-e-s pour un vrai débat public à la CIP à Paris

Ce matin 80 personnes se sont donc rassemblées place du Châtelet. Un camion de police était déjà présent, et quelques flics en civil. Vers 10h30, nous prenons le métro en groupe pour nous rendre vers notre premier objectif : le siège de l’entreprise «I&E consultant», spécialiste en «stratégie d’opinion», et embauchée par le ministère de l’Écologie pour épauler la CNDP dans sa campagne pro-nanos

Des flics en civil nous suivent plus ou moins discrètement dans les couloirs du métro. Arrivés à la station «Bonne Nouvelle», nous sommes accueillis par six camions de la police nationale. Deux camions nous dépassent avec les gyrophares, et prennent position devant I&E. Qu’à cela ne tienne, ce ne sont pas les objectifs qui manquent. Retour au métro pour de nouvelles aventures.

Le plan B, c’est Thalès, une boîte spécialisée dans les systèmes informatiques militaires et de sécurité. C’est l’entreprise qui vient de mettre au point le système Hypervisor. Nous sortons cette fois à la station Anatole France, et nous nous dirigeons au pas de course vers les bureaux de Thalès. Cette fois, la police est prise de cours, et nous entrons dans le hall de l’entreprise.
Un vigile tente de nous empêcher de rentrer. Parmi les dernières personnes du groupe, deux se font attraper par le vigile et un employé zélé de Thalès qui s’est senti obligé de lui prêter main forte. Un flic en civil qui nous avait suivi depuis le début intervient pour les aider. Des personnes reviennent en arrière et parviennent à faire rentrer nos amis.

Nous investissons le hall — des employés s’empressent de mettre en lieu sûr les maquettes de drônes et de chars qui le décorent… On nous dit aussi que «c’est dommage vous n’êtes pas venus la bonne semaine», tous les directeurs sont au ski, du PDG Luc Vigneron au directeur «éthique et responsabilité des entreprises»…

Une banderole est déployée devant l’entrée : «Ta laisse électronique, une usine à fric». Sous les slogans et chants «Flics, chercheurs ou militaires qu’est-ce qu’on ferait pas pour un salaire», «Ordre, croissance, sécurité», «Ta Laisse électronique, Tyrannie technologique»… les employé-e-s de Ta Laisse partent déjeuner bien tôt, nous évitant pour la plupart au maximum. Après avoir diffusé de nombreux tracts (voir ci-joint), l’action s’est conclue par un départ en cortège dans Neuilly jusqu’au métro.

Nous avons saboté la campagne de promotion de la CNDP, et nous n’en resterons pas là !

Le tract distribué lors de l’occupation : TaLaisse

mars 26th, 2010 by admin

Les futurs « tickets à puce » dans les transports métropolitains seront-ils liberticides ?

dimanche 18.10.2009, 05:02 - La Voix du Nord

 Le collectif réunissant une vingtaine de militants de la métropole est allé à la rencontre des passants. PHOTO ÉDOUARD BRIDE

Ils ne sont qu’une vingtaine, hier après-midi, place de la République à Lille, mais évoquent une question qui concerne tout le monde : l’arrivée, en 2011, d’une carte à puce rechargeable en « crédit transport », remplaçant le ticket carton. Le principe en a été voté en conseil de communauté urbaine le 17 avril, dans le cadre de la nouvelle délibération sur les transports.

Vidéosurveillance et cellules de veille

Problème, selon les militants réunis hier devant la préfecture, les puces utilisées seraient des RFID (identification par radiofréquences), permettant de reconnaître automatiquement leurs propriétaires à distance, via des bornes. « La puce RFID est liberticide, expliquent-ils.

Elle permet de savoir où sont les gens, où ils vont, ce qu’ils font, ou quel livre ils lisent. Ça ne va pas se limiter à Transpole. Ça va arriver aussi dans les bibliothèques, les cantines scolaires, les piscines et les services municipaux, etc. » Pire, selon le collectif, les RFID arriveraient dans un contexte où la métropole lilloise « est déjà très surveillée ». Les manifestants visent la vidéo enregistrée de Transpole (avec plus de 2 000 caméras dans les stations, bus, tramways et métros). Ils s’inquiètent aussi des informations échangées dans le cadre des contrats locaux de sécurité à Lille. « Les bailleurs sociaux, les services municipaux, la police, etc., travaillent déjà ensemble en se réunissant tous les mois dans des cellules de veille où l’on s’informe sur qui n’a pas payé son loyer, etc. » Et ils s’étonnent à propos « d’élèves qui doivent désormais « biper » pour entrer dans leur lycée ».

Selon les manifestants, les RFID « semblent bien pratiques mais posent la question du fichage général de la société, du contrôle des populations et de l’automatisation de nos vies. Les gens seront transformés en flux et les services déshumanisés. On n’aura plus que des machines comme interlocuteurs. » • A. D.

La ville de Lille rappelait hier qu’aucun projet de carte RFID n’était programmé dans ses services.

mars 26th, 2010 by admin

La chronique de Jean-Pierre Garnier

Rationalisation technique

Annoncées dans le métro parisien par de grandes affiches, deux journées de festivités avaient été organisées sur l’esplanade des Invalides le week-end des 18 et 19 octobre 2008 : les JSI. C’est-à-dire les Journées de la sécurité intérieure. Ces journées revêtaient un caractère national : 105 villes étaient concernées.

Avec stands, films, dépliants publicitaires, panneaux explicatifs, exposés, exposition de matériel (véhicules, armes, outils de détection; etc.), les JSI exposaient des démonstrations d’interventions en tout genre, y compris des opérations musclées avec le concours du GIGN, du RAID, des pelotons de gendarmes mobiles, des CRS, etc. Le tout sous haute protection policière pour dissuader les éventuels (et improbables) perturbateurs de gâcher la fête sécuritaire.

Le IIIe Reich mettait en scène de grandioses parades militaires pour préparer les esprits à la guerre. La Ve République offre aujourd’hui à la population des shows militaro-policiers pour la mobiliser contre l’ennemi intérieur. « On avait déjà les JMJ (Journées mondiales de la jeunesse) de la curaille. Voici venir les JSI de la flicaille », dénonçait un tract anarchiste. Après le sabre qui accompagnait le goupillon, place au tonfa, au flash-ball ou au pistolet Taser !

Cette exhibition obscène des « forces de l’ordre » – où l’ordre montrait sa force – matérialisait et symbolisait à la fois les deux acceptions que le sociologue Pierre Bourdieu donnait au terme « rationaliser » appliqué à la domination : au plan technique, en renforcer les mécanismes grâce à l’innovation (fonction d’efficience) ; au plan idéologique, les justifier en masquant leur raison d’être par des discours d’accompagnement (fonction de légitimation). C’est de quelques-unes de ces avancées techniques et discursives dans le contrôle des populations, et du sens qu’il convient de leur donner, qu’il sera question dans les lignes qui suivent.

Le perfectionnement des techniques destinées à surveiller les populations, et éventuellement à punir les individus susceptibles de troubler l’ordre public, ne connaît pas de pause. Mais, depuis le milieu des années 1970, on a observé une nette accélération en France, en réaction à la montée supposée des « violences urbaines » commises par une partie de la jeunesse résidant dans les logements sociaux. Par la suite, l’apparition et le développement du terrorisme, avec les attentats perpétrés en ville, a incité les pouvoirs publics à redoubler d’efforts pour « sécuriser l’espace urbain », impératif rendu encore plus urgent avec l’apparition récente, au moins dans les discours sinon dans l’esprit de certains gouvernants, d’une dangereuse mouvance « anarcho-autonome ». Les dispositifs mis en œuvre en ce sens comportent plusieurs composantes.

Au plan juridique, tout d’abord, notre « État de droit » s’enrichit d’un arsenal législatif liberticide en accroissement constant. Nouvelles lois, nouvelles infractions, nouvelles peines. Depuis des années, c’est devenu une habitude, les faits divers sont souvent instrumentalisés afin de créer, qui une nouvelle législation – depuis 2002, trente textes de lois sécuritaires ont été adoptés –, qui un nouveau fichier policier. On en dénombrait cinquante-huit au milieu de l’année 2009, soit une augmentation de 70 % en trois ans, dont le quart n’a aucune existence légale : la loi « Informatique et libertés » a, en effet, été modifiée pour leur donner le « droit » d’être « hors la loi » jusqu’en 2010 ! Or, la moitié des Français y sont fichés, et, rien que sur ces trois dernières années, plus d’un million y sont toujours considérés comme « suspects » alors même qu’ils ont été blanchis par la justice. Quant à la fiabilité des renseignements recueillis, elle laisse pour le moins à désirer. En 2008, la CNIL (Commission nationale informatique et libertés) avait constaté 83 % d’erreurs dans les fichiers policiers.

Dernière innovation en la matière – au moment où cet article est rédigé –, la création de deux nouveaux fichiers : l’un pour identifier les « mouvances anarchistes potentiellement violentes » ; l’autre pour recenser leurs « lieux de vie communautaires ». On la doit au ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, à la suite des heurts opposant manifestants et policiers survenus à Poitiers, le samedi 10 octobre 2009, lors d’un « rassemblement anti-carcéral et festif » contre la nouvelle prison de Vivone – déjà surpeuplée avant même d’être livrée, comme l’attestait un article paru dans La Nouvelle République, faisant état de la présence de trois lits par cellule. En déplacement à Poitiers au lendemain de ces « graves incidents », le ministre a demandé aux préfets de procéder à « une identification très précise du ou des groupuscule(s) qui organise(nt) ces incidents », pour mieux lutter contre ce type de violences.

Sur le terrain, les policiers avaient été débordés par des « militants d’ultra-gauche » cinq fois plus nombreux que prévu et « extrêmement bien préparés », alors que les forces de l’ordre ne l’étaient, semble-t-il, pas assez. Cela est d’autant plus étonnant que les « néo-gauchistes » et autres « anarcho-autonomes » sont pourtant clairement placés sous surveillance (depuis, au moins, 2006) et que, comme le rappelait à ce propos l’agence Reuters, « le ministère de l’Intérieur a mobilisé depuis plusieurs mois ses services sur cette forme de contestation radicale, qui prendrait de l’ampleur ». Brice Hortefeux en était d’ailleurs convaincu : une police mal préparée est d’abord une police mal renseignée. La preuve : sur les dix-huit personnes placées en garde à vue à Poitiers, plus de la moitié n’étaient pas fichés. Pire : pour le ministre, rien n’avait permis d’anticiper l’ampleur des violences. Le samedi suivant, lors d’une manifestation de protestation contre l’incarcération de deux participants à la suite des incidents du week-end précédent, des échauffourées avec une police à nouveau débordée mirent à nouveau Poitiers à la une de l’actualité. Il faut croire, au vu de ces événements (mais d’autres pourraient être mentionnés), que, malgré la modernisation de la gestion de l’activité policière sur le modèle du management privé, avec la promotion de la « culture du résultat » prétendument gage d’efficacité, des progrès restent à effectuer en matière de rationalisation du contrôle social.

On se souvient peut-être des remous causés par « Edvige », un fichier policier fourre-tout supposé aider à gérer « l’ordre public ». Devaient y figurer des indications sur les orientations sexuelles et les activités politiques ou syndicales des gens qui s’y trouveraient répertoriés, ce qui avait scandalisé un certains nombre d’organisations et d’associations soucieuses de préserver les droits de l’individu à la vie privée. Aux soixante-dix parlementaires qui l’avaient interrogé à ce sujet, un représentant du ministère de l’Intérieur expliquait en mars 2008 qu’« Edvirsp » (pour « Exploitation documentaire et de la valorisation de l’information relative à la sécurité publique »), la version édulcorée d’Edvige, « ne comportera que des données directement liées à la sécurité publique ou permettant de répondre aux demandes d’enquêtes de recrutement imposées par la loi ». Mais ce n’était que partie remise. On attendait, depuis plus d’un an, la publication du décret portant création d’Edvirsp. Or, il a suffi d’une émeute dans les rues de Poitiers pour voir poindre, en une journée, deux nouveaux fichiers, rebaptisés « bases de données » et discrètement publiés par décret pour éviter tout débat public contradictoire.

Sur l’un d’eux, ayant pour finalité supposée « la prévention des atteintes à l’ordre public », réapparaît le fichage des activités politiques et syndicales, en y ajoutant les opinions religieuses et philosophiques. Bien plus, y figure aussi l’« origine géographique » des gens répertoriés, subterfuge qui permet de contourner la promesse faite par le ministère de l’Intérieur que le fichier ne comporterait « en aucun cas de données relatives aux origines raciales ou ethniques des personnes ». « On imagine bien qu’on ne va pas ficher les Auvergnats », commentait le président de la Ligue des droits de l’homme. Et, pour faire bonne mesure, il est prévu qu’un mineur peut faire partie des gens fichés à partir de treize ans, même s’il n’est pas délinquant. Il suffira, en effet, que la police le soupçonne d’en devenir un dans l’avenir. Pour les gouvernants, la jeunesse n’est pas en danger, mais un danger ! Une manière bien singulière de célébrer le vingtième anniversaire de la Convention des droits de l’enfant, document signé par la France, qui garantit une protection juridique jusqu’à dix-huit ans.

On évoquera pour mémoire un autre fichier, « Christina » (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux), classé « secret défense », donc inaccessible aux non-initiés, qui regroupe les individus suspectés d’être proches des islamistes radicaux, des milieux séparatistes, des extrémistes de gauche, etc. Il ne fait que confirmer la volonté en haut lieu de criminaliser toute forme de contestation radicale de l’ordre établi, comme en témoigne également un rapport de la direction centrale des renseignements généraux (maintenant intégrée à la direction centrale du renseignement intérieur) remis en juin 2008 aux services de l’ancienne ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie. Classé lui aussi « confidentiel défense », ce document faisait le bilan de près de trois ans d’actions menées en France par la prétendue « ultra-gauche ». Son intitulé en résume la philosophie : « Du conflit anti-CPE à la constitution d’un réseau pré-terroriste [sic] international ».

Au plan technologique, l’effort redouble également pour neutraliser les fauteurs de troubles, réels ou potentiels, qu’il s’agisse de les surveiller, de les dissuader ou de les réprimer. Fruit de l’activité des départements « recherche et développement » des entreprises privées alléchées par les perspectives de profit offertes par le créneau sécuritaire, la panoplie des outils de « flicage » électronique et du matériel répressif n’a cessé de s’enrichir. Les caméras de vidéosurveillance, radars, GPS, outils biométriques, entre autres, ont été mis à contribution pour faire en sorte qu’aucun fait et geste considéré comme potentiellement suspect n’échappe à l’attention des responsables du maintien de l’ordre urbain. À titre d’exemple, on peut citer l’engouement récent dont bénéficient les puces RFID (Radio Frequency IDentification) auprès des certaines municipalités pour identifier et mémoriser des données relatives aux allers et venues des citadins sur le territoire de leur commune.

C’est ainsi que Lille-Métropole, établissement public de coopération intercommunale chargé de l’aménagement urbain et de la gestion des services publics de l’agglomération lilloise, invite les habitants à mettre une puce dans leur poche sous prétexte de leur « faciliter la ville » et de renforcer leur sécurité. Une fois munis de la carte RFID, ils pourront être détectés à distance dans les bus ou le métro, à bicyclette, à la bibliothèque ou à la cantine scolaire. Sous l’œil froid des caméras de vidéosurveillance qui ont proliféré à Lille comme ailleurs, leurs déplacements, heures et lieux de passage seront ainsi « traçabilisés ». Cette innovation ne profitera pas seulement aux forces de l’ordre et à la multinationale des transports (Transpole) qui irrigue Lille et ses environs. La grande distribution verra également son fonctionnement amélioré : à Auchan, les comptes bancaires des clients seront débités « en temps réel » après que les bornes électriques aient « bipé » leurs achats, prenant le travail des caissières pour ne laisser que les vigiles. Le secteur agro-industriel développe ses applications biométriques pour « tracer » sa viande sur pattes. Désormais les puces RFID traceront le cheptel humain.

Ce maillage technologique qui ne lâche plus le citadin-consommateur ne s’arrête pas là. Le développement des neurosciences permettra dans un avenir proche de sonder les cerveaux, et non plus seulement les esprits, en captant les réactions et en détectant les stimuli pertinents (images, sons, slogans). Grâce aux nanotechnologies, l’interface cerveau/machine pourra devenir directe avec l’envoi et la réception réciproques de signaux. Sous couvert de « communication personnalisée », c’est-à-dire plus « ciblée », le conditionnement des citoyens deviendra totalement inconscient. Mixte d’incitations et d’interdits non perçus comme tels, les injonctions du pouvoir, comme celles des publicitaires, seront respectées sans avoir besoin d’être explicitement exprimées. Dans des centres de recherche publics ou privés travaillant dans le plus grand secret, l’instauration d’une neuropolice est à l’étude, qui pourra violer le for intérieur de l’individu, déchiffrer son activité mentale et manipuler ses comportements à son insu. On est en droit de parler de « possession technologique » pour désigner cette présence de la police, de l’État ou des entreprises à demeure dans les têtes, couronnement et point ultime de l’« organisation rationnelle de l’ordre public »[1].

Si les moyens techniques se développent à une vitesse accélérée, les moyens humains ne sont pas en reste. Plus que le gonflement et la diversification permanentes des effectifs des forces chargées du maintien de l’ordre, polices municipales comprises, sans compter les dizaines de milliers d’agents de sécurité privés embauchés par les administrations et les entreprises, ce sont les modalités de leur organisation et de leur intervention qui doivent retenir l’attention.

À grands sons de trompe, la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie avait annoncé la mise en place d’Unités territoriales de quartiers (UTEQ) dans les banlieues « sensibles », censées être plus efficaces pour y assurer la tranquillité publique que la police de proximité installée quelques années auparavant sous l’égide du gouvernement Jospin. En fait, l’arrivée de ces nouveaux policiers, à Cergy et Villiers-le-Bel, par exemple, n’a pas manqué de provoquer des incidents dans ces deux villes.

Ainsi, en juin 2009, dans le quartier Saint-Christophe de Cergy, les policiers de l’UTEQ, ciblés par des feux d’artifice, faisaient usage de leurs flash-ball. Selon les autorités policières, la tension montait dans ce quartier depuis l’arrivée des UTEQ. Détail intéressant, ces véritables brigades punitives, fortes d’une vingtaine d’hommes chacune, se déployaient tous les jours, dès 17 heures, dans les « zones sensibles » et semblaient surtout avoir pour but d’exciter leurs jeunes habitants, plutôt que de chercher à calmer le jeu[2]. On ne s’étonnera donc pas que les policiers des UTEC ne soient pas les bienvenus dans les cités. Ainsi, pour la seule nuit du 27 au 28 juin 2009, les incidents se sont multipliés entre les jeunes et la police. À Limoges, des affrontements se sont produits dans la cité de Breuil après la condamnation d’un habitant à quinze ans de prison. Ensuite, dans une cité « sensible » de Tremblay-en-France, des jeunes ont envoyé des fumigènes à l’aide de mortiers de feux d’artifice contre les policiers en patrouille. À Mantes-la-Jolie, des échauffourées devaient opposer une centaine de jeunes à des policiers dans le quartier du Val-Fourré, à la suite à un contrôle d’identité musclé. En nombre insuffisant, les forces de l’ordre appelaient des renforts pour se dégager : ce qui fut fait à l’aide de tirs de grenades lacrymogènes et de flash-ball, sans qu’il soit procédé à des interpellations. Enfin, la police se signalait, au cours d’une soirée animée par ses soins, à la cité des Tarterêts, à Corbeil, où elle avait été appelée à la suite d’un caillassage qui aurait été commis par une trentaine de jeunes cagoulés. Ce que les communiqués policiers oublièrent de rappeler, c’est que cette dégradation de la situation était due à des tirs de grenades lacrymogènes sur une paisible kermesse de quartier[3].

Cependant, la police ne suffit plus. Depuis l’instauration du plan Vigipirate, en 1978, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, c’est à une militarisation croissante du contrôle social qu’on assiste. Outre la gendarmerie partiellement redéployée pour intervenir en zone urbaine, l’armée elle-même participe maintenant à la surveillance des « lieux à risques ». Bien plus, des unités sont spécialement formées pour affronter les nouveaux barbares qui hanteraient nos cités. Dans certains pays africains, dans les Balkans, en Afghanistan, les « opérations de maintien de la paix » offrent, en effet, l’occasion d’entraîner leurs participants à des actions répressives en milieu urbain dans le cadre des futures « guerres civiles de basse intensité » annoncées pour les décennies qui viennent dans nos métropoles. Des parachutistes et des chasseurs alpins, par exemple, peuvent être amenés à mettre à profit leur expérience pour prendre d’assaut des immeubles ou des installations tenus par des rebelles issus des « quartiers sensibles ».

La répression des révoltes de l’automne 2005 constitue à cet égard un véritable cas d’école dans la mesure où elle a permis de continuer à expérimenter, en France même, des ripostes de type militaire aux menées du nouvel ennemi intérieur. Conçu en 1955 dans le cadre de la guerre coloniale contre les indépendantistes algériens – afin d’exempter l’armée du respect des normes juridiques qui s’appliquent en temps de paix et de l’autoriser à réprimer par tous les moyens les populations civiles suspectes de solidarité avec les « terroristes » –, l’état d’urgence a été décrété une nouvelle fois le 8 novembre 2005 pour « pacifier » les quartiers populaires en ébullition. Il a été depuis lors intégré au code de la sécurité intérieure. Quelques jours auparavant, le syndicat Action police CFDT avait affirmé dans les journaux avoir écrit au ministre de l’Intérieur pour lui demander d’envoyer l’armée et d’instaurer un couvre-feu nocturne[4]. Au cours d’un entretien réalisé à l’École militaire durant les révoltes, un commandant avait expliqué, sous couvert d’anonymat, qu’il avait été « rapatrié pour l’occasion avec son bataillon de Côte d’Ivoire, ainsi qu’un bataillon équivalent du Kosovo, parce qu’ils étaient spécialisés en “contrôle des foules” et en “maintien de l’ordre en milieu urbain”[5]». L’officier avait fait part de son avis : « Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais fait donner la troupe depuis longtemps. » Et de décrire la manière dont il appliquerait les méthodes qu’il venait de tester en Côte d’Ivoire : déploiement de son bataillon autour de quelques immeubles, « bouclage complet du secteur », avant de « vider les bâtiments de leurs habitants qu’on passerait au renseignement pour retrouver les meneurs en fouillant les appartements, le tout appuyé par une médiatisation soutenue pour décupler l’effet psychologique »[6].

Ce processus d’exportation militaire dans le domaine du contrôle intérieur pour faire face à une situation insurrectionnelle venue des « cités » – ou, maintenant, alimentée par la fameuse, autant que mystérieuse, « mouvance anarcho-autonome » – ne s’arrête pas là. Dans le cadre de la surveillance et la prévoyance des « violences urbaines » en Seine-Saint-Denis, l’armée avait fourni, le 14 juillet 2006, son premier drone à la police nationale. Sa mission : renseigner, détecter des mouvements de foules hostiles, éventuellement identifier des fauteurs de troubles. Malgré les dénégations des ministères responsables, l’utilisation de ce genre d’OVNI est devenu par la suite une pratique courante. Encore en phase expérimentale, il n’a été officiellement utilisé qu’à deux reprises, à Villiers-le-Bel et à Strasbourg. Depuis quelques mois, la police judiciaire parisienne exploite discrètement un minidrone, le Idrone V3, commercialisé par SMP Technologies, la société qui vend le Taser en France. Deux « pilotes » ont d’ores et déjà été formés pour le téléguider. Le Idrone V3 n’a pas encore été engagé dans des opérations, même s’il fait partie des moyens dont dispose la préfecture de police dans le cadre de la force d’intervention de la police nationale qui a été créée durant l’été 2009.

En novembre 2007, la révolte d’une partie de la jeunesse d’un quartier de Villers-le-Bel, où deux adolescents avaient trouvé la mort en percutant une voiture de police, fournira aux forces de l’ordre l’occasion de faire étalage d’une série de techniques et de matériel dérivant proprement du répertoire de la guerre urbaine : drones de reconnaissance, hélicoptères, snippers, vision nocturne. Aidés de commandos antiterroristes (RAID et GIGN), les policiers ont mis en place dans les jours qui suivirent une stratégie de harcèlement et saturation (plus d’un millier d’agents ratissant les rues pour filtrer toute circulation) visant à organiser un quadrillage du quartier selon les principes de la contre-guérilla en milieu urbain.

En juin 2006, un pas supplémentaire avait été franchi dans la technicisation de ce qu’il faut bien appeler une guerre contre-insurrectionnelle dans la population, avec l’ouverture du Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine (CENZUB), dans le camp de Sissonne (Aisne), pour développer les capacités anti-guérilla françaises, en attendant que ce centre soit totalement opérationnel en 2015 pour accueillir des unités étrangères[7]. Déjà, des zones de tir urbaines ainsi que de faux bidonvilles offrent l’occasion aux soldats de se faire la main. En 2008, dans ce même camp de Sissonne, une ville nouvelle d’un nouveau type, celle de Jeoffrecourt, a commencé à sortir de terre, représentant un quartier de cinq mille habitants avec des immeubles hauts, des zones commerciales, des parkings, assez semblable à certaines « zones sensibles » françaises. Les quartiers populaires serviraient-ils désormais de laboratoire pour l’importation de technologies militaires dans le champ du contrôle social ?

La police française dispose d’un savoir-faire impressionnant en matière de violences urbaines, avaient estimé plusieurs responsables européens réunis le 15 octobre 2008 à l’occasion d’un colloque européen sur « les défis des violences urbaines », organisé à l’école des commissaires de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, près de Lyon. Une police championne d’Europe ? « Par la force des choses, nous avons une certaine expérience », reconnaissait un commissaire lyonnais qui avait exercé en banlieue. « Les violences urbaines constituent un phénomène mondial, la France est plus spécialisée, plus avancée », estimait Sylvain Brouillette, assistant du directeur de la police de Montréal au Canada où, pour la première fois, la police avait subi durant l’été des tirs lors d’émeutes très violentes.

Mais, aussi impressionnant soit-il, ce savoir-faire d’ordre principalement technique n’était pas pour autant incontestable aux yeux des responsables policiers des autres pays. Car, à la différence de leurs homologues français, ils n’oublient pas l’anticipation des crises sociales. Santo Ardiaco, officier de liaison de la police italienne à Paris, estimait ainsi qu’en termes de prévention les policiers français ont « un problème, qui est aussi lié à une situation culturelle et politique particulièrement difficile ». Celle d’une population qui, marquée par les antécédents coloniaux des familles, les discriminations persistantes en matière d’enseignement, d’emploi et de logement, l’iniquité évidente d’une « justice à deux vitesses » et le comportement arrogant et violent des policiers, a l’impression d’être considérée comme une sous-humanité. En France, des conseils locaux de prévention de la délinquance fonctionnent tant bien que mal, la « politique de la ville », sous cette appellation ou une autre, continue d’empiler ses dispositifs, mais la prévention a perdu du terrain. Inge Philips, conseiller de l’ambassade des Pays-Bas en matière de sécurité, était encore plus explicite à propos des insuffisances de la conception française du maintien ce l’ordre : « Ce qu’on peut apprendre aux Français, c’est peut-être une prévention plus efficace. Chez nous, la police a une organisation régionale avec un lien très fort et direct avec la population. »

Ce « lien très fort et direct » de la police avec la population peut être conçu à différentes fins : éviter d’avoir à réprimer ou rendre la répression populaire. Il exige de toute façon le recours à un autre type de « rationalisation », de caractère idéologique et non plus technique.

[à suivre…]

Jean-Pierre Garnier

Texte paru dans les Cahiers du centre Pierre Naville, université d’Évry-Val d’Essonne, 2010
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Jean-Pierre Garnier est notamment l’auteur de Une violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie intellectuelle et l’effacement des classes populaires à paraître en mars 2010 aux éditions Agone.

Notes

[1] Pièces et main-d’œuvre, Terreur et possession. Enquête sur la police des populations à l’ère technologique, L’Échappée, 2008.

[2] 20 Minutes, 8 juin 2009.

[3] Sources : 20 Minutes, France 3 et Métro, 29 juin 2009 ; Le Monde et Direct Matin, 30 juin 2009.

[4] Reuters, octobre 2005.

[5] Mathieu Rigouste, L’Ennemi intérieur postcolonial. De la guerre coloniale au contrôle sécuritaire (1954-2007), La Découverte, 2008.

[6] Ibid.

[7] Ibid.